Le cloud privé américain, un modèle pour l'administration française ? Pas si simple…

L’exemple du gouvernement américain, qui vient d’ouvrir un cloud privé pour proposer applications et services à destination des administrations des Etats-Unis, pourrait-il faire tâche d’huile de ce côté-ci de l’Atlantique ? Selon Jean-Claude Lamoureux, directeur associé du groupe Sopra en charge du conseil au secteur public, la réponse est complexe : à l’échelle des grandes administrations centrales, la perspective semble, pour l’heure, peu crédible ; mais à l’échelle des collectivités territoriales, les initiatives allant dans ce sens ont déjà commencé.

Cette semaine, le gouvernement américain a lancé Apps.gov. Un site Web hébergeant, en mode SaaS, des applications et des services dûment approuvés, à destination des administrations du pays, et proposés notamment par Salesforce.com ou encore Google. Stockage, hébergement et provisionnement de machines virtuelles doivent suivre. Les premiers pilotes sont programmés pour 2010. Peut-on imaginer un Apps.gouv.fr sur ce modèle ? Pourquoi pas… mais peut-être pas pour l’intégralité du secteur public. Et peut-être pas encore à l’échelle nationale.

Trop de spécificités dans les grandes administrations

Pour Jean-Claude Lamoureux, directeur associé du groupe Sopra en charge du conseil au secteur public, une telle perspective n’est pas crédible pour les grandes administration, en raison de trop « fortes spécificités métiers. » Pour les fonctions de support, « on assiste déjà à une mutualisation, avec l'ONP (Office National de Paie, qui vient de lancer un projet de futur système de paie pour les 3 millions de fonctionnaires, ndlr) ou Chorus (le projet de refonte du système comptable de l’Etat, ndlr). » Mais là, le client est unique, d’où un marché étroit ne justifiant pas la création d’une plateforme SaaS mutualisée. Même chose pour la Justice, où Sopra assiste le ministère dans la refonte de chaîne pénale : « c’est piloté depuis le ministère », de manière centralisée. D’autres administrations encore sont dans une situation comparable, à l’instar de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie : là, encore « marché étroit et fortes spécificités métiers », alors que les projets de mise en place de systèmes comptables à base d’ERP commencent à peine. En outre, sur le secteur de la protection sociale, Jean-Claude Lamoureux relève que « l’on se regarde pour voir comment se copier les uns les autres » plus que pour chercher une forme de mutualisation…

Collectivités territoriales : « ça bouge déjà »

Pour autant, la perspective de plateformes applicatives et de services mutualisées n’est pas complètement incongrue. Dans le domaine de la santé, par exemple, « le marché n’est pas encore très structuré. Cela pourrait être une solution pour les hôpitaux de petite ou moyenne taille. Mais ils n’y a pas encore d’initiative dans ce sens. Et puis il faut ajouter des spécificités réglementaires, une gestion qui relève de la comptabilité publique, etc. » Bref, on est loin du marché du siècle, mais les perspectives semblent exister.

En fait, c’est du côté des collectivités territoriales que les perspectives paraissent les plus prometteuses : « il y a déjà des offres de type ASP pour la dématérialisation des marchés publics, par exemple. » Et Jean-Claude Lamoureux de citer l’exemple du groupement d’intérêt public e-Bourgogne. Lequel « mutualise des équipements informatiques et des services pour déployer l’administration électronique », comme l’indique son site Web, avec, au programme, des services au citoyens, aux collectivités et aux entreprises. Un projet dans lequel Sopra est intervenu en assistance au pilotage ; un appel d’offres est en cours de dépouillement pour l’exploitation et la maintenance de la plateforme dans le cadre d’un partenariat public-privé.

Le projet breton Megalis s’appuie sur la même logique, avec services applicatifs et « services d’e-administration. » Des idées qui essaiment : « Sopra est intervenu avec la commission européenne pour l’extension de ces dispositifs à des collectivités territoriales d’autres pays, comme l’Espagne, l’Italie ou encore la République Tchèque », explique Jean-Claude Lamoureux. Pour lui, le terrain de ces collectivités promet d’être fertile : « elles ont énormément de métiers différents, mais toutes ont les mêmes. On peut imaginer construire des offres en ASP, pour chaque métier différent. »

Une impulsion de la force publique

Mais Jean-Claude Lamoureux s’interroge sur le rôle des éditeurs privés dans ce mouvement : « dans tous ces projets, le risque est majoritairement porté par la sphère publique. » L’Adullact (Association des développeurs et des utilisateurs de logiciels libres pour l'administration et les collectivités territoriales) pousse bien sûr à la mutualisation des outils pour les collectivités et l’administration, en Open Source. Mais il s’agit d’une structure associative. Jean-Claude Lamoureux évoque aussi le moteur de portail Lutèce de la ville de Paris – un CMS « produit la ville et versé à la communauté Open Source. » Encore une impulsion provenant de la sphère publique.

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