Syntec numérique : un bilan/prospective 2013-2014 en demi-teinte

Sur la foi du léger regain d'activité enregistré au second semestre 2013, le secteur IT pourrait renouer avec la croissance en 2014, sans éclat (+1%). De quoi enrayer la progression du chômage sectoriel ?

En octobre, le chômage a baissé (-0,6%) en France. Pas pour les informaticiens. Au contraire : avec 600 demandeurs d'emploi de plus en un mois, rien que pour les métiers relevant des SI et télécom (34 500 en octobre), la progression du chômage (+1,7%) atteint encore plus sévèrement le secteur numérique que l'ensemble des cadres (+0,8%). Sans compter les métiers du contenu (web/multimedia). En un an, cette progression dépasse les 15% pour la filière IT. Soit 4 600 sans emploi de plus (catégorie A) et en incluant ceux ayant une activité réduite (catégories A,B et C), 5 400 inscrits de plus (41 800 à fin octobre). A comparer à la hausse de 6% des demandeurs d'emploi (catégorie A) tous métiers confondus.

Le bilan et les chiffres clés du secteur présentés par Syntec numérique le 27 novembre n'en prennent que plus de relief. Récession confirmée pour les ESN (ex-SSII) (-0,3% en 2013), plus sévère encore pour le conseil en technologies (-2%), maintien de l'activité pour les éditeurs de logiciels (+1,4%) : soit pour l'ensemble du secteur un recul de 0,3% du chiffre d'affaires estimé à 66,7 milliards d'euros en 2013.

 

 

-0,3% en 2013, +1% en 2014

La récession a toutefois été contenue, grâce à l'amélioration des carnets de commande enregistrée depuis cet été et aux contrats d'infogérance, seul relais de croissance en 2013 pour les sociétés de services (ESN). Syntec s'attend désormais à un redémarrage un peu plus soutenu en 2014. un redémarrage notamment tiré par les mutations en cours : le cloud computing, l'adoption du mode SaaS qui a déjà soutenu l'activité des éditeurs, les chantiers de la mobilité et la mise à niveau des infrastructures. Cette reprise devrait être modeste. Syntec évalue ainsi  à +1% la croissance attendue pour l'année à venir pour l'ensemble logiciels, services et conseil, à +1,4% pour les ESN et à +2% pour les éditeurs. Le conseil en technologies devrait rester dans le rouge (-1,5%), après il est vrai une période de nette relance (+7% en 2011, +2% en 2012).

Comme pour souligner le caractère cyclique de l'évolution du secteur, la courbe de l'emploi – et surtout le bilan annuel des emplois créés et celui du chômage – reflètent clairement l'impact des « stop and go » de l'activité IT. Comme après les heures sombres de la crise financière (2008) ou l'éclatement de la bulle internet (2002-2003), après le recul de la création nette d'emplois en 2012 (7 000 contre 15 000 en 2011) et la récession de 2013 (solde non encore estimé), cette modeste prévision de 1% de croissance pourrait permettre de relancer la création d'emplois en 2014 (rappelons que le secteur a créé 10 000 emplois par an depuis 20 ans malgré les crises successives).

En attendant, c'est bel et bien la sempiternelle coexistence du chômage et des difficultés à recruter du secteur qui inquiète la profession. Nul doute que le ralentissement du marché du logiciel et des services IT (un petit +0,7%) en 2012, aggravé en 2013, a exacerbé le paradoxe de cette situation.

En 2010, 2011 et 2012, selon les données de la Dares (direction des études statistiques) compilées par le cabinet Bipe pour Syntec numérique, le taux de demandeurs d'emploi (sans activité) parmi les informaticiens (au sens large, secteur IT) était déjà de 7% (moyenne lissée sur l'année). Avec la progression du chômage depuis l'été 2012, et en considérant l'ensemble des métiers du numérique (informatique, télécoms, web-multimédia), ce taux atteindrait 8,7% (selon l'estimation du Munci, sur une base de 600 000 salariés actifs et chômeurs du secteur IT, hors freelance).

Parallèlement, bon an mal an, mois après mois, ce secteur confirme son statut de locomotive de l'offre d'emplois cadre (26% du marché). « Les difficultés à recruter et les pénuries de compétences sont réelles », témoigne le président de Syntec numérique, Guy Mamou-Mani. Oui, mais 39% des demandeurs d'emploi du secteur relèvent de la qualification ingénieurs et cadres (selon les relevés de la Dares cités par Munci). Aussi atteinte donc que les techniciens supérieurs (29%) et les techniciens (32%). Logique pour une profession qui recense 67% de cadres (versus 15% pour l'ensemble de l'économie, selon l'étude du Bipe).

Analyse des besoins, pacte et charte emploi

Faut-il y voir autre chose que la difficulté (l'impossibilité?) du secteur à cadrer une gestion des emplois et des compétences qui se tienne ? C'est pourtant la raison d'être des tableaux de bord proposés par les instances paritaires de l'observatoire des métiers (Opiiec). L'analyse réalisée au premier semestre 2013,  confirmait notamment les cotes en hausse du consultant technique confirmé (besoin d'intégration des technologies de virtualisation, cloud, mobilité, etc) et du concepteur/développeur débutant (soutenu par la demande de développement d'applications mobiles), tant chez les prestataires qu'auprès des entreprises clientes. Le chômage IT relève quant à lui pour plus du quart de la catégorie études et développement (27% des demandeurs d'emploi du secteur, relevés de la Dares).

Dans les deux cas – le traitement du chômage et l'alimentation en compétences recherchées –, une partie de la réponse se trouve dans l'évolution des dispositifs de formation. Mais une partie de la réponse seulement. Le président de Syntec numérique en convient. « L'analyse des besoins permet d'affiner nos propositions à destination des pouvoirs publics. Dont fait partie le développement des contrats d'alternance, en apprentissage pour les plus jeunes, en contrat de professionnalisation à tous âges. Moyennant le renforcement du dispositif de centre de formation par l'apprentissage (CFA) fléché IT. « Encore faut-il que les régions jouent le jeu », relève Guy Mamou-Mani, soulignant volontiers l'exemplarité du Pacte Pen Breizh, en Bretagne, visant à accompagner le retour à l'emploi de 500 techniciens et ingénieurs sur les deux années à venir avec une vingtaine d'entreprises partenaires. « On peut aussi trouver des moyens plus souples de former sur des périodes plus courtes et d'entretenir l'employabilité des personnels », ajoute le président du Syntec numérique. C'est notamment l'objectif de la charte Libre Emploi promue par le conseil national du logiciel libre ? Composante de la marque employeur des entreprises de cette filière par laquelle les signataires s'engagent à proposer un environnement de travail et de formation professionnelle à la hauteur des enjeux du secteur.

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