Henri D’Oriola, Akamai : « La nature du cloud implique la qualité du réseau »

Au cœur de la première vague des infrastructures Internet, Akamai voit d’un bon œil l’émergence d’une informatique reposant structurellement sur le réseau. Mais plaide pour que le Cloud Computing n’oublie celui sans lequel il n’est pas grand chose : Internet. Henri D’Oriola, PDG d’Akamai France, détaille la stratégie du groupe.

L’émergence du cloud computing met Internet au cœur de l’informatique de l’entreprise. En tant qu’entreprise vétéran du réseau, comment appréhendez-vous le développement de cette approche ?

Aujourd’hui les efforts se focalisent du côté des serveurs et des centres de calcul, ou encore sur les composants de ce nouveau modèle d’informatique : le SaaS qui se développe mais, également, le PaaS avec Google et l'IaaS avec les Web Services d’Amazon. Mais la dimension déploiement sur Internet est bien souvent oubliée. Or, dans le Cloud Computing la problématique vient du cloud lui même, une infrastructure 100% online. Au-delà de la sécurité, le risque c’est de multiplier les pertes de paquets et de subir une latence forte sur le réseau. Or cette dernière est préjudiciable à l’adoption des applications par des utilisateurs qui ne tolèrent pas de voir les performances trop dégradées par rapport à une architecture client-serveur. En fait, le Cloud Computing repose sur Internet sans en changer la réalité, et les problèmes rencontrés il y a quelques années par nos premiers clients – les cybermarchands – sont désormais éprouvés par les entreprises désirant proposer en ligne leurs applications. Des efforts sont faits pour améliorer les systèmes côté serveurs mais la nature même du Cloud demande à ce que l’on se penche sur la qualité du réseau.

On est donc loin de pouvoir réellement utiliser Internet comme plate-forme pour le déploiement d’applications ?

Le Cloud Computing c’est d’abord la réponse à une demande des entreprises. Elles souhaitent voir se développer leur flexibilité et surtout la mobilité de leurs forces. Pour ce faire, elles doivent donner accès à leurs données et à leurs applications. Très vite, on a vu que l’idéal serait de passer par Internet pour le faire. Mais cela pose un certain nombre de problèmes d’optimisation du réseau. Chez Akamai, on a adressé ce problème dès le début de l’exploitation du réseau par les premiers utilisateurs professionnels, notamment les cybermarchands, qui exigeaient une diminution du temps de latence et une limitation du risque de perte de paquets. On a déployé jusqu’à 50 000 serveurs dans le monde qui permettent de renforcer la puissance du réseau. Depuis 2005, on a décidé de développer une offre B-to-B justement en pressentant l’émergence d’une l’informatique d’entreprise distribuée sur Internet. Il existe donc des réponses.

Quels sont les problèmes techniques qui se posent aujourd’hui ?

Il y a quelques temps, nous avons estimé qu’entre Londres et Los Angeles, les temps de latence étaient compris entre 145 et 200 ms et les pertes de paquets pouvaient aller jusqu'à 13 %. On monte même jusqu’à 81 % entre Londres et Pékin ! Il s’agit donc d’optimiser les échanges, notamment en gérant, via nos serveurs, la part des protocoles dans le dialogue entre les différents composants du réseau et en proposant, pour chaque requête, la route optimale pour organiser le transit. A l’origine, nous nous sommes penchés sur la gestion des caches par nos serveurs afin de rapprocher l’information de l’utilisateur potentiel. Avec le Cloud Computing, la problématique est plus complexe puisque nous avons à faire à des pages dynamiques. On propose donc une technologie qui gère un mix entre ce qui est cachable et non cachable chez l’émetteur du service, toujours dans l’idée d’optimiser le trafic.

La sécurité apparaît comme le frein numéro un au développement du cloud computing. Comment cela se traduit-il à votre niveau ?

On a un sous-ensemble de notre offre qui s’appuie sur le protocole HTTPS et permet une continuité SSL de bout en bout. C’est ce qui nous permet de travailler avec de nombreux services bancaires. Mais, là encore, en multipliant les échanges et les applications en ligne, on devra optimiser les niveaux de sécurité - d’autant qu’une information sécurisée représente un coût supplémentaire - tout en permettant également d’accélérer les flux d’information sur le réseau. Il y a donc des équilibres à trouver.

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