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BPCE fédère un écosystème Data complexe
Pour un groupe de la taille de BPCE, la diffusion de l’innovation et des bonnes pratiques dans un environnement IT hétérogène est un défi. Pour le relever, la banque compte sur les communautés transverses, mais aussi externes.
Les experts le répètent. En matière de transformation numérique et de data, la composante technologique n’est qu’une partie de l’équation. La plus complexe à maîtriser, mais aussi la plus chronophage, reste la composante humaine (conduite du changement, formation, impacts métiers, etc.).
Plus l’entreprise est grande et décentralisée, plus la complexité du volet humain tend à s’accroître. Avec 103 000 collaborateurs, le groupe BPCE entre dans cette catégorie.
Un écosystème technologique et organisationnel hétérogène
Comme l’explique Florian Caringi, son manager Data AI Platform & Architecture, la BPCE est une mosaïque de technologies, d’entités et de cultures. Le groupe a donc dû chercher des solutions pour diffuser innovation et bonnes pratiques, dans un environnement IT intrinsèquement hétérogène.
La réponse n’a pas été une gouvernance centralisée. Au contraire, la banque a fait le choix de miser sur des communautés transverses pour fédérer ses experts data et capitaliser sur les compétences internes. Mais ces experts s’ouvrent aussi à un écosystème externe.
Concrètement, BPCE regroupe des entités aux « ADN » et aux « fonctionnements différents », des réseaux Banque Populaire et Caisse d’Épargne à la branche de banque d’affaires Natixis – sans compter les filiales comme Oney.
Mais cette organisation se traduit par une fragmentation des systèmes d’information. Chaque entité possède ses propres technologies et ses propres pratiques. Des plateformes historiques on-prem cohabitent avec d’autres, hébergées dans le cloud public.
Le groupe affiche également une forte culture de l’open source. Mais avec l’impératif accru de souveraineté numérique, la tendance n’est pas à la simplification. La nécessité de « maîtriser des dépendances » technologiques, notamment vis-à-vis des acteurs américains, contraint le groupe à introduire du « dual » dans ses architectures.
Cette complexité tend à rendre un modèle de gouvernance directif intenable. L’approche communautaire s’impose alors non plus comme une option, mais comme la seule solution « scalable ».
La réponse par le collectif et la stratégie communautaire
Plutôt que d’opter pour une gouvernance « top-down », la BPCE a donc choisi de privilégier une approche « bottom-up ». L’objectif était de favoriser une adoption naturelle des plateformes et des standards. En résumé, créer des espaces de collaboration plutôt qu’imposer des contraintes.
La première pierre de cet édifice a été posée en 2017 avec la création de la « Big Data Community ». Son émergence coïncide avec la mise en place de la première plateforme Big Data transverse du groupe, qui a créé un besoin de « colocation » fonctionnelle entre différentes équipes.
Pour que cette plateforme soit adoptée, il fallait éviter l’écueil d’une gouvernance trop lourde. « Si vous commencez à mettre de la gouvernance, personne ne vient sur votre plateforme parce que tout le monde préfère rester à côté », avertit Florian Caringi.
Le modèle économique de la plateforme repose sur un principe simple : « chacun paie la même quote-part. » Et chaque participant dispose d’un « même droit de parole » sur ses évolutions. Le collectif avait vocation à briser les silos.
Pour maintenir ce lien et assurer une communication efficace, la communauté a rapidement dépassé les canaux officiels de l’entreprise, de type réseau social interne, jugés peu engageants par les collaborateurs, pour des outils plus directs, comme des channels dédiés sur Microsoft Teams. L’un de ces canaux rassemble aujourd’hui « 600 personnes ».
Un réseau de compétences pour l’ensemble du groupe
Le succès de ce premier modèle fondé sur le volontariat, le partage et des outils de communication adaptés, a jeté les bases d’une extension à d’autres domaines technologiques clés de BPCE.
Illustration avec GCP. Face à des entités qui abordaient le cloud public avec des « approches et des visions d’architecture différentes », la création d’une communauté a permis de regrouper les experts.
Ce principe a aussi été appliqué à une communauté dédiée à l’architecture Data et à d’autres dédiées aux outils comme Power BI ou Dataiku. Pour Power BI, une équipe « socle » joue un rôle d’animateur, allant jusqu’à lancer des « programmes de certification » pour faire monter en compétence les utilisateurs.
La finalité de cette stratégie communautaire est de développer des « relais » et des experts certifiés au cœur des métiers. Pour Florian Caringi et ses « 11 PO » (Product Owners), il serait impossible d’assurer un support direct à un groupe de plus de 100 000 personnes. La mission bascule donc du support à « l’empowerment » avec un réseau distribué d’experts autonomes, pour que les technologies se diffusent de « manière naturelle. »
L’ouverture sur les communautés externes
Afin de rester à la pointe et éviter l’écueil de l’entre-soi, BPCE s’est rendu compte qu’il fallait compléter son réseau interne en s’ouvrant à un écosystème externe. Car pour une organisation de la taille de BPCE, il est essentiel de « se challenger » en se confrontant aux pratiques d’autres acteurs.
La participation active à des communautés interentreprises est ainsi devenue un pilier de sa stratégie d’innovation, permettant de s’inspirer, de partager des défis communs et de co-construire des solutions.
Les experts de BPCE s’impliquent par exemple dans la « Google Cloud Customer Community », une initiative portée par des entreprises comme L’Oréal ainsi que Carrefour, et qui regroupe des clients de l’écosystème Google pour partager sur des problématiques communes et des solutions.
BPCE participe également à des initiatives Open Source, par exemple au sein de TOSIT (« The Open Source I Trust »), une association dont Florian Caringi est vice-président. Pour le manager Data & IA, la diversité des membres et des niveaux de maturité est essentielle pour « s’ouvrir les Chakra. »
L’animation est clé
Ce modèle de communautés de « socle » technologique coexiste avec des formats plus spécialisés. Des « tribus » se forment autour d’outils spécifiques (comme Dataiku) ou d’un métier (les data scientists), pour répondre à des besoins de partage plus ciblés.
Mais disposer de communautés est une chose. Les faire vivre en est une autre. L’animation est donc clé. Elle passerait, entre autres, par un équilibre entre interactions virtuelles et physiques. Or, avec le télétravail, il est devenu difficile d’organiser des événements en présentiel. Néanmoins, BPCE s’efforce d’en maintenir à un rythme régulier, avec par exemple un événement annuel pour la communauté GCP, et des rencontres organisées à la fois à Paris et à Porto pour inclure le contingent important de collaborateurs basés au Portugal.
Propos recueillis lors de Big Data & AI Paris 2025.
