L'hiver glacial des SSII (1/3) : les grands noms attendent toujours les premiers bourgeons

Retrouver le chemin de la croissance. Si les discours des dirigeants de grandes SSII se teintent d'optimisme depuis quelques semaines, les chiffres d'affaires de leurs sociétés restent abonnés à la décroissance. Et la tendance devrait se poursuivre au moins sur la première moitié de 2010.

Heureux comme un outsourceur. Pour bien résister à la bourrasque de 2009 - et ne pas voir son chiffre d'affaires plonger fortement -, mieux valait disposer d'une solide activité d'infogérance et/ou de BPO (externalisation de processus métier complets). Capgemini - dont cette activité a souffert du fait de la réduction de deux grands contrats - et Accenture l'ont appris à leurs dépens. En revanche, Atos-Origin - porté par son infogérance et Worldline - a signé une année encourageante, tout comme Logica, protégé - mais pour combien de temps ? - par ses grands contrats avec le gouvernement britannique.

ssii sultats

En fin d'année, ces évolutions n'ont fait que se confirmer, sans que les grandes SSII internationales parviennent à inverser la tendance, enregistrant toujours des décroissances sévères, parfois supérieures même à celles de l'automne. Et, malgré les discours désormais plus positifs des dirigeants de grandes SSII, le jeu de massacre devrait se poursuivre au premier semestre 2010. Largement portées par des bases de comparaison très favorables, la plupart des SSII ne devrait - c'est en tout cas leur espoir -, retrouver le chemin de la croissance que durant la seconde moitié de 2010.

Malgré cette claque sur le chiffre d'affaires, les SSII, à commencer par les plus grandes d'entre elles, ont montré lors de cette crise leur faculté à adapter leurs coûts en conséquence. Donc, en pratique, à ajuster leurs effectifs, à augmenter le recours à l'offshore ou à gagner en productivité (via l'organisation en centres de services). Pour, in fine, afficher des marges satisfaisantes et pour certaines en progression. C'est notamment le cas d'Atos-Origin qui en avait fait son objectif principal de l'année. La SSII dirigée par Thierry Breton partait, il est vrai, d'un niveau très bas en 2008.

Capgemini paie cher la faiblesse de son infogérance

Après un troisième trimestre déjà très en recul (-9 %), Capgemini ne fait pas mieux en fin d'année, encaissant un - 8,5 % sur les trois derniers mois de 2009 à périmètre courant (à 2,05 Md€). Ce recul plus accentué que celui de la plupart des concurrents de la SSII semble provenir de deux phénomènes conjugués : la faiblesse de la demande dans l'intégration et le conseil bien sûr, mais aussi le recul de l'outsourcing au second semestre du fait de la renégociation de deux grands contrats (réduction du périmètre des contrats TXU et Schneider). Sur l'ensemble de l'année, l'activité infogérance ne progresse ainsi que de 0,3 % à taux de change et périmètre constants. Tandis que celles liées à l'intégration et aux services de proximité (Sogeti) reculent respectivement de 7,4 et 8,3 % par rapport à 2008. Sans surprise, le conseil est l'activité la plus affectée par la crise (- 14,7 %).

Pour 2010, Capgemini parle désormais de stabilisation, mais estime que son chiffre d'affaires restera en décroissance au premier semestre (baisse attendue de 8 %). La SSII promet de renouer avec l'expansion au second semestre, une promesse il est vrai rendue plus facilement tenable par la faiblesse de la seconde moitié de 2009. Avec, au final, une année de nouveau en contraction (entre -2 et -4 %) et une marge sous pression (entre 6 et 6,5 %, contre 7,1 % en 2009). "Nous ne sommes pas assis sur une grosse part d'infogérance, nous partons avec une vitesse embarquée négative", a justifié Paul Hermelin, le directeur général de la première SSII hexagonale. (En savoir plus : le bilan de l'année 2009 de Capgemini, les perspectives 2010).

Atos-Origin freine un peu sa décroissance

Fin d'année toujours tendue pour Atos-Origin, qui voit son activité se contracter de 4,6 % au quatrième trimestre 2009. Soit tout de même un point de moins que la décroissance enregistrée au troisième trimestre. Sur l'année entière, le groupe a généré un chiffre d'affaires de 5,1 Md€, en recul de 3,7 % sur un an, à taux de change et périmètres constants. En intégrant les cessions effectuées et la dépréciation de la livre sterling, la décroissance atteint 8,8 %.

Mais, comme l'avait déjà souligné Thierry Breton, Pdg du groupe, l'essentiel n'était pas là pour la seconde SSII hexagonale en 2009. L'ex-ministre avait surtout fixé comme objectif un relèvement de la marge opérationnelle. Et de ce côté, le pari est tenu. Partant d'un niveau très bas en 2008 (4,8 %), la SSII termine l'année à 5,7 %, et remplit donc son contrat - malgré la faillite d'un de ses grands clients, l'Allemand Arcandor (se traduisant par 14 M€ de marge envolée) . Elle signe au passage une très bonne fin d'année en matière de rentabilité, puisque, au premier semestre, la marge ne s'élevait qu'à 4,6 %.

