Datacenter : les pays nordiques veulent devenir le hub de l’Europe

Google, Facebook, Telecity… les ténors de l'IT investissent dans les pays nordiques pour déployer leurs datacenters. Attirés par les coûts d’une énergie renouvelable et un climat propice au refroidissement naturel. Mais ces régions sont-elles séduisantes pour toutes les entreprises ?

Les grands fauves colonisent les contrées inexplorées, semble-t-il. De Google à Facebook en passant par Microsoft, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à investir dans des datacenters localisés dans les pays nordiques, attirées par les coûts peu élevés de l’énergie et les possibilités de refroidissement naturel.

Une délégation suédoise a tenu à mettre en avant les avantages que pouvaient proposer les datacenters nordiques aux professionnels de l’infrastructure, lors de la conférence 7x24 Exchange qui s’est tenue au Texas. Mais cette région du globe est-elle vraiment prête pour devenir le hub stratégique du trafic de données en Europe ?

L’année dernière, les pays nordiques ont été au centre des intérêts de ténors de l'IT. Début novembre, Telecity, un opérateur de datacenters en Europe a annoncé le rachat d'Academia, un fournisseur finlandais, pour d’abord prendre le contrôle de son centre de données à Helsinski. Cette opération suivait de quelques mois une autre acquisition du groupe, celle d’un autre opérateur de datacenters finlandais, Tenue Oy.

En septembre 2013, le géant des communications, Ericsson a quant à lui annoncé investir plus de 816 millions d’euros dans la construction de deux datacenters modulaires dans sa Suède natale et d'un 3e au Canada. Le mois dernier, Microsoft a aussi promis de construire un centre en Finlande, dans le cadre du rachat des activités de terminaux mobiles de Nokia.

En juin 2013, le très médiatisé datacenter de Facebook, à Lulea, localisé près du cercle arctique en Suède, s’est officiellement ouvert aux entreprises. Entre temps, Google - dont la construction d’un centre à Hamina en Finlande, il y a deux ans, a clairement montré son intérêt pour la région - poursuit également ses investissements. Début novembre, le géant du Web a consacré plus de 480 millions d’euros à l'augmentation la capacité de son centre, pour mieux appréhender la vidéo sur mobile.

D’autres ont également annoncé investir dans ces régions nordiques en 2013, comme Digiplex, un acteur de la colocation et le Russe Yandex.

Le très séduisant datacenter green

Selon l’étude annuelle Data Centre Risk Index 2013, publiée en mai dernier par les cabinets de consultants Cushman & Wakefield, Hurleypalmerflatt et Source8, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne étaient encore considérés comme les pays à plus faibles risques pour les datacenters, les pays nordiques grimpant rapidement dans leur classement.

La Suède apparaissait au 3e rang des endroits les plus sécurisés dans le monde pour implanter un datacenter, grimpant de la 8e place. L’Islande, la Norvège et la Finlande tenaient les 7e, 8e, et 9e places, respectivement.

Pour certaines entreprises, l’intérêt est évident. Les températures naturellement bases impliquent des coûts en refroidissement minimisés. De plus, parce que les pays nordiques utilisent principalement des sources d’énergies renouvelables moins chères, comme l’énergie éolienne ou l’hydroélectricité, les entreprises ont ainsi la possibilité de réduire leurs empreinte carbone et leurs coûts énergétiques en s’implantant dans ces régions. La proximité avec le marché russe peut également être un avantage pour certains fournisseurs.

La Swedish Data Center Initiative, mise en place par le commerce extérieur suédois, Business Sweden, soutient que ces développements illustrent le fait que la région est devenue un hub clé pour les datacenters en Europe. « Nous voyons là la confirmation que les pays nordiques sont devenus un marché en croissance et attractif en Europe, ainsi qu’un emplacement de premier ordre pour les hubs stratégiques », affirme Tomas Sokolnicki, chef de projet et consultant en investissement au sein du groupe.

« Notre région est devenue un symbole chez certains des plus importants projets green de l’industrie. Lorsque des ténors, comme Facebook et Google, ouvrent la voie en misant sur des sites stables et green et ce, à des prix attractifs, de nombreux autres acteurs leur emboitent le pas », affirme-t-il.

Andy Lawrence, vice président de recherche au sein du cabinet d’analystes 451 Research, confirme que les régions nordiques suscitent l’intérêt des opérateurs, d’un point de vue environnemental. « Les raisons sont nombreuses. Facebook avait certainement besoin d’ouvrir un grand datacenter en Europe et la région est très séduisante pour de nombreuses raisons ; la fourniture d’une énergie bon marché reposant essentiellement sur une source renouvelable n’est pas des moindres. Grâce au climat très frais, les entreprises n’ont pas à utiliser les systèmes de refroidissement traditionnels », a-t-il commenté, à nos confères de Computerweekly. Toutefois Lawrence pense également qu’il est encore bien trop tôt pour interpréter cette avancée des investissements dans les datacenters nordiques comme une tendance majeure.

« Microsoft ouvre des datacenters dans le monde entier, et pas uniquement dans les pays du Nord. Tout comme Telecity. Je dirais que seulement une minorité des fournisseurs considère la région comme un hub clé », soutient-il. Il pense également que les ambitions de ces régions, à devenir des centres névralgiques en Europe, risquent d’être contenues par le fait que de nombreux fournisseurs, servant l’Europe de l’ouest, n’accepteront pas des niveaux de latence si leurs serveurs sont situés aux extrémités de l’Europe du Nord.

« Si vous êtes basés sur des transactions à faible latence, les pays comme l’Islande, la Finlande et la Norvège sont probablement trop loin. Lorsque les fournisseurs de services de colocations construisent des datacenters, ils ne savent jamais qui seront leurs principaux clients. Il est certainement préférable pour eux de localiser leurs centres à une distance proche des principaux hubs en Europe de l’ouest, pour garantir cette faible latence », soutient encore Lawrence.

Traduit de l'anglais par la rédaction

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