OpenXML : aussitôt normalisé, aussitôt adoubé par l'Etat

C'est une page d'histoire qui s'est définitivement tournée hier. Une bataille souterraine qui a trouvé son épilogue dans la journée du 16 avril. Une bataille remportée par Microsoft.

C'est une page d'histoire qui s'est définitivement tournée hier. Une bataille souterraine qui a trouvé son épilogue dans la journée du 16 avril. Une bataille remportée par Microsoft. Ironiquement, le combat qui aura opposé plusieurs années durant le premier éditeur mondial aux partisans de l'Open Source au sein de l'Etat français s'est conclu par la réactivation d'un document qu'ont longtemps appelé de leurs voeux les tenants du logiciel libre : le Référentiel général d'interopérabilité (RGI).

Ce texte, qui renferme un certain nombre d'éléments sur les choix technologiques que doivent faire les services de l'Etat pour s'échanger des données, était - depuis sa rédaction en 2006 et jusqu'à hier - lourd de menaces pour le premier éditeur mondial. Il préconisait l'emploi du format ODF - celui de la suite bureautique Open Office - devenu une norme ISO en mai 2007. Cible d'une guérilla orchestrée par Microsoft (qui s'est notamment appuyée sur les administrations locales et sur une erreur de procédure lors de la rédaction de la première version du RGI), le texte a longtemps végété. La dernière réunion du comité chargé de statuer sur ce texte remontant au 12 octobre 2007. Depuis, silence radio de la DGME (Direction générale de la modernisation de l'Etat), chargée de porter le document.

Le RGI n'attendait que la normalisation d'OpenXML

Hier, deux semaines et demi après que la France se soit abstenue lors du vote sur la normalisation du format OpenXML de Microsoft dans des conditions litigieuses, la DGME a ressorti de ses cartons le RGI. Sauf qu'au lieu de préconiser le seul ODF, le texte mettra désormais sur un pied d'égalité les deux formats. Ce que réclamait Microsoft depuis le début, mais qu'il peinait à justifier jusqu'à ce printemps 2008, du fait de l'absence de normalisation de son OpenXML.

Dans un e-mail que nous nous sommes procuré, Marc Meyer, chef de service de la DGME, explique que, du fait de la normalisation d'OpenXML, il est maintenant urgent de faire avancer le dossier RGI. Il explique ainsi : « Le projet de RGI présenté lors du dernier comité des référentiels du 12 octobre 2007 avait été mis en attente, suite à la démarche engagée à l'ISO par l'ECMA concernant le standard OpenXML. Cette démarche ayant maintenant abouti, nous en avons tenu compte et nous souhaitons engager sans délai la démarche de validation du RGI, pour une présentation du projet aux assises du numérique de fin mai 2008. » Voilà qui a le mérite d'être clair : le RGI attendait OpenXML.

« On voit s'appliquer des décisions politiques »

En quelques jours (le mardi 25 mars, lors de la dernière réunion de l'Afnor, la DGME restait hostile à la normalisation de OpenXML), c'est donc toute la politique de l'Etat en matière de standardisation bureautique qui s'est inversée. Un sérieux revers pour les tenants de l'emploi de logiciels Open Source dans l'administration. En dehors de l'égalité entre ODF et OpenXML qu'est parvenue à obtenir Microsoft au terme d'une guerre de tranchées où il a eu recours à des appuis politiques, c'est l'ensemble de leur démarche qui semble remise en question, notamment avec la désactivation du programme Adele. Ce dernier comportait un certain nombre de chantiers pour l'administration électronique et s'inspirait assez largement des principes et outils de l'Open Source. « On voit aujourd'hui s'appliquer des décisions purement politiques. C'est inquiétant », explique un interlocuteur au sein d'un ministère.

Des décisions qui font peu de cas des contorsions techniques qu'elles entraînent. Dès que le RGI entrera en vigueur – ce qui est devenu « urgent », selon l'e-mail de la DGME -, les administrations seront obligées d'accepter les documents au format OpenXML. Sauf que l'implémentation du format normalisé n'est pas encore disponible et, surtout, qu'il faudra, sur les postes équipés d'OpenOffice (plus de 300 000) installer des convertisseurs entre les deux formats et assurer la maintenance de ces additifs.

Dans un communiqué, l'April, une association de promotion du logiciel libre, relève : « Le contenu de la "norme adoptée d'avance" est aujourd'hui largement indéterminé. Il faudra attendre quelques mois (ou plus) pour que "la norme OOXML" soit publiée et que des concurrents de Microsoft puissent espérer l'utiliser. » Avant de s'interroger, une fois de plus, sur le processus qui a amené ce revirement spectaculaire de la position française : « Ce nouvel événement renforce l'absolu besoin d'explications claires sur le revirement de la position française et le rôle joué par les différents acteurs (cabinets ministériels et fonctionnaires). » La Commission européenne a d'ailleurs lancé une enquête sur le vote de certains des membres de l'UE à l'ISO fin mars, vote qui avait fait de OpenXML une norme internationale.

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