Réactions : chez Alcatel-Lucent on fustige une stratégie "financière plus qu’industrielle"

Excédés, les syndicats d’Alcatel-Lucent appellent à la grève ce mardi 30 juin pour « exprimer leur refus unanime face aux multiples suppressions d’emploi et externalisations. » En ligne de mire, on pense bien sûr au projet en cours d’externalisation de la majeure partie de l’informatique du groupe. Mais les syndicats dénoncent aussi un démantèlement progressif de l’équipementier télécoms dans un projet plus « financier qu’industriel. »

Dans un communiqué appelant à la grève ce mardi 30 juin, les syndicats d’Alcatel-Lucent dressent un tableau peu réjouissant : « depuis la fusion Alcatel-Lucent, les salariés du groupe ont subi deux plans sociaux qui ont généré le départ de 2 000 salariés. » C’est un troisième plan social que l’équipementier télécom cherche à mettre en œuvre « touchant 1 000 emplois dans le monde (dont 200 en France) et 5 000 sous-traitants dans le monde (450 en France). » Pour Thierry Delouvée, représentant syndical CFTC au CCE d’Alcatel-Lucent, la direction « peine à mettre en œuvre ce troisième plan social. » D’où, selon lui, une stratégie de « vente en petits morceaux. » Ca, c’est pour le projet d’externalisation de certaines activités :

l’informatique interne du groupe (206 personnes en France), un projet de recherche et développement (59 personnes), et l’activité paie (27 personnes). Au final, en Europe, précise le communique, « cela se traduira par plus de 2 200 salariés directement externalisés et par un changement de donneurs d’ordres pour plus de 1 700 prestataires de services. » Thierry Delouvée voit là la concrétisation de stratégie dite de

co-sourcing engagée par la direction, visant à s’appuyer plus largement sur des partenaires tiers. Le nom de Wipro est notamment évoqué pour la reprise de l’activité paie et gestion du temps [En 2007, Alcatel-Lucent figurait déjà dans le top 10 des clients de Wipro, NDLR]. Mais le syndicaliste y voit un certain cynisme : « ce sont des licenciements cachés ; on laisse à d’autres le soin de les gérer. » Un délégué syndical relève en outre le fait que les salariés transférés devront, à terme, renoncer à la protectrice convention collective de la métallurgie pour se retrouver avec celle du Syntec. Une perspective peu réjouissante à laquelle s’ajoute le

climat difficile chez HP-EDS vers lesquels doivent être transférés les informaticiens de l’équipementier télécoms.

Externalisation et délocalisation Outre l’externalisation, c’est dans une course à la délocalisation que semble s’être lancé Alcatel-Lucent : en termes d’effectifs, la France ne serait désormais plus qu’en troisième position derrière la Chine ; l’Allemagne viendrait de passer derrière l’Inde. Et si l’équipementier ne précise pas la répartition géographique de ses effectifs dans ses publications, son document de référence destiné à l’AMF, pour 2008, montre une réduction des effectifs en France de 17 071 salariés en 2006 à 10 942 en 2008, de 20 632 en 2006 en Europe, à 13 958 l’an passé. Dans le même temps, dans la région Asie-Pacifique, les effectifs sont passés de 14 589 à 15 210 personnes. Dans le reste du monde (hors Etats-Unis), après un recul de 12 219 personnes en 2006 à 10 722 en 2007, les effectifs sont repassés à 13 583 en 2008. Mais les syndicats ne semblent pas trop inquiets pour les Bell Labs, le cœur de l’innovation chez Alcatel-Lucent : ils profitent de financement publics, nous a-t-on souligné.

Un climat difficile mais une mobilisation encore limitée Dans les effectifs d’Alcatel-Lucent, c’est d’une certaine tension dont font état les syndicats. Le délégué syndical cité plus haut souligne ainsi que, par exemple, l’activité IMS (

IP Multimedia Subsystem), « bien que présentée comme étant "d’avenir" fonctionne avec des effectifs très serrés, en flux tendu et avec beaucoup de stress. » Une situation qui n’aurait rien d’isolée : « certains managers n’ont pas les ressources humaines nécessaires pour mener à bien leurs missions ; ils travaillent en mode

best effort. » Mais, si Thierry Delouvée relève l’existence de démissions pures et simples liées à ces conditions de travail, celles-ci resteraient isolés. Selon son collègue qui invoque la crise et un marché du travail difficile : « l’ANPE, ça n’arrive pas qu’aux autres ; chez Nortel, il y avait des gens très compétents. » Un message qu’il peine néanmoins à faire passer : certains salariés, notamment les plus compétents techniquement, et en R&D, se sentiraient « intouchables. »

(dé)mobilisation du politique Au-delà de la mobilisation de ce mardi 30 juin, Thierry Delouvée entend en appeler au Président de la République, Nicolas Sarkozy : « nous l’avons déjà rencontré deux fois en 2007, avant et après son élection. » A cette occasion, des promesses auraient formulées telles que des dispositions en faveur de l’achat d’équipements Alcatel-Lucent, en France et en Europe, ou encore de soutien par le biais des pôles de compétitivité. « Mais on a rien vu venir. » Et de fustiger l’attitude des politiques vis-à-vis d’un Huawei « subventionné [

Retrouvez notre article sur la fiscalité et l’offshore, NDLR], donc moins cher et contre lequel on ne peut rien. »

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