Les SSII indiennes face à la menace d’une nouvelle récession

Nouvelle tempête aux lourdes répercutions ou simple crachin passager ? La crise larvée des dettes souveraines, en Europe comme aux Etats-Unis, donne des sueurs froides aux SSII, toujours très exposées sur leur principal marché et très investies à développer leur activité sur le vieux continent. Mais elles tentent de rassurer et continuent de trouver des raisons d’espérer.

La dégradation de la note américaine par Standard & Poors, il y a une dizaine de jours, a retenti, entre Bombay et Delhi, comme un énorme coup de tonnerre, sinon de semonce. Sous l’effet de la crainte d’une seconde récession, les investisseurs se sont rapidement repliés sur les cours des principales SSII indiennes. Très vite, les grands capitaines de l’industrie indienne des services informatiques se sont mis à pied d’oeuvre pour tenter de rassurer. N. Chandrasekaran, Pdg de TCS, a ainsi indiqué observer prudemment l’actualité tout en assurant sentir «une bonne demande ». La représentation syndicale des SSII indienne, le Nasscom, a de son côté indiqué ne pas craindre d’impact à court terme. Mais certains ne cachent pas leur pessimisme. Mahindra Satyam craint par exemple pour les budgets de ses clients. Pour Phaneesh Murthy, Pdg du groupe iGate Patni, l’incertitude est telle qu’il est devenu difficile de formuler des prévisions macro économiques à un mois. Pour Pankaj Sharma, conseiller en chef du Think Tank Centre for Transforming India, une nouvelle récession est inévitable et elle touchera l’industrie IT indienne : «structurellement, peu de choses se sont améliorées dans l’économie des Etats-Unis et du monde. Les secteurs les plus consommateurs de services IT sont les Etats-Unis, les banques, les assurances, les services de santé et ils sont encore sensiblement dans le rouge.» Kris Gopalakrishnan, Pdg d’Infosys, ne disait pas autre chose en début de semaine dernière : «il y a des craintes d’une nouvelle récession aux Etats-Unis et d’une crise de la dette en Europe.» Mais, pour lui, la SSII a été «capable de réagir très rapidement par le passé lorsque la récession est survenue. Ces réponses sont encore bien présentes dans nos esprits et je pense que l’industrie saura supporter une autre crise ».

Un tournant pour l’emploi

Une adaptation des entreprises IT donc qui, comme précédemment, pourrait passer par l’emploi. Rajesh Kumar, Pdg et fondateur de MyHiringClub.com anticipe ainsi une baisse de 26 % de l’embauche dans l’industrie IT indienne au cours du trimestre entamé, par rapport au second trimestre 2011. Et il n’escompte pas de retour à la normale avant 5 à 6 mois. Mais un autre facteur devrait venir aggraver la situation : l’arrivée de la campagne présidentielle américaine. La pression sur les SSII indiennes, parfois perçues outre-Atlantique comme des prédateurs d’emplois, n’a cessé de monter au cours des derniers mois. Et elle ne devrait pas diminuer rapidement. Si Infosys ne prévoit pas d’embaucher aux Etats-Unis, la SSII prévoit de travailler son image de marque. Wipro ne s’y prend pas différemment. Mais la récente réforme des visas de travail américains pourrait bien encourager au recrutement local. Pour l’heure, toutefois, les principales SSII indiennes refusent d’évoquer tout gel des embauches sur leur marché domestique. Mais, pour une fois, l’attrition, remontée en flèche avec la reprise de l’activité, pourrait être une bonne nouvelle et aider à négocier le virage.

Des résultats pour l'heure positifs

Mais pour l’instant, les SSII indiennes peuvent compter sur leurs très bons résultats du premier résultat de l’exercice en cours : Infosys et Wipro ont signé plus de 23 % de croissance sur un an, contre plus de 30 % pour HCL et TCS. Ces deux derniers semblent donc les mieux préparés pour encaisser un trimestre, voire un semestre, éventuellement difficiles. Et c’est Wipro qui apparaît là le plus mal en point avec, en particulier, un net recul de ses marges, se traduisant par une croissance de son bénéfice net de 4,5 % sur un an à 399 M$. Une quasi contre-performance par rapport à ses concurrents. Reste que, si leurs marchés se rétrécissent, les SSII indiennes devront supporter une concurrence accrue entre elles. Et, selon certains observateurs, cela ne pourra se faire qu’au détriment des marges et des salaires. Les résultats des prochains trimestres pourraient s’en ressentir. En attendant, il est un concurrent que les SSII indiennes n’avaient peut-être pas vu venir et qui ne manque pas de les bousculer : Cognizant. Avec une croissance de 34,4 % sur un an au second trimestre, la SSII a atteint un chiffre d’affaires sur la période de 1,49 Md$. De quoi venir tutoyer les grands du secteur et menacer Wipro à sa place de numéro trois. Mais, là encore, le contexte macro-économique parlera car l’exposition de Cognizant au marché nord américain est importante : près de 78 % de son chiffre d’affaires au dernier trimestre.

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