Ontologies et agents IA : Microsoft termine les fondations de Fabric IQ
Avec la disponibilité générale de Fabric IQ, Microsoft promet d’alimenter les agents IA avec le contexte spécifique aux entreprises. Une solution saluée par les clients. Or, constituer les ontologies requises demeure un défi organisationnel, prévient Sonepar.
Lors de sa conférence communautaire FabCon+SQLCon à Barcelone – du 28 septembre au 1er octobre 2026 -, Microsoft a déroulé sa feuille de route des produits de gestion de données.
Le géant du cloud a fortement mis l’accent sur Microsoft Fabric, sa plateforme concurrente à Snowflake et à Databricks.
Plus de 40 000 clients auraient choisi Fabric, dont 90 % du Fortune 500. Les raisons de déployer la plateforme sont nombreuses : elles rassemblent les capacités d’ingestion, d’intégration, de transformation de données, d’analytique et de visualisation de données du fournisseur.
En ce sens, Microsoft a fait l’effort de présenter un panel de clients réceptifs à sa promesse d’unification. Certains d’entre eux, dont Sonepar et Dentsu, ont d’ailleurs fait un pari sur l’avenir.
Au moment de leur choix, certaines fonctionnalités clés de Microsoft Fabric n’étaient pas encore « sèches ». Le géant du cloud a gagné les appels d’offres face à Databricks et Snowflake grâce à son large écosystème de solutions et en ouvrant sa feuille de route sur un an (six mois désormais, à cause des avancées permises par l'IA). Des atouts également remarqués par les analystes rencontrés par LeMagIT à Barcelone.
Des annonces effectuées durant la conférence, ces clients ont particulièrement retenu les avancées autour de Fabric IQ. Fabric IQ est un substrat des couches sémantiques de Microsoft, rassemblé au sein de la marque ombrelle Microsoft IQ.
Microsoft IQ réunit Fabric IQ, Work IQ, Foundry IQ et Web IQ. Work IQ doit rassembler les éléments issus de documents et de contenus créés dans les applications Microsoft 365, Dynamic 365 et Power Platform. Foundry IQ permet de constituer des bases de connaissances pour les agents IA connectés à SharePoint, OneLake et Azure Blob Storage. Web IQ étend ce contexte à la recherche d’informations au Web, plus particulièrement aux résultats de recherche de contenus, d’actualités, de vidéos et d’images.
La disponibilité générale Fabric IQ saluée par les clients de Microsoft
Quant à Fabric IQ, il unifie à lui seul trois couches sémantiques : les métadonnées issues de OneLake (et donc des données des entreprises), les modèles sémantiques mis sur pied dans Power BI et les ontologies.
L’une des annonces phares de la FabCon n’est autre que la disponibilité générale de Fabric IQ, et plus particulièrement des ontologies. Elles sont accessibles à travers les modes Chat et Cowork de l’assistant Copilot, remis au goût du jour.
En préversion, IQ Share doit permettre de partager ce contexte métier d’une entreprise à une autre. Plus précisément, c’est un mécanisme pour accéder à des données et à du contexte d’environnement Fabric à Fabric, sans copie des données. Deux expériences de partages sont possibles : d’entreprise à entreprise et d’ISV à entreprise. Il s’agit d’associer des tables aux modèles sémantiques, aux ontologies et aux fichiers .md expliquant le contexte des données. Ces fichiers servent ainsi de base d’instructions pour les agents IA.
Encore faut-il comprendre à quoi correspondent ces ontologies. Sur scène, plusieurs porte-parole de Microsoft les ont présentées comme des modèles sémantiques « ++ ».
« Pour nous, les ontologies sont des représentations formelles d’une entreprise et de son fonctionnement », précise Amir Netz, directeur technique de pour Microsoft Fabric, le « papa » de Power BI. « Elles décrivent les entités qui constituent ou qui participent à son activité. Par exemple, une compagnie aérienne a des avions, des pilotes, du personnel au sol, des installations au sein des aéroports, des bagages à gérer, du personnel navigant, des passagers, etc. », liste-t-il lors d’un point presse.
Il s’agit de définir les relations entre ces entités. « Ce sont plus que des relations entre des données. Par exemple, il peut y avoir une relation entre les pilotes et leurs avions en fonction de leurs certifications ou bien du nombre d’heures de vol qu’ils ont effectué ces 24 dernières heures ».
En clair, les ontologies encodent les processus et les règles au sein de l’entreprise. Cela permet ensuite de prendre des décisions : changer d’équipage, clouer un avion au sol, réclamer aux passagers de mettre des bagages en soute, etc. IQ Share pourrait ainsi faciliter le partage d’information entre un aéroport et des compagnies aériennes.
« L’ontologie est un actif intéressant à la fois pour les agents IA et les humains », assure Amir Netz.
