La Grande-Bretagne met ses budgets IT au pain sec... bientôt la France ?

Aus-té-ri-té. Le nouveau gouvernement britannique met ses budgets IT sous pression, en gelant tout nouveau projet important et en confiant à une instance mutualisée le soin de renégocier les contrats existants et de décider des coupes claires. Une décision radicale qui devrait avoir des conséquences pour des SSII comme Logica, Capgemini, Atos ou Steria.

Tour de vis général en Grande-Bretagne, où le nouveau gouvernement du Premier ministre David Cameron a annoncé de premières coupes claires dans les dépenses publiques (à hauteur de 6,2 milliards de livres, soit 7,2 Md€). Sans surprise, puisque le gouvernement précédent avait déjà pointé dans cette direction, les directions informatiques de l'Etat britannique sont sommées de participer à l'effort collectif. Au-delà des chiffres, la mesure la plus spectaculaire concerne le gel de tout projet supérieur à 1 million de livres et l'audit des principaux programmes IT gouvernementaux. Afin de déterminer ceux qui pourront être rediscutés, voire arrêtés.

D'ores et déjà, les projets relatifs à la nouvelle carte d'identité, au passeport biométrique et à la constitution d'une base de données de profils ADN ont été abandonnés (affectant IBM et CSC notamment). Le travail de passage en revue des projets sera confié à une nouvelle instance (Efficiency and Reform Group), composée de fonctionnaires du gouvernement. Ce groupe aura le pouvoir de décider de toutes les coupes budgétaires des administrations. Les gels de dépenses, qui concernent tant les achats, que les projets ou les dépenses de conseil, toucheront les exercices 2010 et 2011. Le ministre des Finances britannique, Georges Osborne, a affirmé que le plan de réduction des dépenses incluait près de 2 milliards de livres d'économies provenant des projets IT, des fournisseurs et de l'immobilier.

17,6 milliards d'euros de dépenses IT

Selon les données fournies dans le rapport "Government ICT strategy" du précédent gouvernement, le secteur public britannique dépense 16 milliards de livres (17,6 milliards d'euros) chaque année en IT, soit environ 4,6 % de la dépense totale du plus grand donneur d'ordre d'outre-Manche. Un secteur où nos voisins font massivement appel à des prestataires. Le même document estime ainsi que 65 % du SI du gouvernement britannique est externalisé. Invité fin 2009 à Paris, John Higgins, directeur d'Intellect, le syndicat patronal de l'IT et des télécoms, expliquait : "nos adhérents font face à une intense pression sur les coûts. Le gouvernement prévoit de réduire de 20 % ses dépenses dans les trois ans".

Les récentes décisions du nouveau gouvernement britannique ne font donc que confirmer - et surtout amplifier - les orientations entrevues dans ce document. Même si les grandes lignes restent identiques, la démarche envisagée par l'administration Cameron semble en effet bien plus brutale que celle dessinée dans le rapport "Government ICT strategy". "La nouvelle administration a un agenda de réduction des coûts nettement plus serré", confirme Dominic Trott, analyste en charge du secteur public pour le cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC) à Londres.

Des grandes lignes de transformation de l'IT public (Cloud gouvernemental, consolidation des datacenters, magasin applicatif, standardisation des postes de travail...), il n'est aujourd'hui plus fait mention. Tout juste l'actuel gouvernement parle-t-il d'un recours plus systématique à l'Open Source et aux formats de données ouverts. "Ces sujets restent toutefois sur le radar de l'administration, mais plutôt dans une perspective de moyen à long terme", précise Dominic Trott.

Logica, Cap, Atos, Steria : tous exposés

Sevrés de projets de transformation, les grandes SSII présentes dans le secteur public outre Manche devraient donc être frappées par la cure d'austérité. C'est le cas de la Britannique Logica, qui réalise environ 60 % de son activité sur place auprès des administrations. En marge de l'annonce de ses résultats de 2009, la SSII avait d'ailleurs indiqué s'attendre "à un ralentissement des prises de décision du secteur public britannique en 2010", tout en précisant continuer à "détecter des opportunités à moyen terme pour réduire les coûts via l'outsourcing". Mais c'était avant la crise de la zone euro et l'élection du gouvernement Cameron...

Plusieurs SSII françaises sont également fortement exposées aux décisions du secteur public britannique. Second marché pour Capgemini (derrière la France), la Grande-Bretagne avait bien résisté en 2009, notamment du fait du secteur public, avait expliqué la SSII lors de ses résultats annuels. Capgemini réalise environ 75 % de son chiffre d'affaires au Royaume-Uni (1,85 Md€ en 2009) avec le secteur public, essentiellement avec HMRC (HM Revenue & Customs). En octobre dernier, Cap a renégocié ce contrat avec l'administration fiscale, s'engageant sur des réductions de coûts, contre une extension du périmètre du contrat. Suffisant pour échapper aux grands coups de serpe de l'Efficiency and Reform Group ?

De son côté, Atos-Origin a réalisé en 2009 un chiffre d'affaires de 902 M€ chez nos voisins britanniques, en progression de 7,4 % sur un an à taux de change constant. Et, là aussi, le secteur public y est pour beaucoup notamment dans l'infogérance (en particulier pour le ministère de la Justice). Idem pour Steria, qui, depuis le rachat de la SSII britannique Xansa, est également fortement exposé aux aléas du marché britannique, surtout dans le secteur public (avec un contrat géant dans la santé, avec le NHS). La SSII y a réalisé près de 640 M€ en 2009, 130 de plus qu'en France.

Pour PAC, s'attendre à un simple trou d'air

Pour Jean-Christophe Bodhuin, responsable des opérations de PAC pour la Grande-Bretagne, les pays nordiques et les  Pays-Bas, "tous les grands contrats de l'administration britannique vont être rediscutés. On observera certainement en parallèle un temps de latence dans les prises de décisions concernant les nouveaux projets. Ce qui aura des conséquences sur les SSII, même si certaines, comme Logica, ont anticipé en renégociant leurs contrats dès l'année dernière". Pour l'analyste, il faut donc avant tout s'attendre à un trou d'air : "Car, à partir de la fin d'année, il y aura forcément des nouveaux projets IT remis sur la table. Sur le long terme, la seule façon d'économiser sur la dépense publique consiste à automatiser les processus, donc à voir l'IT comme une réponse à la question des déficits publics".

 

France : une volonté affichée, peu de visibilité
Au-delà de cet impact direct sur le chiffre d'affaires des SSII opérant en Grande-Bretagne, c'est toute la dépense publique européenne qui pourrait être affectée par le besoin des gouvernements de réduire les déficits publics. En France, les réflexions sur le sujet paraissent encore embryonnaires. Même si, après s'être concentré sur la réduction des achats (baisse de 10 % sur trois ans, pour un périmètre de 10 Md€), le ministère du Budget lorgne désormais sur 30 Md€ de dépenses supplémentaires de l’Etat. Une extension qui touche notamment les budgets informatiques des différents ministères, domaine où chaque administration a, jusqu’à présent, disposé de son budget propre, de ses infrastructures et de ses équipes. "Pour l'instant, nous n'avons pas modifié nos prévisions concernant les dépenses publiques IT en France pour 2010, précise Arnold Aumasson, du cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC). Nous manquons encore de visibilité et nous ne voyons pas comment les grands projets engagés pourraient être impactés".

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