Urgence Sepa : un marché en vue en maîtrise d'ouvrage

Les acteurs concernés – éditeurs, intégrateurs, banques et institutions – sont tous sur le pied de guerre. Manquent à l'appel les PME, une sur deux zappant sciemment ou non le compte à rebours.

Au pointage d'octobre 2013, à trois mois de la date butoir, la norme européenne Sepa (Single European Payment Area) n'est encore adoptée en France que pour un peu plus de 4% des prélèvements et pour 58% des virements. Une chose est sûre : ne serait-ce que sur le volet informatique, loin d'être le seul aspect de l'affaire, il se prépare une ruée de dernière minute sur les tests de validation. Et probablement une foire d'empoigne entre fournisseurs d'outils et acteurs volontaires pour dépanner les entreprises retardataires. Peut-être sans que cela suffise.

 

Un sondage de l'éditeur Sage auprès de 640 de ses clients en Europe montre en effet qu'en septembre, une entreprise française sur deux de son échantillon (grand compte, ETI ou PME) avait mis ses logiciels et ses coordonnées bancaires à l'heure de Sepa. Mais qu'elles étaient en proportion moins nombreuses parmi les grandes et moyennes entreprises (58%) à se croire parées que parmi les petites entreprises (75%). Les grands émetteurs sont sans doute plus avertis et conscients que rien n'est encore totalement joué. Même pour les plus installés dans la migration Sepa comme l'a rappelé l'épisode récent des relances clients injustifiées d'EdF. De plus, les firmes, notamment les plus petites, ne sont pas forcément toutes concernées par les prélèvements. Et le cas des virements s'avére, il est vrai, plus facile à régler (changement de coordonnées bancaires) que celui des prélèvements qui deviennent des SDD (changement de logique pour l'autorisation de prélèvement, résumée par le sigle SDD pour Sepa Direct Debit).

 

Au delà des identifiants, un changement de logique

 

Un coup d'oeil sur les échanges de questions/réponses figurant sur le site de l'association des trésoriers d'entreprise (AFTE), en première ligne de cette migration, montre qu'à tous points de vue (informatique, juridique, organisationnel), l'affaire est loin d'être simple ni achevée. « Le diable est dans les détails », résume Hervé Sitruk, président du club Sepa (2CE2S, club de conseil et experts Sepa). Sous entendu : des bugs, chez les grands facturiers, il y en aura encore ; mais ceux-là sauront y faire face. « Les très grands émetteurs, comme EdF sont en position de surveillance », abonde Eric Jamet, directeur marketing de Tessi, éditeur de solutions de traitement des flux de monétique et moyens de paiement. Tout comme sont sur la brèche les banques depuis une autre migration technique (fermeture du canal Etebac/X25 pour la communication banques-entreprise) et parées à la montée en charge sous l'angle fonctionnel cette fois, tests à l'appui depuis 2008. Mais que dire des petits émetteurs de prélèvements (mutuelles, maisons de retraite, gérants de syndic, etc, soit 70 000 établissements) dont une bonne part n'a même pas idée que la donne est changée, qu'il leur faut impérativement un ICS (identifiant créancier Sepa, attribuée par la banque de France). Et que chacun de leurs clients débiteurs correspond à un RUM (référence unique de mandat de prélèvement) dont ils devront eux-mêmes gérer le cycle de vie (débit direct ! la banque ne fait qu'exécuter) et introduire cela dans leur informatique. Externalisée ou pas !

 

Le problème, c'est que même si les éditeurs de logiciels ont pris leur part de cet ajustement, le re-paramétrage des SI concernés ne se règle pas d'un coup de baguette, ni sans test grandeur réelle. Et que faute d'avoir glissé plus tôt cette contrainte dans leur quotidien de tâches opérationnelles, ces petits « émetteurs » (quelques centaines de prélèvements mensuels) se sont persuadés que, comme lors du passage de l'an 2000, «ça va le faire, on va y arriver ». « Il aurait sans doute fallu soumettre des jalons supplémentaires aux entreprises pour les tests fonctionnels et leur imposer un reporting concernant la mise au format correct de leurs fichiers d'échanges avec leur banque », avance Audrey Buanic, manager et spécialiste Sepa du cabinet de conseil mc2i.

