Le grand marché de l'e-éducation/e-formation attise les convoitises

Avec une prévision de croissance annuelle de +23% d'ici à 2017, rien d'étonnant à ce que le marché de la formation sur internet soit le théâtre de grandes manoeuvres. Innovation, consolidation, et – encore et toujours – confrontation entre diverses conceptions de la pédagogie idoine ... avec notamment l'essor des Mooc's en ligne de mire.

Plus de 3 000 sociétés européennes défendent leur cause sur le marché du e-learning. Un gros gâteau mondial évalué à 91 milliards de dollars, avec une perspective de croissance annuelle de + 23 % d'ici à 2017. Les analystes britanniques d'Ibis Capital et d'Edxus Group qui avancent ces chiffres, misent sur une multiplication par 15, à l'horizon de dix ans, du segment du e-learning. Segment qui pourrait peser jusqu'à 30 % du marché mondial de l'éducation. Ils fondent leur prévision sur un certain parallélisme avec la mutation numérique en cours dans l'industrie des médias, avec la profusion des contenus, la fragmentation de l'audience et, au final, une certaine convergence entre les acteurs concernés par le contenant et le contenu. 

Plus modérée, l'étude américaine d'Ambient Insight Research évalue à 12 % la croissance annuelle du marché mondial des produits e-learning. A l'horizon 2015, celui-ci flirterait avec le seuil des 50 milliards de dollars (32,1 milliards $ en 2010). 

SaaS, gamification et surtout hybridation 

Le Britannique Edxus Group, face au constat de fragmentation de l'offre, déclare se lancer dans une campagne d'acquisition (consolidation) avec une réserve de quelque 50 à 60 millions d'euros à placer dans les dix-huit mois à venir. Sa cible : des entreprises réalisant entre 2 et 10 millions de chiffre d'affaires, avec une perspective de progression de 25 % l'an. Et d'étayer son implication en publiant un palmarès des vingt leaders du « e-learning » européens. Un classement établi non seulement en fonction des chiffres d'affaires, croissance et parts de marché, mais aussi selon le degré d'innovation de leur offre : SaaS, « gamification » du contenu, ouverture d'accès à la mode Mooc's (Massive Open Online Courses) et autres composantes de l'interactivité (évaluation, test, etc). 

Révélateur : dix des vingt acteurs de ce hit-parade sont britanniques, les autres dispersés dans les pays nordiques, un seul en Allemagne, un en Russie. Mais pas un seul français. Signe que le développement d'un écosystème d'e-learning innovant n'a rien à gagner d'une démarche centralisatrice, comme le souligne Benjamin Vedrenne-Cloquet, co-fondateur d'Edxus Group. Ce qu'avaient par ailleurs déjà relevé les enseignants échaudés par le flop du programme d'Universités numériques thématiques (UNT) lancé en 2008, qui n'allait guère au-delà de la mutualisation de contenus (voir notre précédent article sur l'essor potentiel des Mooc's en France et le projet FUN, France Université numérique). 

Il ne manque pourtant pas de faits et d'arguments pour que, chez nous comme ailleurs, soit suivi le même chemin d'innovation assortie d'une certaine consolidation. Tant dans la formation professionnelle que dans la e-éducation. Sur le premier volet, les témoignages figurant au programme des prochaines rencontres du e-learning (les 18-19 juin à Paris) sont explicites : le présent et l'avenir du e-learning dans le milieu des entreprises est dans l'hybridation ( blended learning, formation en ligne mixée avec formation en présentiel). 

400 Mooc's recensés, 390 américains 

Pour l'Education nationale, et surtout l'enseignement supérieur, à entendre les expériences partagées lors de la journée de réflexion sur les Mooc's (cours en ligne ouverts à tous) organisé le 30 mai par le pôle de compétitivité Systématic (250 participants), « un point de bascule est atteint », résume Stéfane Fermigier, co-organisateur avec l'Inria, l'Irill et les universités Paris-6 et Paris-7 de cette rencontre. Nonobstant ou plutôt à cause du retard de la francophonie sur ce terrain, avec, « quelque 400 Mooc's recensés dont 390 américains, 5 d'origine espagnole, 3 venus de Suisse et 2 français », selon ce dernier, « l'important, maintenant, est d'y aller groupé ». C'est en quelque sorte ce qu'est venue réaffirmer la représentante du ministère de l'enseignement supérieur, intervenant en ouverture de cette rencontre. Chacun attend la prise de position concrète du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche (les détails du programme FUN), annoncée pour début juillet. 

La crise aidant, ce sont les Espagnols qui, lors de ce partage d'expérience, en ont le plus montré quand au bien-fondé de l'investissement dans ce genre de dispositifs de démultiplication d'accès à des ressources pédagogiques. Un investissement pas forcément énorme, sinon en forte motivation de l'équipe de réalisation : l'Uned (équivalent au niveau universitaire de notre Cned, avec 62 centres répartis en Espagne) s'est donné sept semaines pour expérimenter le montage et la diffusion de deux Mooc's, UnedComa et Aprendo, sur fond d'open source (la plateforme OpenMooc). Deux coups d'essai qui, d'ores et déjà, ont fait mouche auprès de 120 000 utilisateurs (étudiants). A l'instar des pionniers américains, toutes proportions gardées, l'agilité déployée dans ce projet a été décisive. Comme le rappelait, par ailleurs, Jean-Marie Gillot (Télécom Bretagne), co-initiateur d'Itypa, l'un des deux premiers Mooc français. 

Un Mooc est un réseau social 

Même écho, toutes proportions gardées, de la part de l'équipe de Rémi Bachelet (Université Lille-Nord et Centrale Lille), à l'initiative de l'autre Mooc français, sur la gestion de projet (3 500 apprenants inscrits, d'une douzaine de pays). Principal enseignement de cette première : pas besoin d'un gros budget pour concurrencer les plus grands (400 euros dans ce cas, hors coût du personnel enseignant). 

« Un Mooc est un réseau social », expose Stéfane Fermigier. Sous entendu : le « marketing » de l'offre pédagogique est aussi crucial que les technologies sous-jacentes (100% open source en ce qui concerne la plateforme LeMooc que développe son entreprise Abilian). Un « marketing » qui repose en revanche sur une forte implication en ingénierie pédagogique, en community management et en communication, comme en témoigne l'expérience du Mooc lillois. Une évidence qui ramène à l'enjeu économique (et aux modèles économiques applicables à ces initiatives) sur lequel tout ou presque reste à prouver en France (et en francophonie) face au rouleau compresseur américain. « La course à la monétisation est lancée ». Selon Lancelot Pecquet (Will Strategy), outre-atlantique, les sources de financement viennent autant d'acteurs privés que des universités … qui retrouvent en partie leur mise: 6 à 15% des bénéfices engrangés par les Coursera, EdX et autres plateformes de « tutorat » en ligne reviennent aux universités. Cours gratuits, mais validation des acquis et examens payants, valorisation de la collecte de données... une vague de changements est en train de monter. Qui fait, certes, débat quant à son bien-fondé. Certaines de nos grandes écoles et universités ont dans leurs cartons des projets « agiles » qui devraient afficher -dès la rentrée prochaine - leur prise de position à cet égard. A suivre ! 

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