Pourquoi HP rachète Eucalyptus

Le rachat d'Eucalyptus, un pionnier du cloud compatible AWS, par HP ouvre sans doute la voie à l'ajout par la société d'une couche de compatibilité AWS à son Cloud OpenStack Helion.

Jeudi 11 septembre, HP a annoncé le rachat d’Eucalyptus, l’un des pionniers des frameworks cloud. Dirigée par Marten Mickos, l’ex-patron de MySQL, Eucalyptus est surtout connu pour son framework cloud Eucalyptus Cloud, qui permet de mettre en œuvre des infrastructures de cloud privé compatibles avec les API Amazon (EC2, S3,…). Ce framework Open Source était jusqu’alors présenté par Eucalyptus comme une alternative à OpenStack ou Cloud Stack.

Officiellement, le rachat d’Eucalyptus a pour objectif de renforcer l’offre de cloud OpenStack d’HP, Helion. Et le rachat d’Eucalyptus s’accompagne de la nomination de Marten Mickos au poste de vice-président senior et directeur général de la division Cloud d’HP.

La question qui se pose toutefois est quel est l’intérêt d’HP pour une technologie censée officiellement être concurrente d’OpenStack et pour un fournisseur qui a passé une bonne partie des deux années écoulées à dire tout le mal qu’il pense d’OpenStack. La réponse est peut-être à chercher dans les travaux d’Eucalyptus en matière de compatibilité AWS.

Eucalyptus : un expert de la compatibilité avec les API Amazon

OpenStack a largement fait le choix de développer ses propres API afin de s’établir comme une alternative à Amazon et à ses API AWS. Le problème est qu’Amazon est aujourd’hui avec VMware l’un des acteurs majeurs du cloud et que ses API sont donc massivement utilisées. Certains utilisateurs militent donc pour qu’OpenStack se dote d’une couche de compatibilité AWS. Leur désir est de faciliter l’intégration entre leurs clouds internes OpenStack et l’infrastructure qu’ils ont déjà déployée dans le cloud Amazon. Bref, de bâtir une infrastructure de cloud hybride combinant OpenStack en interne et Amazon en externe, le tout fédéré via l’usage d’une API commune.

En l’état des développements, quelques uns des principaux composants d’OpenStack, dont Nova, la couche d’administration de la virtualisation, offrent une compatibilité partielle avec les API AWS. Nova avait d’ailleurs été à l’origine développé pour être compatible avec les API EC2 avant que RackSpace ne fasse évoluer le composant pour bâtir une API « Native ». Résultat, la communauté OpenStack a depuis concentré une large part de ses efforts au développement de ses propres API et la compatibilité d’OpenStack avec les API Amazon est aujourd’hui plus que perfectible. Elle est en tout cas très loin du niveau de compatibilité auquel est parvenu Eucalyptus.

HP :  la recherche d'une couche de compatibilité avec AWS pour Helion OpenStack ?

En mettant la main sur l’éditeur, C’est peut-être bien sur ce savoir-faire qu’HP a souhaité mettre la main, tout en s’adjoignant aux passages les compétences d’une équipe de développeurs rompue aux technologies Cloud et au packaging de solutions clés en main, faciles à installer. Si c’est le cas, l’objectif prioritaire d’HP est sans doute de proposer à terme une couche de compatibilité S3 au-dessus de sa distribution OpenStack Helion, afin d’offrir à ses clients une interopérabilité très large avec les services Amazon dans son cloud public. Un autre objectif pourrait être de s’appuyer sur l’expertise d’Eucalyptus en matière d’installation et d’ergonomie pour simplifier le déploiement d’OpenStack. Cela aurait deux bénéfices : faciliter la mise en œuvre de solutions hybrides dans les entreprises, mais aussi faciliter la migration vers OpenStack de clients aujourd’hui hébergés dans le Cloud d’Amazon.

Et cela expliquerait aussi pourquoi HP aurait, selon Forbes, investi 100M$ dans Eucalyptus, une société qui n’avait jusqu’alors levé que 55M$ et dont l’activité ne semblait guère prometteuse, coincée entre les géants du cloud public et les acteurs du cloud privés comme VMware, OpenStack ou Microsoft. Reste désormais à savoir, à supposer que notre analyse soit la bonne, si HP parviendra à produire cette couche de compatibilité AWS pour Helion OpenStack avant la sortie de la version entreprise de la distribution, en principe, attendue en fin d’année. Sachant qu’en parallèle, HP travaille d’arrache pied au développement de la prochaine version d’OpenStack, « Juno » attendue en novembre, et dont la firme est actuellement le plus important contributeur avec près de 20 % des commits au code, devant Red Hat (17 %) et Mirantis (13 %) - à titre de comparaison, IBM n’est que cinquième avec 10 % des commits, devant Cisco avec 8 %.

Notons pour terminer que la nomination de Marten Mickos à la tête de la division cloud d’HP, libère Martin Fink, le CTO et patron des HP Labs de ce rôle. Fink continuera toutefois à diriger les activités NFV (Network Functions Virtualization) d’HP.

 

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