HP boucle son 3e trimestre sur une perte historique du fait de provisions massives

Malgré un trimestre finalement pas trop mauvais d'un point de vue opérationnel, HP a publié une perte trimestrielle historique du fait de provisions pour dépréciations d'actifs massives. HP admet ainsi avoir surpayé certaines de ses acquisitions passées parmi lesquelles Compaq et EDS. Et même si la firme ne le dit pas les provisions pourraient aussi concerner 3Par et Autonomy...

Comment écrit-on indigestion chez HP ? Si l’on en croit les derniers résultats publiés par le constructeur, en plusieurs mots : Compaq, EDS sont ceux immédiatement évoqués par la firme. Mais au vu de la provision massive pour restructurations et dépréciations d’actifs de 10,8 Md$ (dont 9,1 Md$ de dépréciation d’actifs), on se demande aussi si HP n’a pas aussi pris conscience du prix outrancier payé pour des acquisitions récentes comme celles de 3Par ou d’Autonomy. Cette provision a eu un effet ravageur sur les résultats trimestriels du groupe. HP a ainsi annoncé une perte nette de 8,9 milliards de dollars pour un CA de 29,7 Md$, en recul de 5 %. L’Europe a paradoxalement moins reculé que la zone Amérique et que la zone Asie Pacifique, HP notant en particulier une situation difficile en Chine (Meg Whitman a d'ailleurs mis en doute les prévisions de croissance chinoises en soulignant que les responsables sur le terrain ne voyaient pas la croissance annoncée officiellement).

Inutile de paniquer toutefois, la faillite ne guette pas HP. Sans ce nettoyage vigoureux du bilan (qui n’est jamais qu’une manipulation comptable légale), HP aurait affiché un bénéfice net de l’ordre de 1,6 Md$, soit un résultat pas si lointain de celui obtenu l’an passé. D’ailleurs la performance financière du groupe n’est pas si mauvaise, avec un cash-flow opérationnel dégagé de 2,8 Md$ sur le trimestre et une réduction de la dette de plus de 1 milliard d’euros.

En fait, il semble que Meg Whitman ait choisi d’appliquer vigoureusement un grand toilettage des comptes d’HP histoire de se débarrasser des scories du passé et de s’épargner des surprises futures, quitte à sacrifier les résultats annuels du groupe (il semble évident que le trimestre fiscal qui reste ne suffira pas à compenser la perte nette affichée et qu’HP clôturera son exercice annuel sur une perte nette.

HP, Dell : Tu quoque mi fili...

Ces considérations financières mises à part, il est surprenant de noter à quel point la performance d’HP ressemble à celle de Dell sur le trimestre écoulé (voir à ce propos notre article d’hier).

Comme le Texan, HP a vu son activité PC sombrer au cours du trimestre fiscal achevé le 31 juillet. La division systèmes personnels voit ainsi ses ventes de PC portables plonger de 12 % tandis que ses ventes de PC reculent de 8 %. Le nombre d’unités livrées est, quant à lui, en baisse de 10 %. Malgré cette chute des ventes, la division parvient à rester rentable avec une marge opérationnelle de plus de 4,7 %. Meg Whitman note toutefois que les stocks ont augmenté notamment en Europe et en Asie et que la guerre des prix s’intensifie.

Comme Dell, HP voit son activité services stagner avec un recul de 3 % du CA. La conjoncture est certes difficile, mais HP est particulièrement affecté du fait de l’effondrement ininterrompu des ventes de ses serveurs d’entreprises.

Ainsi l’activité serveurs critiques (BCS, Business Critical Servers) recule encore une fois de 16 %, preuve qu’HP n’arrive toujours pas à endiguer l’effet dévastateur qu’a eu l’annonce par Oracle de son abandon de la plate-forme Itanium (même s’il reste à voir quelles seront les conséquences du récent jugement en faveur d’HP dans le cadre de son procès avec Oracle). Côté serveurs x86, HP enregistre une légère contre-performance avec un recul de 3 % - mais la firme souligne la montée en puissance de cloud System avec plus de 750 clients dans le monde -, tandis que les revenus réseaux continuent à progresser de 6 % (rappelons que Dell a vu son CA serveurs + réseaux progresser de 16 % au cours de la même période et que Cisco a enregistré une progression de près de 140 %).

