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L'éditeur français Open Source Nexedi propose de racheter MySQL pour 1 euro

Reynald Fléchaux

"Nous essayons de jouer notre rôle d'entreprise citoyenne". C'est par ces mots que Jean-Paul Smets, le Pdg de l'éditeur français d'ERP libre Nexedi, qualifie sa démarche. Hier dans une lettre adressée à Joaquin Almunia, le commissaire européen à la Concurrence, et à Neelie Kroes, commissaire à la Société de l'information, cette figure de l'Open Source propose à Bruxelles de reprendre MySQL, dont l'intégration à Oracle suscite la suspicion de la Commission, pour un euro symbolique. Rappelons que c'est ce point qui bloque toujours la fusion officielle de Sun (dans le giron duquel figure MySQL) et Oracle ; Bruxelles ayant lancé une enquête sur le sujet.

"J'ai décidé de faire quelque chose pour apporter mon soutien à l'option de scission entre MySQL et Oracle

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défendue par Monty Widenius (un des co-fondateurs de la base de données libre, NDLR)", ajoute Jean-Paul Smets. L'argumentation développée par le Pdg de Nexedi tient en deux points clefs. Primo, les engagements pris par Oracle (l'éditeur a publié une liste de 10 points lundi) ne sont que "des promesses invérifiables", dont la mise en œuvre ne pourra être validée. "Ce sont des promesses vides, explique Jean-Paul Smets, à rapprocher de celles faites aux clients de PeopleSoft ou de JDEdwards (deux éditeurs d'ERP rachetés par Oracle, NDLR). Regardez comment ces clients sont traités aujourd'hui ! Idem avec InnoDB (moteur pour MySQL racheté par Oracle en 2005), où encore une fois la firme de Larry Ellison a montré comment elle se comporte".

Applications critiques : "Oracle va laisser le champ libre à 11g"

Secundo, une fois MySQL digéré, Oracle n'aura aucune raison d'améliorer la base de données libre pour les applications critiques. Une fois le rachat de Sun acté par la Commission, "Oracle n'aura aucune incitation économique à optimiser MySQL pour les grandes applications, explique Jean-Paul Smets. Pour nos clients actuels, avec quelques millions ou dizaines de millions de lignes dans les tables, le code actuel de MySQL est suffisant. Mais, pour aller plus loin et atteindre le milliard de lignes, nous avons besoin d'optimisations, donc de travailler avec un éditeur qui ait la volonté d'avancer sur ces sujets". Aujourd'hui, pour ces applications critiques, Nexedi se repose sur MySQL Cluster, une version de la base exploitant le moteur NDB conçu à l'origine par Ericsson, mais a besoin d'engagements de la part de l'éditeur de MySQL pour aller plus loin. L'éditeur français craint donc de voir Oracle faire la sourde oreille sur ces sujets, afin de laisser le champ libre à 11g.

Selon Jean-Paul Smets enfin, l'argument, repris d'ailleurs par certains acteurs de l'Open Source, selon lequel la licence GPL de MySQL le protège de la mainmise d'un acteur ne tient pas. "Bien sûr, rien n'empêche une société tierce de faire une offre commerciale autour de MySQL. Ce raisonnement est compatible avec le mythe du développement communautaire. Je parle de mythe car un produit comme MySQL Cluster a nécessité une équipe de 4 développeurs pendant 5 années. Et, dans ce cas, le développement communautaire seul ne suffit pas." Autrement dit, sans le concours de grandes sociétés, des produits de ce type n'existeraient pas dans la sphère Open Source.

Options de repli : trois ou quatre ans de mise au point

S'il affirme disposer d'options de repli (notamment via une solution MySQL avec un moteur InnoDB intégrant les "améliorations refusées depuis trois ans par Oracle", une offre du Californien Percona), Jean-Paul Smets explique que passer de MySQL Cluster à un plan B nécessiterait trois à quatre ans de travail, avant la mise sur pied d'une plate-forme pleinement opérationnelle.

Si la proposition de Nexedi donne corps aux arguments de Monty Widenius - en mettant sur la table une alternative -, la Commission semble aujourd'hui s'orienter vers une solution d'apaisement avec Oracle. "L’annonce (...) par Oracle d’une série de garanties faites aux clients, développeurs et utilisateurs de MySQL est un nouvel élément important à prendre en compte dans les procédures en cours", a expliqué Bruxelles dans un communiqué officiel. "Je pense que la Commission comprends bien les enjeux technologiques relatifs à ce dossier, juge Jean-Paul Smets. Mais toute la question est de savoir si elle saura s'opposer aux pressions des Etats-Unis". Fin novembre, un groupe de 59 sénateurs américains, mené par le démocrate John Kerry, avait ainsi demandé à la Commission européenne d’accélérer sa prise de décision dans le dossier de fusion Oracle/Sun.


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