Microsoft met un petit pied dans la BnF

Objet des convoitises des moteurs de recherche qui souhaitent accéder aux fonds documentaires dans le monde, en les numérisant, la BnF fait toujours cavalier seul. Mais vient tout de même de s’associer à Microsoft. Objectif : mettre en valeur Gallica.fr, le fond en ligne de l’institution. La présence et les mots de Steve Ballmer en disent cependant plus long sur les enjeux pour l’éditeur.

Après l’épisode Google à l’été 2009, la BnF (Bibliothèque nationale de France) revient sur le devant de la scène de la numérisation du patrimoine à la faveur d’un petit accord de partenariat avec Microsoft. Alors que la bibliothèque n’a toujours pas de partenaire pour la numérisation de son immense fond documentaire - et sans que l’on sache si elle en cherche toujours un - , elle annonce avoir signé « un accord visant à améliorer la visibilité des contenus de Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF, sur le moteur de recherche Bing développé par Microsoft ». Quelque 1 250 000 documents de Gallica.fr sont concernés (Gallica comprend entre autre 785 000 journaux et revues et 198.000 ouvrages en ligne). Leur indexation sera donc optimisée par Microsoft.


Le fait que ce dernier ait tenu à faire signer ce partenariat par Steve Ballmer – PDG du groupe américain de passage chaque année à l’occasion des Microsoft Days – en dit long sur l’importance d’un dossier emblématique. Celui de la lutte que se livrent Redmond et Mountain View, où siège Google, sur le front des contenus et de la recherche de documents.
Un accord qui doit avoir une saveur particulière pour Jean-Noël Jeanneney, ancien patron de la BnF de 2002 à 2007, qui s’était vivement opposé aux tractations entre son successeur, Bruno Racine, et Google sur la numérisation des ouvrages. A l’époque – durant l’été 2009 – Racine avait semble-t-il imposer un changement radical de stratégie pour la BnF en matière de numérisation des œuvres. Devant l’ampleur du coût (de 0,12 à 0,74 centimes d’euros par page), la BnF – après avoir vilipendé la tentative de mainmise du moteur californien sur la culture mondiale – était prête à ouvrir ses portes à Google. Des tractations avaient mêmes été officiellement annoncées. La bibliothèque de Lyon venait de son côté d’annoncer la signature d’un partenariat avec le numéro un des moteurs de recherche pour économiser près de 50 millions d’euros en numérisation. Devant le tollé général et sous la pression du ministère de la Culture, Bruno Racine avait dû reculer. Tout en dénonçant dans un livre la posture de Jean-Noël Jeanneney qu'il accusait d’avoir, en son temps, discuter avec Microsoft - dont les vues étaient les mêmes que Google.

De la visibilité pour Gallica, des contenus à valeur ajoutée pour le futur Bing.fr

Dans l’accord signé ces jours-ci par le même Bruno Racine toujours à la tête de la BnF, rien n’évoque un projet de numérisation. Un projet pour lequel le gouvernement a prévu de consacrer au total 750 millions d’euros - pour l’ensemble du patrimoine au delà de la BnF - dans le cadre du grand emprunt, sans que personne ne sache encore qui profitera de cette manne.

Visiblement échaudé par l’épisode Google, Bruno Racine a d’ailleurs bien insisté sur ce point.
Mais le décorum et les pincettes prisent par Steve Ballmer en disent long sur l’envie de Microsoft de vivre une petite lune de miel avec l’institution. Le patron de l’éditeur insiste sur le fait que « cet accord avec la BnF, le premier du genre pour Microsoft, est le fruit d’un long travail avec Bruno Racine et ses équipes. Il marque une étape décisive dans la concrétisation de notre vision de la recherche sur Internet en France : la collaboration avec les institutions et partenaires français dans le respect de leur identité, de la propriété intellectuelle et du développement de la société de la connaissance ».


Microsoft peut désormais se targuer d’avoir un pied dans la place, au moins pour un an. La durée de l’accord reconductible ne comprend cependant pas de clause d’exclusivité. De son côté, la BnF - qui ne déboursera pas un euro dans la manœuvre - compte sur Bing pour booster la visibilité et l’audience de Gallica.fr en proposant sur Bing des résultats enrichis. Après avoir atteint plus de 7 millions de visites en 2010, Gallica.fr espère bien doubler cette fréquentation. Selon le communiqué, « les internautes auront directement les réponses en ligne issues de Gallica. Ils bénéficieront aussi d’un service de recherche visuelle innovant, sous la forme d’une galerie d’images». Selon les deux partenaires, l’accord prendra effet dans les prochains mois dans le cadre du lancement de Bing – actuellement en version bêta - en France.
D’ici là, Google tentera sûrement un tour de piste pour obtenir le même type d’accord et ne pas se laisser distancer au cas où le sujet de la numérisation reviendrait sur la table.

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