Microsoft a trop tardé à rapprocher matériel et logiciel

Avec des années de retard sur Apple, Microsoft s’est décidé à rapprocher logiciel, sa spécialité, et matériel dans le domaine de la mobilité. Jusqu’à racheter Nokia. Un choix qui n’a pas été sans générer quelques tensions.

C’était début septembre dernier : Microsoft décidait de s’offrir les terminaux mobiles de Nokia pour un montant de près de 3,8 Md€, plus un autre milliard six cent cinquante millions d’euros pour utiliser les brevets du Finlandais. Une demi-surprise, pour de nombreux observateurs, mais surtout la traduction concrète d’un constat cinglant, tant du côté de Nokia que de Microsoft.

Une génération sacrifiée

Arrivé à l’automne 2010 aux commandes de Nokia, Stephen Elop, venant alors de Microsoft, n’était pas tendre. Quelques mois seulement après sa prise de fonctions, il relevait que le constructeur s’était laissé dépasser : « nous avons raté des tendances de fond, et nous avons perdu temps. […] Le premier iPhone est sorti en 2007 et nous n’avons toujours pas de produit fournissant une expérience d’en approchant. » Quelques mois plus tôt, c’était Steve Ballmer qui jouait l’auto-flagellation. En ouverture de la conférence partenaires de l’éditeur, qui s’ouvrait à Washington, faisait l’aveu de l’échec de Windows Mobile 6.5, assurant avoir, avec ce dernier, « raté une génération ». Une façon aussi de dire, à demi-mots, que Windows Phone 7 arrivait alors avec un train de retard.

A l’occasion de sa première apparence publique depuis la fin de son mandat de PDG de Microsoft, Steve Ballmer, qui s’exprimait récemment devant des étudiants de l’Université d’Oxford, n’a pas manqué d’afficher un regard critique sur la décennie passée pour l’éditeur : « la chose que je regrette, c’est que nous n’avons pas rapproché matériel et logiciel assez tôt. » Ce n’est en fait que mi-2012 que Microsoft a décidé de le faire, avec ses tablettes Surface, quitte à prendre le risque d’entamer ses relations avec ses partenaires constructeurs. Des relations très étroites qui l’ont placé, en quelque sorte, entre le marteau et l’enclume, à l’heure de la mobilité.

Une décision trop tardive ?

Apple a justement révolutionné le marché de la téléphonie mobile et littéralement créé celui des tablettes en misant sur l’étroitesse du lien entre logiciel et matériel, plaçant l’un au service de l’autre. Un lien que Microsoft a donc cherché à renouer avec un retard conséquent. Un délai sur lequel Bloomberg Business apporte un éclairage finalement peu surprenant, montrant à quel point le débat interne sur la nature même de l’activité du groupe de Redmond est resté longuement vif et animé : à savoir, son coeur de métier est-il le logiciel ou le matériel ? Ainsi, Bill Gates, Satya Nadella et plusieurs autres directeurs se seraient initialement montrés réticents au rachat des activités terminaux mobiles de Nokia. Au point que Steve Ballmer se serait largement emporté à l’occasion d’une réunion sur le sujet en juin 2013. Et tant pis si le nouveau PDG de Microsoft, Nadella, semble avoir aujourd’hui changé de fusil d’épaule.

Mais rien ne dit que le groupe de Redmond ait finalement fait le choix de la bonne recette, ni qu’il n’est pas simplement trop tard. Ainsi, si Apple reste leader du marché des tablettes, avec environ 36 % de part de marché, selon les derniers chiffres rapportés par Gartner, c’est Android qui domine le marché en termes de systèmes d’exploitation. Et sur le marché des smartphones, Apple n’est plus que second, à un peu moins de 16 % de parts de marché, près de moitié moins que Samsung. Et la domination d’Android s’avère écrasante. Malgré les nombreux défauts que beaucoup s’accordent à reconnaître à Android et à son écosystème fragmenté, l’approche de Google semble donc aujourd’hui plus payante que celle d’Apple… au moins sur les volumes.

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