Poids lourd du groupe (37 % du total), l'activité intégration subit un recul de 11 % sur l'ensemble de 2009. Mais Atos-Origin est parvenu à remonter la marge de cette branche, qui passe de 4,1 à 5 %, notamment en raison des efforts pour réduire l'intercontrat. A l'inverse, l'infogérance, qui devient la première division du groupe avec 38 % du CA, poursuit son expansion. Elle progresse de 4,4 % sur l'année et voit sa marge opérationnelle gagner trois dixièmes, à 5,5 %. Un niveau qui reste toutefois assez faible comparé aux concurrents d'Atos. La vraie performance de 2009 en matière de rentabilité revient à Worldline, filiale spécialisée dans les transactions électroniques, qui, partant d''un niveau élevé, est parvenue à relever un peu plus sa marge pour l'amener à 15,4 %. Mais cette activité, qui croit de 3,5 %, ne pèse que 17 % du CA du groupe. On comprend mieux la volonté de Thierry Breton d'exporter le modèle Worldline, centré sur la France, dans tous les pays où Atos est présent. (En savoir plus)

Intégration et conseil plombent toujours Accenture

Décalé d'un mois par rapport au rythme de publication de ses rivaux européens, Accenture a dévoilé les résultats de son premier trimestre 2010 - clos fin novembre 2009 - un peu plus tôt. Le chiffre d'affaires encaisse une nouvelle claque : à 5,38 Md$, il recule de 11 % sur un an en dollars, et de 12 % en monnaies locales (c'est notamment le tassement affiché en Europe). Soit, hors effets de change, un nouveau creusement de la décroissance par rapport à celle du trimestre précédent. Par contre, la marge de l'Américain n'est pas du tout affectée par cette contraction - bien au contraire - : elle ressort à 13,9 % sur la période, une amélioration de 0,4 point en un an.

Sans surprise, dans un contexte où les grands comptes diffèrent leurs nouveaux projets, l'intégration et le conseil plongent, de 16 % en monnaies locales. L'outsourcing (infogérance et BPO) se portent mieux, mais encaissent tout de même une décroissance de 5 % sur un an. En fait, seules les activités dans le secteur public et la santé s'affichent en croissance, signale la SSII dans un communiqué.

Pour l'ensemble de son année fiscale 2010, Accenture s'attend à une évolution de son chiffre d'affaires comprise entre -3 et +1 % en monnaies locales. Les effets de change attendus par la SSII devraient lui permettre d'afficher, en dollars, un chiffre d'affaires en croissance.

Logica ralentit fin 2009

Avec un recul de son chiffre d'affaires limité à 3 % sur l'année à périmètre constant (à 4,1 Md€) Logica signe une année 2009 certes peu enthousiasmante, mais relativement solide. Le recul d'activité enregistré par le Britannique reste ainsi légèrement inférieur à celui subi par Atos-Origin ou Capgemini. Même si cette décroissance s'est accélérée en fin d'année, pour dépasser la barre des 5 %, alors qu'elle n'était que de 4 % à l'automne dernier et de 2 % sur la première moitié de l'année. Un creusement qui s'explique par la décélération du Royaume-Uni - où Logica dépend largement des grands contrats d'outsourcing publics - et par les difficultés du Benelux.

Comme déjà signalé au cours de l'année, la santé de la SSII doit beaucoup à sa branche outsourcing (37 % de l'ensemble de l'activité) qui progresse de 9 % sur l'ensemble de 2009, tandis que les activités plus cycliques de conseil et d'intégration accusent, elles, un recul de 10 %. La marge opérationnelle du groupe reste quasi-stable à 7,4 %. Autre facteur de "résistance" : la baisse de la livre Sterling, monnaie dans laquelle Logica publie ses comptes annuels.
En France, la SSII termine l'année avec un chiffre d'affaires de 873 M€, soit une décroissance de 2 % sur un an. Ce qui témoigne d'une fin d'année assez dynamique. A l'automne la filiale connaissait en effet une décroissance de 5 %. De facto, selon Logica, la France a retrouvé le chemin de la croissance en fin d'année, portée notamment par la signature du contrat ONP (Opérateur National de Paie). La marge, en léger recul, y atteint 7,5 %.

Le groupe s'attend à une première moitié de 2010 toujours en décroissance, mais à un exercice qui, au global, devrait afficher une stabilité par rapport à l'année écoulée. (En savoir plus)

En complément :

- Lire notre analyse des résultats des grandes SSII pour le troisième trimestre 2009

- Lire notre analyse des résultats des grandes SSII pour le premier semestre 2009

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