Le printemps mi-figue, mi-raisin des SSII : les grands noms aperçoivent les premiers bourgeons

Les grandes SSII du marché continuent à afficher des décroissances sévères. Mais les discours des dirigeants se font toutefois nettement plus positifs. Sauf nouvel accident - dans un climat économique encore incertain -, le marché des services devrait avoir bientôt fini de manger son pain noir. Une nette inflexion de tendance est attendue au second trimestre et, surtout, dans la seconde partie de 2010.

Pas de quoi encore pavoiser. Certes, la tonalité des déclarations des dirigeants des grandes SSII a bien changé depuis les heures noires de 2009. Il est désormais question de recrutements et de dégel des budgets chez les grands comptes. Sans que ces discours encourageants ne se traduisent pas, pour l'instant, dans les chiffres ; les grandes SSII continuent à afficher de sévères décroissances, à peine inférieures à celles de la fin 2009. Une tendance, il est vrai, largement due à une base de comparaison défavorable, le premier trimestre 2009 ayant - encore - été favorable aux activités de services, avant un plongeon amorcé au printemps.

Faute de réelle inflexion, les tendances entrevues au cours de l'année 2009 se poursuivent : l'outsourcing (infogérance et BPO) continuent à protéger les SSII, notamment celles bien positionnées auprès du secteur public. Un théorème qui pourrait bien toucher à sa fin dans le courant de 2010. Après la Grande-Bretagne, dont le nouveau gouvernement a annoncé des coupes claires dans ses pharaoniques dépenses informatiques, d'autres gouvernements européens, pressés par les marchés de réduire leurs déficits, pourraient être tentés de mettre sous pression leurs budgets IT.

Comme en 2009, toujours, les activités dites cycliques - conseil et intégration - continuent à souffrir, handicapant les acteurs les plus faibles dans l'outsourcing (Capgemini et Accenture). Tout juste perçoit-on un frémissement dans le conseil. Un signal encore très faible, mais cependant positif : le redémarrage de ces activités traduisant l'émergence de nouveaux projets chez les donneurs d'ordre. Les premiers bourgeons de la reprise, sur lesquels s'attardent les dirigeants de SSII.

ssiigrandesq110Capgemini freine péniblement sa décroissance

La première SSII française, Capgemini, a limité sa décroissance à 7,8 % au premier trimestre 2010, avec un chiffre d'affaires de 2,05 milliards d'euros dépassant légèrement les attentes des analystes. Tout en restant important, le recul est donc sensiblement inférieur à celui constaté lors des deux trimestres précédents.

Comme en 2009, la décroissance de Cap, plus importante que celle de ses rivaux directs, s'explique par la faiblesse de son activité outsourcing (35 % du total), qui recule encore de 5,2 % sur un an. Comme en 2009 toujours, les activités cycliques continuent à reculer significativement. Le conseil se tasse de 8,8 % par rapport au premier trimestre 2009, mais repart à la hausse si on le compare à la fin d'année dernière. L'intégration - première activité du groupe avec plus de 40 % du total - affiche de son côté une décroissance de 9,5 %. Sogeti est lui aussi en net recul (- 8,1 %).

Conformément aux déclarations de son directeur général, Paul Hermelin, qui expliquait en février dernier faire le pari de la croissance, Capgemini a relancé sa machine à recruter. Les effectifs se sont accrus de quelque 1 200 personnes au premier trimestre. 63 % des recrutements de la SSII ont été effectués dans les pays offshore sur la période. Les effectifs se sont par contre encore allégés en France, passant sous le seuil des 20 000 employés.

Capgemini anticipe un premier semestre toujours en fort recul (- 8 %), avant une reprise sur la seconde moitié de l'année. Des anticipations largement liées aux effets de base : la première moitié de 2009 ayant été relativement solide, avant une seconde partie d'exercice marquée par des reculs très nets de l'activité. (En savoir plus)

Atos-Origin rechute mais pense que ça ira mieux demain

L’activité d’Atos Origin a encore reculé au 1er trimestre avec un chiffre d’affaires en chute de 5,5 % à 1,23 milliard d’euros. Un montant cependant en ligne avec les prévisions de la plupart des analystes et avec les perspectives de la SSII « compte tenu d'une base de comparaison défavorable avec le premier trimestre 2009 qui avait été quasiment stable avec -0,6% ». Il n'en reste pas moins que la décroissance affichée retrouve son niveau du troisième trimestre 2009 - au cœur de la crise -, après une légère amélioration en fin d'année dernière.