Modes d'emploi des tests fonctionnels

 

Depuis quelques mois, les modes d'emploi de ces tests fonctionnels fleurissent, clairement détaillés sur les sites officiels et institutionnels. Sans trop de jargon, par exemple, sur le site de l'ordre des experts-comptables). Ou avec le guide proposé par le comité national Sepa (sepafrance.fr) soulignant les erreurs à ne pas commettre. Sans que, pour autant, la montée en charge du prélèvement n'ait décollé (de 3% à 4% du début à la fin du T3 2013). « Du côté des réseaux bancaires, les responsables d'agence doivent désormais rendre compte à leurs directions générales des contacts et de l'information faite auprès des PME qu'ils doivent voir une à une », relate le consultant Hervé Sitruk (club Sepa). Pour faciliter la tâche à leurs clients, les banques ne se sont pas privées de proposer des services et outils (du style transcodification) ni les éditeurs de peaufiner leur offre de SaaS. En mode packagé, notamment, pour la gestion des mandats SDD façon Sepa.

 

Maintenant qu'il est trop tard pour faire autre chose que parer au plus pressé des tests fonctionnels, de quel côté attendre le renfort ? Embauches à l'appui ? « Sûrement pas chez les éditeurs. Tous ont anticipé, en mobilisant des ressources pour fabriquer des briques standards », témoigne le président du club Sepa (dont 80% des membres sont des éditeurs). « Un tiers d'effectif en plus chez nous », précise Eric Jamet (Tessi). « Avec leurs moyens mis en ligne, les éditeurs et intégrateurs partenaires ont de quoi assumer une montée en charge, mais pas en moins de deux mois, alors que le mot d'ordre est test, test et encore test », ajoute Hervé Sitruk. Sachant de plus que certains ont depuis démobilisé une partie de ces ressources, faute de rencontrer une demande à la hauteur.

 

Quid des intégrateurs ? « Ils risquent d'avoir une montée de la demande d'adaptation des SI et des règles de gestion... de la part des grandes et moyennes entreprises », avance Eric Jamet. Tandis qu'avec les petits créanciers (de 100 à 25 000 prélèvements par mois), et avec l'offre de style briques standards – pour minimiser les coûts – avec 20 à 30% du budget réservé classiquement au paramétrage et tests en mode projet, l'approche est toute autre. Mobilisant essentiellement chez les éditeurs des ressources commerciales.

 

Un marché de tierce recette applicative

 

« Tout dépend où en est le chantier des tests », reprend Audrey Buanic, situant le besoin de renfort du côté de l'assistance à maîtrise d'ouvrage. Un chef de projet, s'il s'agit de mettre sur pied une stratégie de test et pour la conception des cas, un profil technico-fonctionnel, connaissant bien la problématique des moyens de paiement, « capable de mettre les mains dans les fichiers », de même que les opérationnels chargés de réaliser les tests fonctionnels à la chaîne. Soit un marché en vue de tierce recette applicative (TRA), en mode forfait ou en centre de services partagés. Qui auront sans doute encore fort à faire après la date butoir du 1er février. « On n'est et ne sera sûrement pas encore à l'heure du bilan, mais toujours à l'heure de la mobilisation », claironne Hervé Sitruk. Sans oublier que le casse-tête juridique (difficilement externalisable) lié notamment au changement de logique  applicable au trio débiteur-créancier-banque ne fera que commencer. Et qu'autour de la pléthore d'outils et solutions nés avec cette migration contrainte, devra forcément s'amorcer une interopérabilité, homogénéisation. Et une certaine consolidation sur le marché des fournisseurs ?

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