MySQL s'éloigne de plus en plus de la philosophie de l'Open Source

Le modèle Open Source de MySQL ne convient plus à Mickos Marten et Sun. La volonté de l'éditeur de réserver une partie de l'innovation - concrètement quelques composants - aux seuls utilisateurs payants symbolise les questions qui traversent en ce moment l'Open Source. Ce modèle atteint l'âge où le retour sur investissement doit primer sur toute autre considération.

Comment accélérer le retour sur investissement, sans heurter sa base de développeurs reputée susceptible ? C'est la question à laquelle doit aujourd'hui répondre l'ancien staff de MySQL, Marten Mickos et Zack Ulocker, qui compose la direction bicéphale de la division base de données de Sun, depuis que le Californien a eu l'audace de se payer la base n°1 de l'Open Source (pour un milliard de dollars tout de même).

L'ancien PDG suédois a lancé un pavé dans la mare à l'occasion de la conférence utilisateurs de MySQL la semaine dernière. En annonçant que certains modules développés comme add-on ne seront réservés qu'à la version commerciale de la base de données. Remous dans la communauté, qui se sent presque trahie. Si, comme l'indique Zack Ulocker dans son blog, ces fonctionnalités, qui seront dédiées au chiffrement et la compression de données ou encore à l'intégration des pilotes pour attaquer des moteurs de stockage tiers, « n'intéressent pas les utilisateurs lambda », l'incompréhension règne. Un mauvais point pour Sun, quelques semaines après sa coûteuse acquisition.

"Tester de nouveaux modèles"

Et Marten Mickos de venir au secours de Zack Ulocker ce week-end en répondant aux nombreuses interrogations des développeurs sur le site spécialisé Slashdot. Une approche très communautaire, comme pour désamorcer le conflit en germe. Il fait notamment référence au modèle de double licence mis en place par RedHat sur le segment de l'OS Open Source. S'il reste dubitatif sur son application à une base de donnée comme MySQL et surtout « sur les compensations reçues au regard de la masse de contributions et d'investissements consentie », il ne fait pas mystère de sa volonté de trouver un modèle plus rentable pour MySQL. Tout en rappelant que Sun ne s'est toujours pas décidé sur le modèle de licence qui encadrera à terme les composants. Plus pragmatique, Zack Ulocker explique : « Après tout, les revenus nous aide à embaucher plus de développeurs et à développer ainsi plus de logiciels Open Source ».

La conclusion de ces interventions ? Il faut trouver un moyen d'assurer à l'innovation Open Source un retour sur investissement plus rapide. « Pour cette raison, nous continuons de tester de nouveaux modèles », dixit Marten Mickos. Un aveu emblématique des questions existentielles qui traversent aujourd'hui l'Open Source, le modèle actuel ne correspondant plus aux attentes des éditeurs. La mutation a d'ailleurs commencé, comme en témoigne l'étrange partenariat entre Novell et Microsoft qui, à l'époque, avait suscité l'ire de l'ensemble de la sphère Open Source.

Cette initiative de MySQL constitue une suite assez logique pour un modèle qui a atteint l'âge de la maturité, explique Alexandre Zapolsky, PDG de la SSLL Linagora. « Aux Etats-Unis, cela ne pose pas de problème », confirme-t-il, rappelant les modèles de RedHat et de Pentaho notamment. « Il est évident qu'il faut accélérer le retour sur investissement et entamer la monétarisation de la base installée », explique-t-il.

Précisons que l'Open Source se voit de plus en plus concurrencer par le très tendance modèle du « Cloud Computing », poussé notamment par Google et Salesforce. Grosso modo, il s'agit de délivrer les développeurs de contraintes d'infrastructure pour leur fournir, outre un puissant système distribué de serveurs, un environnement de développement et d'exécution d'applications, prêt à l'emploi. Une façon de couper l'herbe sous le pied du développement en Open Source.

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