Les SSII indiennes font le gros dos face à la crise

Le deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2008/2009 s’est terminé le 30 septembre dernier. Depuis, la plupart des SSII indiennes se sont livrées à un exercice de présentation de leurs résultats très attendu. Pour, au final, produire des chiffres et des prévisions assez contrastées. Mais avec une constante : contrairement aux affirmations rassurantes, la crise semble bien là.

Les SSII indiennes se portent bien. Du moins s’efforcent-elles de le montrer, avec l’aide de leurs résultats pour le trimestre écoulé. Au premier abord, ces résultats semblent abonder dans le sens de l’argument consensuel du moment. Dans le Top 5 des SSII indiennes, tout le monde affiche un chiffre d’affaires en progression, à 504,7 M$ pour HCL Technologies, 652,2 M$ pour Satyam, 1,21 Md$ pour Infosys, 1,38 Md$ pour Wipro et 1,57 Md$ pour TCS.

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Mais si les SSII du sous-continent exhibent une croissance continue de leur chiffre d’affaires depuis plus de deux ans, elles affichent moins volontiers la régression de leur croissance trimestrielle. Face à la concurrence, Infosys tire nettement son épingle du jeu, avec une croissance séquentielle de 5,28 % au troisième trimestre 2008, contre 3,21 % pour TCS, 2,34 % pour Satyam, mais surtout 0,14 % pour HCL et -0,65 % pour Wipro.

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Reste que, sur une base annuelle, Infosys fait bien moins figure de champion. Au troisième trimestre de cette année, sa croissance, par rapport à la même période en 2007, est tombée à 18,98 %, alors qu’elle était de 24,46 % un trimestre plus tôt, et même de 37 % au troisième trimestre 2007. Dans le Top 5 des SSII indiennes, c’est TCS qui souffre le plus, avec une croissance annuelle de 14,74 %. De quoi faire rêver en Europe, certes, mais un mauvais chiffre pour la filiale du groupe Tata, habituée à bien plus. Pour sa défense, TCS assure qu’il s’est trouvé pénalisé par le yoyo incessant de la roupie indienne. Et de lui imputer la croissance sur un an de seulement 1,5 % de son bénéfice trimestriel, à taux de change constant, mais de -6,75 % en intégrant les variations de taux de change.

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Les nouveaux clients mis en exergue

Dans ce contexte, et afin de rassurer les investisseurs, tout aussi nerveux sur la Bombay Stock Exchange qu’à Paris ou New York, les SSII indiennes insistent sur l’évolution de leur portefeuille de clients. Ainsi, TCS revendique 51 clients nouvellement recrutés sur le trimestre écoulé, contre 28 clients pour Wipro - dont quelques uns à plusieurs millions de dollars – ou bien 33 pour Satyam, 29 pour HCL et encore 40 pour Infosys.

Du coup, chez Infosys, Kris Gopalakrishnan assure que les fondamentaux restent bons et que «ces temps difficiles créent des opportunités intéressantes pour des prestataires de services structurants tels que nous.»

La fin de l’unité

Jusqu’ici, ce discours était repris à l’envie de manière assez unanime. Mais le nombre de voix discordantes ne cesse de progresser. Six des grandes entreprises les plus impactées par la crise financière mondiale sont clientes de TCS. La SSII vient de constituer des provisions afin de se prémunir contre l’éventuelle défaillance de deux d’entre elles. Les noms et montants concernés n’ont pas été communiqués.

Chez Wipro, on reconnaît observer un changement dans la structure des contrats d’externalisation: «nous n’allons pas signer de grands projets structurants mais, typiquement, des projets associant une composante d’externalisation à une composante structurante,» expliquait ainsi Girish Paranje, co-directeur général de Wipro à l’occasion de l’annonce des résultats de la SSII, qui relevait en outre que les clients cherchaient un retour sur investissement rapide.

Chez Satyam, on refuse de croire à une augmentation de la pression sur les prix. Mais les taux de facturation ont reculé séquentiellement au troisième trimestre de 0,4 % en offshore, et de 0,8 % sur site. Et, de son côté, Wipro prévoit de réduire l’augmentation annuelle accordée à ses collaborateurs détachés sur site, à 7/8 % contre 11/12 % il y a un an.

Et pour ne rien arranger, l’Inde vient d’être placée au 48ème rang mondial du classement, qui en compte 66, des pays où il fait bon développer une activité IT, par l’Economist Intelligence Unit (EIU). L’an passé, l’Inde figurait au 46ème rang; la Chine au 49ème. Selon les auteurs de l’étude, il est plus difficile de mener une activité commerciale en Inde qu’au Sri Lanka ou aux Philippines...

Une reprise lente

Pour les SSII indiennes, l’Europe continentale reste un objectif stratégique pour la croissance de l’activité. Mais c’est un objectif de long terme. Pour Wipro, il faudra compter 18 à 24 mois avant de constater une progression significative de l’activité dans la région. Et la SSII de préférer conserver 700 M$ de dette afin de préserver ses liquidités, une réserve de l’ordre de 300 M$.

De quoi aussi préparer des rachats… en Europe continentale. Ou bien au Japon? Le Nasscom, la chambre syndicale patronale des SSII indienne, vient d’émettre une nouvelle recommandation, suggérant à ses adhérents de se tourner vers ce marché où ils sont encore peu présents. TCS a déjà engagé la démarche: le Japon figure sur sa carte des formations multi-culturelles.

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