Virtualisation : le remplacement de VMware est davantage guidé par l’IA que par les licences
Alors que de nombreuses entreprises envisagent de remplacer leur hyperviseur, les DSI doivent trouver un équilibre entre l'optimisation de leur stratégie d'IA et la minimisation des perturbations dans les environnements existants, basés sur des machines virtuelles.
Lenovo a récemment présenté un nouveau serveur ThinkAgile VX850 V4, doté de quatre sockets et conçu pour les environnements virtualisés, ainsi qu’un élargissement significatif de son portefeuille Lenovo Express Solutions, qui correspond aux solutions préconfigurées pour la virtualisation.
Jusqu’ici, Lenovo proposait des offres préconfigurées pour VMware. Désormais, il ajoute la prise en charge de Microsoft Hyper-V (et d’Azure Local), de Nutanix, de Red Hat OpenShift et de SUSE Virtualization. Il n’y a spontanément rien de bien étonnant à cela. Selon une étude du cabinet Omdia, 69 % des entreprises évaluent actuellement des alternatives pour remplacer leur hyperviseur principal, le plus souvent VMware, et d’autres constructeurs se sont pareillement mis à multiplier les options de virtualisation.
Cependant, si les préoccupations liées aux coûts des licences et à la dépendance vis-à-vis d’un fournisseur ont initialement incité les équipes informatiques à rechercher des plateformes alternatives, c’est aujourd’hui la nécessité de répondre aux impératifs de l’IA qui est désormais en tête des priorités lors de ces choix technologiques. En conséquence, le débat s’éloigne des questions de coût pour se concentrer sur la valeur ajoutée.
Et c’est sans doute la raison pour laquelle le lancement du nouveau serveur de Lenovo mérite notre attention : le constructeur propose au travers de son programme Lenovo Express de qualifier des solutions de virtualisation pour des usages en IA.
Concilier un futur fait d’IA avec une architecture existante
Pour les décideurs informatiques, le choix d’une plateforme ne se résume plus à trouver le meilleur remplaçant d’une solution existante devenue trop coûteuse. Il s’agit désormais de déployer la meilleure plateforme pour un avenir défini par l’IA, tout en optimisant les opérations pour les charges de travail historiques et basées sur des machines virtuelles.
Les acheteurs informatiques doivent se poser trois questions fondamentales lorsqu’ils évaluent les différentes solutions de virtualisation :
- Quelle plateforme d’application offrira à mon entreprise la meilleure voie à suivre pour ma stratégie spécifique en matière d’IA ? Il s’agit notamment de déterminer quelle option propose le meilleur ensemble d’outils pour déployer, gérer, gouverner, sécuriser et optimiser le modèle adapté à vos cas d’utilisation hautement prioritaires.
- Quelle plateforme perturbera le moins possible mon environnement existant ? Cette décision tient compte des risques liés à l’expertise existante, aux politiques, à l’automatisation et aux autres intégrations.
- Quelle plateforme offre le meilleur retour sur investissement à long terme ? L'investissement dans l'IA modifie les équations économiques, qui ne se limitent plus à la seule prise en compte des coûts de licence. L'ampleur des budgets consacrés à l'IA, les coûts élevés des accélérateurs et le risque d'explosion des coûts liés aux jetons avec l'adoption de l'IA agentique font des coûts de licence des hyperviseurs l'un des nombreux facteurs financiers à prendre en compte.
En réalité, la réponse à chacune de ces questions pourrait ne pas impliquer la même plateforme, ce qui entraînerait une diversification des plateformes prises en charge par les entreprises. L’évaluation des capacités d’IA de chaque option ajoute à la complexité du processus de prise de décision optimale et prolongera probablement la période pendant laquelle les entreprises devront prendre en charge plusieurs options.
Le meilleur choix n’est pas encore garanti
Toutes les solutions de virtualisation prétendent intégrer dès à présent le fonctionnement des IA. Red Hat avec Red Hat AI, SUSE avec SUSE AI Factory et Nutanix avec Nutanix Enterprise AI proposent des outils et des modèles pour simplifier la capacité d’une entreprise à déployer, gérer, sécuriser et gouverner des modèles d’IA. Broadcom a récemment annoncé VMware Private AI Cloud pour faciliter le déploiement et la gouvernance des applications d’inférence et agentiques, mais aussi pour faciliter la gestion des tokens. Et tout cela avec une prise en charge simultanée des applications traditionnelles qui restent au format de la machine virtuelle.
Microsoft, quant à lui, proposera des options sur Azure Local pour déployer sur site les capacités d’IA de son cloud Azure, grâce à un module Foundry Local, pour l’heure uniquement disponible en préversion.
Problème, le niveau d’intégration des fonctionnalités centrées sur l’IA évolue très rapidement. Cela signifie que les gagnants et les perdants parmi ces fournisseurs sont loin d’être déterminés. Cela renforce la probabilité de devoir prendre en charge plusieurs plateformes. Par ailleurs, les pénuries mondiales de mémoire ont retardé ou augmenté le coût du renouvellement des serveurs, ce qui, à son tour, ralentit davantage les projets de migration.
Pour revenir à Lenovo, le travail de prévalidation qu’il met en avant dans le cadre du lancement de son nouveau serveur revêt une valeur inestimable. Et c'est d'ailleurs ce que l'on est en droit d'attendre des fournisseurs de serveurs, compte tenu de la nécessité actuelle pour les entreprises d'adopter plusieurs options et de privilégier la flexibilité dans le domaine des plateformes applicatives à court terme.
Cependant, comme rien n’est parfait, la question qui se pose concernant Lenovo est de savoir s’il concrétisera des investissements supplémentaires dans des outils de migration, comme le font déjà Dell, avec son Automation Platform, ou HPE avec son logiciel Morpheus. Ces deux solutions facilitent le déploiement et le passage entre différentes options d’hyperviseurs, ce qui est tout autant nécessaire qu’une qualification pour les applications d’IA.
Scott Sinclair est le spécialiste des bonnes pratiques, plus particulièrement dans le domaine du stockage de données, chez Omdia.
Cette opinion est initialement parue en anglais sur TechTarget.com, une publication sœur du MagIT.
