Logica pousse ses consultants en intercontrat à prendre des congés sans solde

Privées pour l'instant de chômage partiel, les SSII doivent trouver d'autres voies pour protéger leurs marges. Logica France propose, dans le cadre d'un comité d'entreprise qui se tient ce 18 mai, des congés sans solde payés à hauteur de 25 % du salaire. Une mesure qui cible particulièrement les salariés en intercontrat et qui provoque l'ire des syndicats.

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Sans espoir de pouvoir utiliser rapidement le chômage partiel - après l'échec des négociations entre syndicats et la fédération Syntec (même si les discussions se poursuivent) -, les SSII inventent de nouvelles façons d'encaisser la montée de l'intercontrat. En pointe sur le sujet, Logica France tient aujourd'hui un comité central d'entreprise, où est présenté aux représentants du personnel un système de congés sans solde, rémunéré à hauteur de 25 % du salaire.

"Depuis le début de l’année, comme toutes les SSII, Logica affronte un contexte général tendu et délicat en raison de la crise économique. Une des conséquences est un niveau d’intercontrat supérieur à la marche habituelle de l’entreprise dans l’ensemble de ses entités", explique la direction dans le courrier envoyé aux représentants du personnel en amont de la réunion, sans toutefois que les organisations syndicales aient été consultées au préalable selon leurs affirmations.

Une mesure qui cible spécifiquement l'intercontrat

Pour faire face à ce contexte, et "pour une durée déterminée", Logica France veut mettre en place une "mesure d'absence volontaire", dite Q3, pour "réduire la surcapacité de production momentanée". S'il choisit de s'inscrire dans ce dispositif, un salarié prendrait entre 10 et 90 jours de congés ; sa demande étant soumise à acceptation par la direction de son entité. Logica précise que la mesure s'adresse à des salariés en mission qui, durant leur absence, pourraient être remplacés par un collègue en intercontrat, ou bien sûr à des salariés eux-mêmes en intercontrat, sans "projet d’affectation à court terme".

Volontaires à l'insu de leur plein gré ?

Si, sur le papier, le dispositif repose sur le volontariat, les syndicats craignent de voir s'instaurer une forme de pression sur les salariés en intercontrat, qui, s'ils n'acceptaient pas de se porter volontaires, se trouveraient sous la menace d'un licenciement. "Nous sommes fermement opposés à cette mesure, explique ainsi Ivan Béraud, secrétaire national de la F3C (Fédération Communication, Conseil, Culture) CFDT, mis au courant du projet la semaine dernière. Dans la pratique, on sait très bien comment ça va se passer : Logica va mettre la pression sur les salariés en intercontrat via les commerciaux, avec menace de licenciement." Et Ivan Béraud de dénoncer l'attitude de Syntec Informatique, le syndicat patronal des SSII et éditeurs : "alors que les négociations sur le recours au chômage partiel dans la branche se poursuivent, voir sortir ce type de mesure chez un adhérent du Syntec est tout simplement scandaleux. Cela montre que l'organisation patronale est incapable de tenir ses troupes."

Des licenciements individuels déjà à l'œuvre ?

Selon des sources syndicales chez Logica France, il ne s'agit pas de la première mesure prise par la filiale de la SSII anglaise pour contenir l'intercontrat. Cette dernière a déjà mis en place un système d'abondement des congés payés, mesure ciblant également l'intercontrat. Pour quatre jours posés, le salarié qui en fait la demande bénéficie de la semaine entière. Signalons encore que la SSII a gelé les salaires depuis le début 2009.

Cet ensemble de décisions, visant à protéger les marges de la SSII, intervient alors que Logica France continue à annoncer un taux d'intercontrat assez faible. La filiale du groupe anglais parle de quelque 250 salariés sans mission, sur un effectif total de 9 000 consultants. "C'est un des paradoxes de la crise, commente Ivan Béraud. En sondant les délégués CFDT, nous avons calculé une moyenne de 6 % d'intercontrat dans les SSII ; ce qui reste faible". Selon lui, ce paradoxe pourrait s'expliquer par le recours aux licenciements individuels.

Rappelons que, lors de la publication de ses résultats pour le premier trimestre, Logica a affirmé viser en 2009 la même marge opérationnelle qu'en 2008, soit 7,4 %.

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