Cette rechute est avant tout due au coup de buis enregistré par l'infogérance. Alors que cette activité avait porté le groupe en 2009, elle encaisse un - 4 % au premier trimestre. La SSII explique ce revers par son désengagement du contrat Arcandor, son client allemand en faillite qui a déjà érodé sa marge en 2009. De son côté, portée par la France - qui revient à la croissance sur ce segment -, l'intégration ne recule plus "que" de 8,7 %, contre 12 % de chute en fin d'année dernière. Le conseil (5 % du total seulement) continue à évoluer en eaux profondes, perdant encore 20 % par rapport à il y a un an. Sur l'ensemble de 2009, cette activité avait reculé de 24 %. Classiquement chez Atos, la filiale Worldline, spécialisée dans les paiements électroniques, fait preuve d'une grande solidité : elle progresse de 0,6 % au premier trimestre, en recul toutefois par rapport à sa croissance de 2009. Sur l'ensemble du groupe, les effectifs poursuivent leur décrue : Atos comptait, fin mars, 700 employés de moins que trois mois plus tôt.

Sur ce trimestre, le principal point positif provient des prises de commandes, qui sont reparties à la hausse, selon le groupe dirigé par Thierry Breton. Le ratio prises de commandes sur facturation (ou book to bill) est ainsi passé en un an de 1,04 à 1,28, tendant à confirmer l'amorce d'une reprise.

Logica protégé par l'outsourcing... mais pour combien de temps ?

Comme en 2009, la SSII anglaise dit merci à sa branche outsourcing. Si le chiffre d'affaires du premier trimestre ne recule "que" de 2 % (à 1,1 milliard d'euros), c'est en raison de la progression des activités d'externalisation qui bondissent de 11 %. Les activités de conseil et d'intégration sont elles toujours en recul (- 8 %). Mais celui-ci est moindre que sur la moyenne des trois trimestres précédents, signale Logica dans un communiqué.

En difficulté, comme nombre de ses concurrents au Benelux, la SSII parle en revanche d'une demande particulièrement forte en France, première géographie du groupe. A taux de change constant (Logica publie ses comptes en livres sterling), l'activité y est repartie en croissance de 2 % (à 245 millions d'euros), reflétant la montée en charge de certains grands contrats signés en 2009 (notamment l'Opérateur National de Paie). La SSII indique avoir ouvert les vannes du recrutement dans l'Hexagone et y faire croître ses effectifs. Logica est également solide en Grande-Bretagne, où la croissance atteint 3 %. (En savoir plus)

Accenture insiste sur les signaux positifs

Décalé d'un mois par rapport au rythme de publication de ses rivaux européens, l'Américain Accenture a dévoilé les résultats de son second trimestre 2010 - clos fin février 2010 - un peu plus tôt. Un trimestre qui montre une amélioration de la situation pour une SSII qui a été durement touchée par la crise, en enregistrant des niveaux de décroissance sévères (tout en préservant ses marges toutefois). Pour ces trois mois à cheval sur 2009 et 2010, la société américaine a engrangé 5,2 Md$, en ligne avec ses prévisions. Soit tout de même une décroissance de 8 % en  monnaies locales (mais de 2 % seulement en dollar du fait de la remontée du billet vert). C'est quatre points de moins qu'au trimestre précédent (en monnaies locales) et sensiblement le même niveau de recul qu'au troisième trimestre. Sans surprise, ce sont les activités de conseil et d'intégration (2,9 milliards de dollars) qui se contractent le plus nettement (- 9 %). Mais ce sont aussi elles qui expliquent le recul de la décroissance : en fin d'année dernière, le tassement sur ce segment atteignait encore 16 %. Un signal positif que confirme le Pdg de la SSII, Bill Green, parlant de donneurs d'ordre désormais de nouveau "tournés vers l'avenir".

Côté outsourcing (infogérance et BPO), l'activité d'Accenture recule de 6 % en monnaies locales, à 2,2 Md$. Pour expliquer ce tassement similaire à celui du trimestre précédent, la SSII invoque des fins de contrats en 2009 qui continuent à impacter son activité.

La SSII se montre toutefois assez optimiste pour la seconde moitié de son année fiscale, mettant en avant des prises de commandes à hauteur de 6,5 Md$ sur le trimestre, soit le meilleur niveau enregistré depuis trois trimestres. Mais le meilleur signe de dégel du marché provient probablement du turnover : chez Accenture comme ailleurs, celui-ci remonte très nettement. Il est ainsi passé de 9 % au second trimestre fiscal 2009, à 12 % au premier trimestre fiscal 2010 (septembre-novembre 2009), puis à 15 % lors des trois derniers mois.

En complément :

- Lire notre analyse des résultats des grandes SSII pour le quatrième trimestre 2009

- Lire notre analyse des résultats des grandes SSII pour le troisième trimestre 2009

- Lire notre analyse des résultats des grandes SSII pour le premier semestre 2009

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