Alcatel-Lucent : après l'entreprise sans usine, l'informatique sans informaticiens

Alcatel-Lucent et HP ont annoncé hier un accord de coopération industrielle qui s'accompagne de l'externalisation chez le prestataire de la majeure partie de l'informatique d'Alcatel-Lucent. Les salariés français dénoncent un projet qui n'a aucune justification économique et qui ferait basculer près de 300 informaticiens hexagonaux de l'équipementier vers HP/EDS.

Alcatel-Lucent a confirmé hier aux salariés, lors d'une comité de groupe réuni au siège de la société, rue de la Boétie, un plan d'externalisation de l'ensemble de son informatique au couple HP/EDS. Le contrat porte sur l'ensemble de l'IT de l'équipementier et se traduirait par la bascule chez HP et EDS de 1 022 salariés d'Alcatel. Les deux sociétés ont pour l'instant signé un accord d'intention en ce sens, qui doit encore être validé.

Du côté des salariés, la pilule passe plutôt mal. Après plusieurs plans de restructuration massifs, ils considèrent que la nouvelle stratégie dite de co-sourcing mise en place par le nouveau Pdg d'Alcatel-Lucent, Ben Verwaayen, s'apparente en fait à une série de plans sociaux déguisés

Comme l'explique Jean Naveau, le délégué syndical CFDT d'Alcanet (la SSII interne), « l'accord entre HP et Alcatel-Lucent a un volet intéressant pour l'entreprise qui porte sur le partenariat industriel et commercial sur le secteur des télécoms et des réseaux. Mais, pour ce qui est de l'informatique, on a un peu l'impression d'être le porte-clé de l'accord”. Autrement dit, le petit plus offert à HP pour signer le partenariat industriel de 10 ans. Selon le syndicaliste, l'informatique interne d'Alcatel-Lucent fait l'objet régulier de benchmarks qui ont montré que ses coûts sont inférieurs à ceux du marché. “Dans ces conditions, l'accord est pour nous incompréhensible et inacceptable”.

« Un plan social déguisé »

En France, Alcanet emploie environ 282 salariés et 296 sous-traitants (chiffres au 31/12/2008). Le plus gros site informatique est situé à Meudon, devant celui d'Illkirch en Alsace. Des équipes IT sont présentes sur 15 sites à travers l'Hexagone.

Si l'accord d'intention signé entre HP et Alcatel-Lucent venait à se concrétiser, ces salariés passeraient en France sous bannière HP ou EDS, selon leur activité. “Il ne faut pas se le cacher, ce plan de co-sourcing n'est ni plus ni moins qu'une externalisation chez un de nos prestataires de services, qui s'appelle EDS et qui n'est pas réputé pour la qualité de sa gestion sociale”, enchaîne Jean Naveau.

Et d'ajouter : “pour nous c'est une sorte de PSE déguisé. Comme dans tous les accords de ce type, les salariés vont pouvoir négocier 18 mois de continuité de contrat sous convention métallurgie avec la conservation de leurs avantages, puis ils se retrouveront contraints de basculer sous convention Syntec dans une entreprise dont le social n'est pas le point fort. A Paris, on peut se dire qu'il est possible de changer d'employeur rapidement, mais en Province, ce genre de transition est mortel”.

Appel à la grève le 22 juin

Du côté des salariés, la riposte s'organise. Les syndicats ont ainsi mandaté un cabinet pour faire l'analyse du bien-fondé économique du projet d'externalisation et un appel conjoint à la grève est lancé pour lundi 22 juin à Meudon, appel qui devrait être fortement suivi. Cette action suit une action similaire à Lannion hier, qui visait à dénoncer l'externalisation de l'informatique et le projet d'externalisation d'une partie des activités de R&D.

Selon une autre source syndicale, c'est un “véritable démantelement d'Alcatel par Ben Verwayen qui serait en cours, avec des plans pour externaliser la R&D sur les produits matures, mais aussi pour externaliser les fonctions finance et RH”.

Après le Alcatel sans usine de Serge Tchuruk, les salariés craignent donc un Alcatel-Lucent fantomatique en France et dont le centre de gravité serait déplacé en Chine, où la co-entreprise Alcatel Shanghai Bell est hérigée en modèle. Le problème avec le recentrage sur le coeur de métier est qu'à force de le pratiquer, il ne reste plus au final qu'une coquille largement vide. La France en a déjà un magnifique exemple : il a pour nom Thomson et il connaît actuellement les plus grandes difficultés financières

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