Cloud français entre Thales/Orange et Dassault/SFR, la guerre est déclarée

Dassault devrait finalement présenter un projet de cloud avec SFR pour concurrencer le projet Andromède qu'il avait à l'origine fondé avec Orange et Thales. L'Etat devra donc choisir entre deux projets pour l'enveloppe de 135 M€ prévue à l'origine par le FSN. A moins qu'il ne décide de partager l'enveloppe entre les deux projets. Dans les deux cas, se pose la question de la distorsion de concurrence qu'introduit le financement étatique.

C’est sans doute au début du mois de mars que l’État devrait se prononcer sur le financement d’un (ou plusieurs projets) de cloud computing après la rupture entre Orange et Dassault Système et l’annonce par ce dernier d’une initiative de cloud concurrente du projet Andromède, qu’il avait porté à l’origine avec Thales et Orange. L’objectif d’Andromède était à l’origine de doter la France de grandes «centrales numériques» à même de fournir les infrastructures nécessaires à la production de services de cloud franco-français.

Mais l’unité affichée par les différentes partenaires s’est largement fissurée en décembre lorsque Dassault a décidé de se retirer en indiquant que les prix d’hébergement proposés par Orange pour Andromède (les nouveaux datacenter d’Orange à Val de reuil doivent porter une large partie de la capacité du projet) étaient bien trop élevés. Orange et Thales ont alors annoncé leur intention de continuer seuls et indiqué être prêt à accueillir de nouveaux partenaires.

Dassault Systèmes : un consortium alternatif avec pour grand partenaire SFR

Dassault Systèmes, lui n’a pas perdu son temps. En moins d’un mois, son PDG Bernard Charlès a monté un consortium concurrent du projet d’origine, consortium incluant notamment la nemesis hexagonale de France Télécom, SFR, ce qui en dit long sur le rift qui s’est progressivement creusé entre Orange et le spécialiste français de la CAO et du PLM.

SFR propose déjà aux entreprises des services de cloud d’infrastructure basés sur des serveurs HP et sur les outils de virtualisation de Microsoft. Une alliance avec Dassault et le financement de l’État pourraient lui permettre de passer à une autre échelle. Cela pourrait aussi être l’occasion pour Microsoft, qui est aussi l’un des grands partenaires de Dassault Systèmes, de tenter d’implanter ses solutions technologiques sur le cloud français.

L’opérateur filiale de Vivendi a confirmé son alliance avec Dassault à nos confrères de l’AFP sans en révéler plus. Les deux partenaires n’auront guère de temps pour finaliser leur proposition. L’État devrait en effet rendre son verdict en matière de financement de grands projets cloud dans le mois à venir.

L'Etat pourrait investir dans deux projets

Théoriquement les deux projets concurrents pourraient bénéficier de financements de l’État, le FSN (Fonds national pour la société numérique) pouvant tout à fait apporter son concours à plusieurs projets. C’est d’ailleurs une hypothèse qu’a confirmée ce mercredi, Éric Besson, le ministère de l'Industrie à nos confrères de l'AFP.

À l’origine, le FSN prévoyait d’investir 135 M€ dans le projet Andromède, Orange et Dassault Systèmes apportant chacun 60 M€ supplémentaires et Thales 30 M€. Si Andromède et le projet Dassault/SFR se lancent en parallèle, il est peu probable que l’enveloppe totale débloquée par le FSN change, ce qui veut sans doute dire que les partenaires privés devront investir un peu plus pour construire leur infrastructure.

Notons pour terminer qu’il reste encore quelques inconnues. Atos, par exemple a fait état de sa candidature pour compléter la structure Andromède après la défection de Dassault. La SSII, vient par ailleurs d’annoncer son projet de cloud Canopy avec VMware et EMC, un projet dont Thierry Breton a malicieusement rappelé qu’il a une ambition mondiale. Bull et CapGemini figureraient aussi parmi les entreprises désireuses de rejoindre l’un des deux projets.

Un risque important de distorsion de concurrence

La vraie question est désormais de savoir si tous ces consortiums ont vraiment besoin d’une aide aussi lourde de l’État. Le géant américain RackSpace qui réalise un milliard de CA par an dans le «cloud» investit actuellement près de 350 M$ par an dans son infrastructure (datacenters, télécoms, serveurs, logiciels) et évalue ses actifs matériels à environ 1 milliard de dollars (voir le lien en bas de ce document pour les chiffres détaillés). Pour mémoire, son infrastructure comporte 80 000 serveurs et la société a plus de 170 000 clients actifs. Au total, RackSpace emploie 4 000 salariés et a réalisé un bénéfice net de plus de 75 M$ en 2011.

Dans un autre secteur, un cluster complexe de 20 Pflops comme Titan au NCSA réunissant 49 000 puces Opteron à 16 cœurs (soit l’équivalent de près de 25 000 serveurs bi-socket) avec 500 Po de stockage en ligne, 1,5 Po de mémoire (soit environ 4Go par cœur) et toute sa connectique réseau interne et externe a un coût évalué à quelque 150 millions d’euros en matériels, maintenance et services. On parle là d’une machine à la pointe de la technologie, livrée prête à l’emploi par Cray.

Sur le marché français, qui est bien plus petit que le marché US, bâtir un acteur de la taille de RackSpace demanderait donc de construire une infrastructure comprenant 10 000 à 15 000 serveurs soit un coût d’infrastructure (matériels, logiciels, télécoms et datacenters compris) de l’ordre de 100 M€. Cette dépense devrait sans doute être répartie sur trois ans, l’infrastructure étant assemblée par tranches au fur et à mesure des besoins. Donc les dépenses en Capex d’un grand cloud français avoisineraient les 35 M€ par an sur trois ans. Montant auquel il convient sans doute d’ajouter des coûts salariaux de l’ordre de 10 à 15 M€ par an.

En clair, l’investissement initial de 135 M€ prévu par l’État pour Andromède est largement suffisant pour financer l’achat, la configuration et la maintenance d’une infrastructure massive sur trois ans et pour financer une bonne partie des coûts humains associés. Autant dire que le soutien de l’État supprime une large partie du risque pour les partenaires privés sur les trois premières années. Un point que ne manquent pas de pointer du doigt certains acteurs privés du cloud, ainsi qu’un géant comme IBM, dont le PDG, Alain Bénichou, a récemment rappelé qu’il avait investi seul près de 300 M$ dans ses datacenters français et qu’il craignait que l’aide de l’État n’introduise une distorsion de concurrence.

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