Prudence chez GDF Suez après la tentative de suicide d’un manager de la DSI

Un collaborateur de la DSI du groupe énergétique a tenté, le 14 mai, de se suicider en s’immolant par le feu. Certains pointent déjà de fortes pressions pesant sur les équipes de la direction des systèmes d’information de GDF Suez qui doivent, parallèlement, depuis 2008, gérer l’éloignement d’avec EDF et le rapprochement avec Suez. Le tout sur fond de retour important à la sous-traitance. Toutefois, d’autres voix invitent à la prudence et refusent de mettre de facto en cause l’organisation.

Un cadre de la direction des systèmes d’information de GDF Suez a tenté le 14 mai dernier de se suicider en s’immolant. C’est Véronique Durand-Charlot, directrice des systèmes d’information du groupe, qui l’a annoncé elle-même à ses effectifs, dans un courriel dont nos confrères du Figaro ont obtenu une copie. Selon ces derniers, ce cadre, Éric C., serait en soins depuis lundi matin à l’hôpital Edouard Herriot, brulé au troisième degré. Des informations depuis confirmées par GDF Suez qui précise en outre avoir mis en place une cellule d'accompagnement psychologique pour la dizaine de collaborateurs du site concerné.  

À la CFDT, Jacques Mouton précise qu’Éric C. travaillait sur un plateau lyonnais lié à l’administration de serveurs. Un plateau qui aurait été maintenu par la volonté de son précédent directeur, «soucieux de préserver l’emploi local ». Mais que son successeur aurait indiqué vouloir rapatrier cette unité en région parisienne. Pour le représentant syndical, la DSI souffre en outre d’un manque chronique d’effectifs. Selon nos confrères du Figaro, les conditions de travail ne seraient pas étrangères à cette tentative de suicide : «ce cadre aurait à plusieurs reprises envoyé des mails restés sans réponse à sa hiérarchie dans lesquels il faisait état de son malaise», indiquent-ils, ajoutant qu’un dernier courriel en ce sens aurait été envoyé le jour même de la tentative de suicide. Ce que GDF Suez n’a pas confirmé, assurant que les "causes ne sont pas connues". 

Gérer séparation et fusion, en parallèle

Mais le fait est que les services informatiques du gazier sont sous pression depuis la fusion de GDF avec Suez, en 2008. Le projet de création d’une direction des services partagés chez EDF, datant de septembre 2008, relève ainsi que des activités informatiques étaient rassemblées au sein d’une DIT - Direction Informatique et Télécoms - partagée entre EDF et GDF Suez : le SI relation client, le SI réseaux, le SI ressources humaines, et le département expertise recouvrant les tests et la sécurité des interconnexions entre SI. Une organisation que le temps a du défaire pour permettre la réintégration de certaines activités côté EDF et, d’autres, côté GDF Suez. 

Plus récemment, nos confrères du Figaro font état d’un vaste programme de réorganisation de la DSI sur la période 2010-2012, visant notamment à mutualiser les expertises et à «achever [à fin 2010] les chantiers induits par la désimbrication avec EDF ». Et nos confrères d’évoquer clairement, à leur tour, la fermeture du site de Lyon où travaillait Éric C. - un point que GDF Suez dément. Jacques Mouton précise de son côté que l’intégration des SI de GDF avec ceux de Suez n’est pas allée sans mal : «il y a de grosses différences techniques et il reste de gros chantiers à venir », nous explique-t-il au téléphone. Il faut dire qu’historiquement, le SI de Suez s’est construit à coup de fusions successives, ce qui n’a probablement pas simplifié son harmonisation. C’est d’ailleurs au titre de ces chantiers que Véronique Durand-Charlot s’est vue décerner le trophée DSI de l’année 2010 par le club 01DSI. Nos confrères de 01 Informatique soulignaient alors que, dès 2009, elle «a lancé un plan de transformation pour donner un nouveau souffle à la DSI dont la nouvelle organisation est aujourd’hui en place et dont les principaux chantiers ont été lancés ».

Et c’est sans compter, selon le représentant syndical, sur les «tiraillements» entre personnels aux cultures différentes. Plus loin, selon lui, l’impression générale est celle d’une volonté forte de la direction de maximiser l’externalisation. Déjà, «les trois quarts des effectifs sont externes », constate-t-il. En tout, le SI de GDF Suez serait piloté par 3000 personnes. Pour l’illustration, rappelons que GDF Suez a récemment confié l’infogérance complète de ses applications ERP, pour 6 ans, à Orange Business Services, commandant au passage la constitution d’une équipe commune d’ingénierie pour le développement des futures solutions des métiers du groupe. 

Réunion au sommet avant la fin mai

Philippe Taurines, délégué syndical central (FO) chez GDF Suez, se montre quant à lui très réservé : «il est trop tôt pour évoquer ou rechercher des culpabilités liées à l’organisation [...] Je veux d’abord prendre le temps d’analyser les faits et les causes.» Pour cela, il a d’ailleurs prévu de se rendre sur place, à Lyon, dès ce mardi 24 mai, à l’occasion d'une réunion extraordinaire du CHSCT (Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail), avant d’aller rencontrer le vice-président du groupe le vendredi 27 mai. Pour lui, si le groupe n’a commencé qu’en début d’année à traiter les risques psycho-sociaux, l’important «est d’éviter un certain syndrome ». Et à la question de l’externalisation, il souligne, «pour être totalement honnête», que «depuis un an, la DSI a commencé à réinternaliser certaines activités».

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