carloscastilla - Fotolia

IA et IoT : comment Fraikin veut refondre son modèle d’entreprise

Le loueur de véhicules professionnels mise sur une synergie entre IoT et IA pour accroître son efficacité opérationnelle et refondre ses processus. Pour Yves Pétin, le PDG, il s’agit rien de moins que de réinventer le modèle de l’entreprise.

Fraikin, l’un des leaders européens de la location de véhicules commerciaux et industriels, dit vivre sa « révolution IA ». « Le point d’inflexion est survenu il y a 4 ans quand, en parlant avec nos clients, j’ai réalisé que nos véhicules sont utilisés de jour comme de nuit comme une infrastructure critique pour nos clients », déclare Yves Pétin, PDG de Fraikin. « Ces véhicules sont utilisés comme des unités de production sur roue, et cela a complètement changé la façon de prendre des décisions ».

Selon le dirigeant, le groupe, gestionnaire de parc de véhicules, devait se métamorphoser en un fournisseur de plateformes critiques. « Nous avons plus de 52 000 véhicules dans 9 pays, 11 000 clients à travers 6 secteurs missionnaires différents dans les zones urbaines », relate-t-il. « C’était un défi de capturer les données de tous les pays, car sans données, pas d’IA et pas de feed-back pour nos clients ».

« C’était un défi de capturer les données de tous les pays, car sans données, pas d’IA et pas de feed-back pour nos clients. »
Yves PétinPDG de Fraikin

Le groupe français a écarté ses partenaires habituels (« ils n’étaient pas assez innovants », argue Yves Pétin) et s’est tourné vers le Californien Samsara pour mener à bien ce projet. L’Américain a développé, entre autres, une dashcam « intelligente ».

Cette caméra embarquée dans les véhicules, au moyen de modèles d’IA, est capable de détecter des comportements dangereux comme le franchissement de ligne blanche, la somnolence du chauffeur, l’absence de port de la ceinture de sécurité, l’utilisation du mobile au volant.

La caméra analyse aussi les images de la route pour alerter le chauffeur en cas de risque de collision, lui indiquer qu’il suit un véhicule de trop près et générer des alertes de collision contre un cycliste ou un piéton. Enfin, le dispositif est aussi capable d’accéder aux données de fonctionnement du véhicule, ainsi qu’au tachygraphe (un appareil qui enregistre la vitesse, le temps de conduite et les activités des chauffeurs) afin de remonter toutes ces données en central.

Une première expérimentation dédiée à la sécurité des chauffeurs

Si l’objectif de Fraikin est de déployer ce dispositif sur l’ensemble de son parc, une première expérimentation de plus faible ampleur est lancée au Royaume-Uni en 2024. 1 500 véhicules ont été équipés de cette caméra dans le but d’améliorer la sécurité des chauffeurs. « Nous avons recueilli des retours très positifs de la part de nos clients, les opérateurs de flotte, parce qu’ils peuvent effectuer un suivi de leurs chauffeurs et améliorer leur comportement. C’est un résultat très tangible », vante Yves Pétin.

Sur la base de cette expérience positive, le PDG décide alors d’élargir le déploiement au reste de l’Europe, après vérification de la conformité RGPD du dispositif.

Déployer un tel dispositif sur potentiellement 52 000 véhicules représente irrémédiablement un défi de montée en charge. « L’important est de s’appuyer sur une architecture standardisée », explique Meagen Eisenberg, chief marketing officer chez Samsara. « Fraikin gère différents types de véhicules, demain il y aura des véhicules peut-être autonomes ou robotiques, mais tous doivent être capables de transmettre toutes ces données vers une seule plateforme », ajoute-t-elle.

« D’autre part, cette infrastructure doit être robuste. Nous avons des API pour obtenir des informations relatives à la maintenance des véhicules, à la consommation, etc. Enfin, la réussite dépend de l’implémentation et de la capacité à déployer très rapidement, en moins de 15 minutes par véhicule, que ce soit pour les mettre en service ou pour les retirer du service ».

En France, Fraikin a lancé un POC en juin 2026 auprès de 500 conducteurs équipés.

Une plateforme numérique destinée aux gestionnaires de flottes

En parallèle, Fraikin a lancé une plateforme numérique baptisée NeXa. Elle permet aux opérateurs de flottes de consulter les données les concernant issues de « plusieurs solutions et fournisseurs » (suivi en temps réel, consommation, facturation, recharges électriques, etc.).

« La maintenance constitue la deuxième ligne de coût de notre P&L et c’est le premier bénéfice pour nos clients. Combiner les deux est essentiel pour notre industrie. »
Yves PétinPDG de Fraikin

L’IA joue, sans surprise, un rôle grandissant dans la maintenance des véhicules. « Il ne s’agit pas seulement d’aller vers la maintenance prédictive, mais aussi les interventions préventives », précise Meagen Eisenberg. « Une panne éventuelle qui survient sur la route peut rapidement devenir un problème de sécurité », signale-t-elle. « Actuellement, un chauffeur qui voit un code d’erreur sur son tableau de bord va appeler l’agence pour qu’un ordre de réparation soit créé, puis il faut amener le véhicule en atelier. Demain, avec des véhicules autonomes, toutes les données passeront par la télématique ».

« La maintenance prédictive est un élément clé dans notre industrie », confirme Yves Pétin. « Elle constitue la deuxième ligne de coût de notre P&L et c’est le premier bénéfice pour nos clients. Combiner les deux est essentiel pour notre industrie », juge-t-il.

Quand Samsara développe des agents IA de coaching et un studio pour automatiser en grande partie la planification de la maintenance, le loueur français a déployé Fraikin Intelligent Operations, une solution IA destinée à renforcer la performance de son parc. « Chaque seconde, nous scannons notre flotte entière à travers l’Europe afin de repérer les signes avant-coureurs d’une panne et nous transmettons ces données à nos 250 ateliers de réparation en Europe pour anticiper toutes pannes majeures », décrit le dirigeant de Fraikin.

« Je craignais que les acteurs de la Supply Chain et nos employés ne comprennent pas cette évolution, mais ils ont immédiatement constaté les bénéfices de cette approche », poursuit-il. « Il est préférable d’appeler le client, pour que le chauffeur passe à l’atelier afin d’effectuer une réparation rapide, plutôt que de devoir gérer une urgence ».

Le PDG de Fraikin évoque une amélioration de l’indicateur VOR [Vehicle Off Road, le taux de véhicules immobilisés en français N.D.L.R.] de la flotte. « Notre modèle de prévision des pannes affiche actuellement un taux de précision de 90 %. Notre objectif est de réduire de 40 % notre M&R (Maintenance & Repair) non planifiée. C’est très encourageant et très disruptif et nous sommes les premiers à le faire », se réjouit-il.

Propos recueillis lors de la conférence Machina Summit, le 7 juillet 2026 à Station F.

Pour approfondir sur IA appliquée, GenAI, IA infusée