Les coopétiteurs de Microsoft – Snowflake, Databricks ou encore Starburst – considèrent qu’il faut revoir la manière d’établir les couches sémantiques. Le directeur technique de Microsoft Fabric estime pour sa part (tout comme son employeur) qu’il est possible de s’appuyer sur les quelque 22 millions de modèles sémantiques constitués au sein de Power BI.
« La plupart des entreprises disposent déjà des bases nécessaires, car elles possèdent des modèles sémantiques au moins pour leurs tableaux de bord. C'est un bon point de départ », assure-t-il. « Constituer des ontologies nécessite de s’appuyer sur ces modèles sémantiques et d’y ajouter les politiques de sécurité de l’entreprise, ses règles, ses processus, etc. Désormais, un agent IA pourrait vous aider à lire des documents non structurés et à classer les différentes politiques aux emplacements appropriés ».
Cette vision convainc certains clients. « Nous pensons que ces fondations [Microsoft Fabric et Fabric IQ] peuvent soutenir non seulement les agents IA, mais aussi une nouvelle génération d'associations intelligentes et d'expériences basées sur l'IA, grâce à une compréhension approfondie de notre activité, tant au niveau du contenu que des systèmes », déclare Philippe Baumlin, DSI Global Corporate chez Chanel, lors du keynote d’ouverture.
Chez S&P Global, l’objectif est de partager des jeux de données associés à des définitions standards. «Il est très important de comprendre qu’un actif donné est bien un actif donné, avec une définition identique dans tous les ensembles de données. Mais nous comprenons également que les clients peuvent avoir leur propre flux de travail, leurs ontologies et leurs propres données qu’ils souhaitent intégrer », affirme Jake Yang, CTO chez S&P Global Energy, lors d’un point presse. D’où le partenariat avec Microsoft autour d’IQ Share.
La notion d’ontologie représente un défi organisationnel plus que technique
Ce n’est pas dire qu’il faut, c’est faire dit en substance un proverbe breton. Il en va de même pour les ontologies. Chez le fournisseur de matériel et de solutions électriques Sonepar, ce travail a été mené en même temps que l’adoption progressive de Microsoft Fabric. Deux ans plus tard, Yann Shah, vice-président des données, de l’analytique et de l’ingénierie IA chez Sonepar, estime que les entités principales de l’entreprise sont cartographiées. Les entités partagent des définitions communes. « Atteindre 100 % d’harmonisation est difficile, mais 50 %, c’est mieux que 0 % », note-t-il auprès du MagIT.
Un travail de longue haleine où les enjeux sont plus humains que techniques. Il a fallu convaincre les différentes divisions de l’entreprise d’adopter ces définitions. Chacune d’entre elles comptait jusqu’alors sur sa vision de son activité et de l’entreprise. Dans un même temps, Sonepar unifie sa gestion de données au sein de Fabric, ce qui implique de connecter et de migrer certains des nombreux systèmes du marché.
« Nous avons établi un langage commun au sein de l’entreprise. Nous avons donc mis en place une ontologie avant même qu’elle soit prise en charge par Fabric », déclare Yann Shah. « Cette fonctionnalité va m’aider à découvrir d’autres aspects que nous n’avons pas modélisés. Nous anticipons de bonnes et de mauvaises surprises ».
Le responsable estime que ces étapes de change management et d’unification des données sont nécessaires pour l’industrialisation des projets d’IA agentique. « Jusqu’en mars 2026, nous avions deux cas d’usage agentique en production. En avril, nous en avions neuf. Par ailleurs, certaines applications mises en production l’année dernière ont dû être rapidement actualisées, parce que déjà obsolètes », illustre Yann Shah. « Je conseille aux entreprises qui se lancent dans l’IA de s’arrêter, de réfléchir sur la pertinence de leur architecture de données et de l’organisation en fonction de leurs objectifs », ajoute-t-il. "Les métiers sont intelligents, ils ont des idées de cas d’usage et une fois le langage commun mis en place, ils peuvent connecter des services autrefois séparés ».
Interopérabilité des couches sémantiques : Microsoft rejoint le chantier Apache Ossie
Si Microsoft affirme avoir établi les fondations techniques pour créer des ontologies et le contexte nécessaire aux agents IA, cela reste un défi pour le marché.
Auprès de TechTarget, Michael Ni, analyste chez Constellation Research, considère que Microsoft Fabric a aussi besoin de prendre en charge les ontologies et les modèles sémantiques tiers, ainsi que de les rendre les siens consommables par des produits tiers. Un enjeu compris par Microsoft. Selon Amir Netz, le fournisseur entend participer au projet Apache Ossie, anciennement Open Semantic Interchange. Il vise à rendre les modèles sémantiques et les ontologies interopérables entre plateformes de gestion de données. Microsoft vient d’annoncer sa participation au projet.
« De manière intéressante, pour l’instant, personne n’a une définition commune des choses qui doivent être intégrées dans ce standard. Cela a besoin d’évoluer et nous allons participer à cette évolution », conclut Amir Netz.
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