Mageia : pour la communauté Mandriva, la solution passe par le fork

Alors que Mandriva présente les étapes de sa nouvelle stratégie, la communauté Mandriva ainsi que les employés licenciés de la filiale Edge-IT du groupe ont décidé de créer un dérivé de Mandriva Linux. Le projet Mageia doit, selon eux, rendre les développements indépendants de toute entité afin de garantir la pérennité de la distribution.

Face un futur incertain, la communauté Mandriva a décidé de recourir à l'arme absolue dans le monde de l’Open Source : le fork. Nom de projet dérivé du code de l'OS conçu par l'éditeur français : Mageia (magie en grec, une référence à l’ancien nom de la distribution, Mandrake, précise la page du projet sur Wikipedia).

Après un été tumultueux pour Mandriva, marqué par un plan de restructuration globale et la fermeture de la filiale Edge-IT du groupe, les utilisateurs et la communauté ont pris la décision de s’approprier la distribution afin de ne “plus dépendre des fluctuations économiques, plus ou moins erratiques, de changements de stratégie non étayés de l'entreprise”. Et, in fine, ne plus dépendre “du sort d'une quelconque entreprise”. Tout simplement. En clair, il s'agit de prendre en main les développements de la distribution et garantir un OS pérenne aux actuels utilisateurs de Mandriva Linux, quelque peu désorientés par les incertitudes pesant sur l’avenir du groupe et par une feuille de route de plus en plus de floue.

Une recapitalisation qui ne convainc pas

“La question de la pérennité de ma Mandriva, celle qui est installée sur mon ordinateur se pose", expliquait Olivier Mejean, membre  de l’association des utilisateurs francophones de Mandriva Linux sur son blog, dans un billet intitulé “Quel avenir pour ma Mandriva", daté du 7 septembre. Tout en rappelant que les Fedora, Debian et Ubuntu allaient quant à eux bon train, laissant la porte ouverte à un éventuel détournement des utilisateurs Mandriva. Ce post expliquait déjà qu’un fork était en cours de discussion.

Bien sûr, cette annonce de Mageia, effectuée ce week-end du 18 septembre, n’est pas un hasard. Elle intervient aux lendemains de l’Assemblée générale du groupe, tenue jeudi 17 septembre entre la direction et les employés. Cette AG devait notamment présenter le plan de reprise de l’éditeur après l’arrivée de nouveaux investisseurs au capital, pour ainsi “concrétiser la recapitalisation” du groupe, initiée par l’entrée au capital de nouveaux investisseurs (dont Townarea Ltd, seule société citée dans le communiqué de Mandriva). Ces nouveaux investisseurs doivent prendre place au capital aux côtés "des principaux acteurs actuels, Occam (Bryan Garnier) et Millenium partners et avec le soutien des principaux créanciers de l'entreprise”, affirme le même Mandriva dans un communiqué.

Des investisseurs venus fin juin “lever les inquiétudes des utilisateurs”, nous avait précisé l'actuel directeur général Arnaud Laprévote dans une interview exclusive au MagIT, après que des rumeurs de rachat et de liquidation judiciaire ont semé la panique dans l’ensemble de la communauté et chez les employés. Jean-Noël de Galzain, actuel Pdg de Wallix, éditeur français de solution de sécurité Open Source, vice-président PME du Pôle Systematic Paris Région, et Bertrand Glineur, anciennement DSI du Crédit Foncier de France, et membre du directoire du GCE business, avaient ainsi rejoint le conseil d’administration de Mandriva pour mener à bien la future stratégie du groupe.

Un projet encadré par une association

Un plan qui visiblement n’a pas suffi à rassurer la communauté. “Nous ne faisons plus confiance aux plans de la société Mandriva et nous ne pensons pas que Mandriva soit une solution sûre pour soutenir un tel projet”, explique le site Mageia dans ce qui ressemble à une motion de défiance. Surtout que les développements de Mandriva Linux étaient principalement le fruit des travaux des employés - aujourd’hui licenciés - de la filiale Edge-IT du groupe. “[…] Edge-IT étant en liquidation judiciaire, il n’existe aucune ressource en interne à Mandriva pour proposer une feuille de route pour une éventuelle version 2011 (de la distribution, NDLR), encore moins la réaliser”, rappelait Olivier Mejean.

Très logiquement, ce sont ces mêmes employés que l’on retrouve à l’origine du projet Mageia, accompagnés des contributeurs et d’utilisateurs. Bref, un écosystème de développement re-créé pour garantir une indépendance. Et la tâche ne sera pas aisée, tant les travaux sont “immenses”, explique le projet Mageia.

Le projet, qui aujourd’hui ne propose aucune image ISO en téléchargement, sera encadré par une association qui aura la charge de la gouvernance de la distribution. Mageia devrait maintenir les lignes directrices qui animaient Mandriva Linux, à savoir un positionnement sur le poste de travail. Parmi les orientations, le projet explique vouloir “rendre Linux et le logiciel libre encore plus accessible à tous”, “maintenir un haut niveau d'intégration entre le système de base, le bureau (KDE/GNOME) et les applications avec un focus particulier sur l'intégration des logiciels tiers (propriétaires ou non)”, “cibler de nouvelles architectures matérielles” et “améliorer notre compréhension des ordinateurs et des périphériques”. Bref, une continuité des travaux initiés chez Mandriva.

Reste que, bien évidemment, cette décision de créer un fork comporte des risques. D’abord celui de se positionner sur le marché du poste de travail Linux, un segment qui n’a que très peu trouvé son élan aujourd’hui. Sans oublier celui se heurter à l'absence de la marque Mandriva accollée au projet. Une mission périlleuse donc. Même si aujourd’hui, le projet Mageia a reçu, en quelques jours, un important soutien de la communauté, comme l’indique Olivier Mejean.

La direction Mandriva détaillera sa nouvelle stratégie à la presse demain, mardi 21 septembre.

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