L'entrée attendue de Cisco sur le marché des serveurs a un fort parfum de réseau

Si Sun a fait de l'expression "The Network is the Computer" son mantra, Cisco pourrait bien inverser la proposition lors de son entrée attendue sur le marché des serveurs. C'est en effet en travaillant sur la virtualisation des entrées-sorties et sur leur gestion plus simple que le géant des réseaux peut apporter la plus forte contribution aux serveurs d'entreprises x86.

C'est désormais un secret de polichinelle : Cisco travaille à la conception d'une nouvelle gamme de châssis à lames combinant serveur, réseau et virtualisation dont le nom de code serait « California ». Cette série d'équipements est le fruit des travaux d'une équipe d'ingénieurs, issus de Nuova, une start-up largement financée par le géant des réseaux et finalement rachetée à 100% en 2008.

Une équipe composée de spécialistes de la virtualisation, de la commutation et du stockage

Nuova comptait notamment dans ses rangs des pionniers de la virtualisation comme Edouard Bugnion, l'ex CTO de VMWare, mais aussi quelques « stars historiques » issues des rangs de Cisco, comme Luca Cafiero, qui a piloté le développement des Cisco Catalyst 6000 et dirigé le business stockage de la firme, Prem Jain, un ex de Crescendo Systems, qui a dirigé le groupe routage du géant, Soni Jiandani, l'ex vice-présidente du marketing du groupe commutation puis dirigeante du groupe stockage de Cisco, et enfin l'emblématique Mario Mazzola, ex-patron et fondateur de Crescendo Communication, puis Chief Development Officer de Cisco, avant son « départ à la retraite » et la création de Nuova.

Pour la petite histoire,  Mario Mazzola, Luca Cafiero, Prem Jain et Soni Jiandani étaient tous parmi les fondateurs d'une autre start-up financée par Cisco, Andiamo Systems, qui est ensuite devenu le coeur de l'activité Fibre Channel du géant. Ils avaient tous annoncé leur départ quasi simultanément en 2005, peu avant la création de Nuova. A la tête d'une équipe d'environ 200 personnes, ces figures historiques de Cisco ont déjà donné naissance aux gammes de commutateurs convergents Ethernet/FCoE Nexus, sur lesquels Cisco a parié une partie de son avenir au coeur des data centers. Cette fois-ci, c'est au marché de la virtualisation des data centers que cette équipe s'attaque.

La virtualisation ouvre la porte à un conflit de titans dans les data centers

Leur idée : concevoir une nouvelle génération d'équipements combinant réseau, serveurs et virtualisation afin de doper les performances et de simplifier la gestion des data centers de demain. "L’hyperviseur est un outil de gestion de la bande passante CPU, de la bande passante mémoire et de la bande passante I/O", expliquait il y a quelques années Edouard Bugnion, lorsqu'il était CTO de VMware avant son acquisition par EMC. Lors d'un entretien, en décembre dernier, Bugnion nous avait confirmé cette vision de l’hyperviseur en tant que gestionnaire de « bande passante » et l’intention de Cisco de participer à la bonne gestion de cette bande passante.

En fait, comme la VoIP a introduit une rupture sur le marché de la téléphonie - dont il a su profiter en exploitant l'inertie des acteurs historiques mais surtout sa capacité à intégrer en profondeur les fonctions de téléphonies à ses équipements réseau - ,  Cisco semble faire le pari que la généralisation des hyperviseurs pourrait lui ouvrir des opportunités sur le marché des serveurs dans les grands data centers. Car en brouillant les frontières entre serveur et réseau, l’hyperviseur ouvre un nouveau champ de bataille que le géant des réseaux entend exploiter, au risque certes, de se mettre à dos ses partenaires historiques. A sa décharge, ceux-ci ne lui font pas non plus de cadeaux : en témoigne ainsi l'offensive d'HP sur le marché des réseaux avec Procurve et son intrusion en bordure du réseau avec des technologies telles que Virtual Connect pour ses serveurs lames. Et puis Cisco ne peut pas ignorer une technologie, la virtualisation, qui menace de le priver d'une partie de ses revenus dans le data center. Plus de mutualisation se traduit en effet, certes par moins de serveurs, mais aussi par une réduction drastique du nombre de ports réseaux dans les data centers.

Bataille pour le contrôle des entrées-sorties

Pour son entrée -toujours pas confirmée officiellement - sur le marché des serveurs, Cisco devrait profiter d'une conjonction propice, à savoir l'arrivée quasi-simultanée  au tout début du printemps des puces serveurs Xeon Nehalem d'Intel, de la nouvelle mouture de VMware ESX Server et du support émergent des standards de virtualisation d'entrées/sorties tels que SR-IOV (Single Root I/O Virtualization).

Une occasion d’étendre son emprise sur le réseau à la gestion des I/O dans le serveur. La technologie SR-IOV, dont Cisco pourrait être l'un des premiers utilisateurs à grande échelle, va par exemple permettre de mutualiser de façon transparente des ressources I/O entre plusieurs machines virtuelles tournant sur une même lame serveur. Le tout en optimisant les performances et en simplifiant l'allocation et la gestion des ressources I/O virtualisées et notamment celle des ressources Ethernet (une couche transport utilisée par Cisco à la fois pour le transport de l'IP et de Fibre Channel avec FCOE). 

En fusionnant dans un même châssis des capacités de concentration d'I/O relativement denses (incarnées par exemple par des lames de commutation de classe Nexus 5000) et des lames serveurs virtualisées, le tout assorti d'une couche de gestion et de provisionning avancée (comme une nouvelle mouture de son outil Vframe), Cisco pourrait bousculer les acteurs établis du monde des serveurs x86. Le tout avec une recette éprouvée dans le monde Unix et dans le monde Mainframe : en intégrant au maximum les I/O avec la partie CPU, on simplifie grandement la mise en oeuvre, on densifie l'infrastructure et on améliore aussi la mutualisation des ressources. Nous avons ci-dessous imaginé ce à quoi pourrait ressembler l'architecture d'un tel système, une architecture qui reste bien sûr hypothétique.

california

La bonne nouvelle est qu'en découplant les OS des serveurs, la couche de virtualisation rend possible cet exercice de refonte architecturale sans mettre en péril la compatibilité logicielle et en ouvrant la voie à une optimisation de la gestion des ressources. Dans la première mouture de California, les rumeurs prêtent à Cisco l'intention de collaborer étroitement avec VMware (d'où les rumeurs persistantes de rachat de VMware et d'EMC par Cisco). Mais si le géant ne parvient pas à ses fins, ce rôle de virtualisation pourrait aussi à terme être joué par une autre technologie, sans doute d'origine libre, pour peu qu'elle supporte l'exécution des OS standards du marché x86 à savoir Windows, Linux et Solaris. De quoi aussi renforcer la probabilité d'un choc frontal entre Cisco et Microsoft, un choc déjà amorcé sur le marché des communications unifiées.

«Notre mission est d’améliorer l’efficacité totale des systèmes en fournissant des solutions pour data center qui garantissent la consolidation des I/O et la convergence des fabriques réseaux, serveurs et SAN », indiquait autrefois le site de Nuova. La réponse à la question des ambitions de Cisco sur le marché des serveurs est peut-être dans cette description de la mission de Nuova : la gestion des entrées/sorties et leur virtualisation efficace devraient être parmi les éléments clés mis en avant par Cisco face aux acteurs établis. « The network is the computer » disait John Gage de Sun. Chez Cisco, les serveurs California pourraient inverser la proposition : the computer is the network...

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