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Plus inquiétante est la performance du stockage, en recul de 5 %. Malgré l’acquisition de 3Par et la bonne performance annoncée de cette ligne de produit (+60% sur un an), HP continue à souffrir de la cannibalisation de ses autres gammes et notamment la gamme EVA. De plus, le constructeur n’a pas à ce jour réussi à bâtir une offre à même de contrer les systèmes unifiés VNX d’EMC et les baies FAS de NetApp, malgré l’ajout d’une tête NAS, sur la base de son filesystem en cluster Ibrix, en frontal des baies 3Par. De l’avis de plusieurs utilisateurs rencontrés lors d’HP Discover à Las Vegas, HP semble manquer d’un vrai stockage d’entrée/milieu de gamme unifié, économique et simple d’emploi, un comble pour un constructeur qui dispose de tous les éléments techniques pour produire une telle offre.

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Le constat général : tant qu’à cannibaliser sa base installée EVA avec 3PAR, HP ferait mieux d’abandonner EVA pour le remplacer en entrée/milieu de gamme par une offre moderne. Ce qui est sans doute plus simple à dire qu’à réaliser. Lefthand aurait pu jouer ce rôle, mais là encore la volonté de ne pas sacrifier EVA a sans doute nuit à la progression d'une technologie que nombre d’analystes considéraient pourtant comme prometteuse. Au-delà de ces considérations, les résultats de l’activité stockage d’HP reflètent aussi une conjoncture plus que morose pour le monde du stockage. La quasi-totalité des concurrents de la firme a annoncé récemment des résultats en baisse, y compris NetApp (avec les exceptions notables d’EMC et Hitachi). Et comme nous le confirmaient récemment deux concurrents de la firme, le trimestre a été marqué par l'arrêt brutal des achats de la part de certains grands comptes mais aussi par le comportement opportuniste d'autres grands clients qui ont tiré les prix vers des niveaux encore jamais atteint. Or, soucieux de ne pas perdre encore plus de terrain, les fournisseurs n'ont eu d'autres choix que d'accepter des prix parfois déraisonnables pour maintenir leurs parts de marché. Comme à l'accoutumée, la crise déclenche des réactions épidermiques chez certaines entreprises et des comportement prédateurs chez d'autres. De façon intéressante, les grands clients seraient les plus concernés par ces comportements, les PME poursuivant leurs achats... aux tarifs habituels.

Le logiciel en manque d'Autonomy

Une autre source d’inquiétude persistante pour HP est son activité logicielle. Même en supposant une croissance nulle pour Autonomy, le rachat de l’éditeur anglais aurait logiquement dû doper le revenu de la division software d'HP de plus de 200 M$. Pourtant, l’activité software n’a progressé que de 170 M$. HP pse félicite certes d'afficher une croissance sur un an de 18 % mais la réalité est que si l’on ajoute les logiciels historiques d’HP à ceux d’Autonomy, l’activité logicielle s’est en réalité contractée. On comprend mieux l’éviction au printemps de Mike Lynch le flamboyant président et CEO d’Autonomy. Le pire pour HP est que les ventes de nouvelles licences sont tout simplement étales avec une hausse de 2 %. Ce sont le support et les services (dont l’offre en cloud IDOL) qui sauvent le trimestre. On s’en doutait un peu lors du rachat, HP a sans doute nettement surpayé pour l’acquisition de l’éditeur anglais et doit désormais faire avec les conséquences de cette acquisition.

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Notons pour terminer qu’HP ne pense pas que la conjoncture va s’améliorer et estime que les perspectives à court terme ne sont pas très bonnes. La firme va donc continuer à contrôler ses coûts. 4 000 employés ont quitté la firme au cours du trimestre et 11 500 devraient l’avoir quitté d’ici la fin de l’année fiscale. Un an après son arrivée à la tête d’HP, Meg Whitman n’en a donc pas fini avec les difficultés. Elle indique d’ailleurs qu’il y a toujours en interne des vrais problèmes d’exécution de la stratégie chez HP et que beaucoup de travail reste à réaliser pour qu’HP retrouve son efficacité d’antan. Et d’expliquer que le chemin est étroit entre le besoin de résoudre les problèmes d’exécution à court terme d’HP et l’absolue nécessité d’investir à long terme pour faire face aux bouleversements que connaît l’industrie, avec notamment la montée en puissance du cloud et de la mobilité.

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