Opinion : la recomposition du marché de l’informatique personnelle a commencé

HP envisage de se séparer de ses activités de production d’ordinateurs personnels. Une annonce qui a fait l’effet d’un coup de massue non pas parce que le groupe est leader sur ce marché mais parce qu’il semble dire que ce marché n’offre plus de perspectives alléchantes. Et si HP abandonne parallèlement les terminaux WebOS, c’est qu’il estime ne pas avoir réussir à saisir le seul relais de croissance rentable pour l’informatique personnelle.

Que le leader d’un marché, celui de l’informatique personnelle, envisage de le quitter, ce n’est pas anodin. Mais c’est peut-être la seule suite logique à une situation devenue de moins en moins tenable en l’espace que quelques années. Le signal, surtout, du début d’une vaste recomposition du marché de l’informatique personnelle, attendue depuis plusieurs années par certains et devenue inévitable.

Les netbooks, le début de la fin La chute s’est faite rapidement; elle a commencé avec l’EeePC d’Asus, premier d’une nouvelle famille de produits, les netbooks, ces ordinateurs portables à bas coûts et à marges hyper-réduites. En juin 2009, un constructeur d’ordinateurs personnels le confiait en ces termes : «on est en train de se tirer une balle dans le pied avec le sourire.» Il faisait référence à la manière dont les grands noms de l’informatique personnelle avaient renoncé à leurs marges pour investir ce marché naissant des netbooks. Mais ces derniers ont eu un mérite : mettre sous perfusion des marchés de l’informatique personnelle arrivés à saturation en incitant les consommateurs à compléter leur équipement d’un second, voire d’une troisième, ordinateur. Alors même que le marché occidental de l’informatique personnelle semblait condamné à décroître, sous l’effet combiné d’un taux d’équipement devenu élevé et d’une aspiration au renouvellement toujours plus faible. La difficulté de Microsoft à tuer Windows XP en est l’un des symptômes : pour beaucoup, Windows XP suffit à répondre aux besoins. Et la course à la puissance de calcul ne fait plus recette : si c’est le jeu vidéo qui demande le plus de puissance de calcul, pour beaucoup, il y a, pour cela, des consoles. Et même là, combien de consoles d’ancienne génération - Xbox première du nom; PlayStation 1 et 2 - sont encore en service dans les foyers occidentaux ?

Des nouveaux marchés qui tardent à émerger Mais alors, quid des marchés émergents ? Ceux-là n’ont peut-être pas le profil qu’avaient les marchés occidentaux il y a dix ans. En Inde, par exemple, le marché des PC n’a progressé que de 2,5 % au second trimestre; un (petit) marché de 2,5 millions d’unités et dominé par Dell avec 16,7 % de parts de marché. Pour mémoire, le marché des PC de l’Europe l’Ouest, c’est encore 12,6 millions de machines au second trimestre ! Celui des Etats-Unis, environ 17 millions. Au total, Gartner estimait mi-juillet qu’il s’était vendu 85,2 millions de PC à travers le monde. Surtout, peut-être les marchés émergents n’auront-ils pas de sitôt le profil passé des juteux marchés occidentaux. Non, si relais (rapide) de croissance - des marges, en particulier - il faut chercher, c’est plutôt du côté des tablettes tactiles. Et l’on peut être tenté d’expliquer ainsi le rachat de Palm - et donc, de WebOS - par HP. Mais voilà, la TouchPad, la tablette maison, semble avoir fait un flop. La chaîne américaine BestBuy afficherait un taux d’invendus record, de l’ordre de 90 %. Dommage, dirons certains : WebOS est un système d’exploitation efficace et plutôt agréable. Probablement plus mature même qu’Android, du moins en termes d’expérience utilisateur. Mais il souffre de l’absence d’applications. Et sans elles, il était difficile pour la TouchPad de rivaliser avec ses concurrentes sous Android et, surtout, l’iPad d’Apple. La suite est désormais connue : HP jète l’éponge et abandonne les terminaux WebOS. Il apparaît dès lors parfaitement cohérent que le groupe réfléchisse, plus largement, à quitter le marché de l’informatique personnelle.

Vers une consolidation du marché C’est peut-être le point de départ d’une recomposition du marché. Gianfranco Lanci, ex-Pdg d’Acer, anticipait d’ailleurs une consolidation. Il l’évoquait déjà au printemps 2009. La situation actuelle du constructeur pourrait bien constituer un autre indicateur d’un tournant important du marché : Acer a fortement souffert au second trimestre, en Europe de l’Ouest. Peut-être aussi le signe que le temps où le marché pouvait absorber de forts volumes de machines et où la compétition s’arrêtait aux prix (et donc aux marges) est révolu. Du moins dans les régions arrivées à maturité. Et sans autre région du monde sur laquelle s’appuyer immédiatement, sans véritable présence sur ce marché potentiellement relais de croissance des tablettes tactiles, dépourvu d’éléments différenciateurs autres que les prix (bas, avec de faibles marges), le marché de l’informatique personnel sera acculé à un impératif : se recomposer. Reste à savoir qui voudra - ou aura les moyens - d’une alliance avec un HP sur le marché de l’informatique personnelle. Peut-être quelqu’un qui voudra miser sur le logiciel, en profitant de WebOS, directement ou indirectement. Tant Acer que Samsung semblent avoir bien compris l’importance du logiciel. Du moins ne s’en cachent-ils pas. Mais ce ne sont probablement pas les seuls.

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