Plus d'informaticiens au chômage en février... mais on ne saura pas combien

Dans le contexte actuel, on voit mal le chômage des informaticiens régresser. Sauf que, dans leur livraison mensuelle, le ministère de l'Emploi et le Pôle emploi ne publient plus les données sectorielles sur les chômeurs. Retour sur un mystère statistique.

La Dares - Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du ministère de l’Emploi - et le Pôle emploi, qui rassemble désormais ANPE et Unedic, ont publié hier les chiffres du chômage pour le mois de février. Sans surprise, ceux-ci sont en hausse, avec près de 80 000 demandeurs d'emploi supplémentaires en un mois (+ 3,5 %). Si l'on sait que les jeunes sont durement affectés par cette remontée de chômage, difficile en revanche de savoir quelles professions sont les premières victimes de la crise.

Dans leur livraison mensuelle, la Dares et le Pôle emploi ne publient en effet plus les données sectorielles (par codes ROME) que LeMagIT suivait mensuellement pour donner un baromètre du chômage dans l'informatique. En janvier, par exemple, les statistiques recensaient 21 800 informaticiens au chômage (code ROME 323), soit 4,4 % de la profession. Un chiffre en progression de 4,7 % sur un mois, un taux supérieur à la moyenne toutes professions confondues.

L'intercontrat aujourd'hui, les licenciements demain ?

Interrogée sur cette bizarrerie, la Dares nous a indiqué par e-mail tout mettre "en œuvre pour que cette série soit à nouveau accessible en ligne", sans toutefois s'engager sur "le délai que cela prendra".

Ivan Béraud, secrétaire national de la F3C (Fédération Communication, Conseil, Culture) CFDT, ne s'attend toutefois pas à une explosion immédiate du chômage dans l'informatique. Mais souligne : "il existe un problème spécifique dans l'informatique, mais qu'on ne verrait de toute façon pas encore dans les chiffres. Car les licenciements n'ont pas commencé. On assiste depuis le début d'année à une très forte remontée de l'intercontrat dans toutes les SSII, du fait des réductions d'investissement de secteurs comme l'automobile bien-sûr mais aussi comme les services financiers. Si d'autres secteurs, comme l'administration, réduisent aussi leurs dépenses, on va droit à des plans sociaux et à des défaillances d'entreprises." Une situation face à laquelle les dirigeants des entreprises seraient étrangement tétanisés, selon le syndicaliste, qui les accusent de "faire le dos rond".

Le Munci veut dénoncer publiquement l'offshore

Régis Granarolo, président du Munci (Mouvement pour une union nationale et collégiale des informaticiens), ne se fait pas plus d'illusions : "je suis persuadé que le chômage a poursuivi sa hausse dans la profession. Les taux d'intercontrat sont par ailleurs en forte hausse, contrairement à ce que tentent de faire accroire les SSII". Il pointe les communications rassurantes des grands prestataires à l'occasion de leurs résultats annuels notamment.

Le responsable du mouvement indique se fixer la barre de 25 000 chômeurs dans la profession : "si nous dépassons ce seuil avant l'été, on lancera un branle-bas de combat". Le Munci envisage notamment d'ouvrir un site dédié visant à combattre l'offshore et à démentir toute pénurie d'informaticiens en Europe. Misant sur la "pression citoyenne" que sont censées susciter ces informations, ce site pointera "le recours abusif à l'offshore de certaines SSII, notamment Capgemini et Steria, et le recours aux prestations low cost par le secteur public, qui doit se montrer exemplaire en la matière." Régis Granarolo appelle également de ses voeux des incitations fiscales permettant de relancer l'implantation de centres de services en Province. Ce qui est sans doute un voeux pieu à l'heure où le gouvernement concentre toute son attention au projet de Grand Paris voulu par Nicolas Sarkozy. Un projet qui devrait encore densifier l'activité économique en région parisienne et qui doit être dévoilé le 29 avril prochain. 

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