Salesforce.com vise le milliard de dollars de chiffre d’affaires en France

L’entreprise s’offre un datacenter dans le pays et de nouveaux locaux à Paris. Signe d’un appétit insatiable pour le marché français où il réalise aujourd’hui 200 millions d’euros ?

Marc Benioff bombe le torse. Il arpente les allées de la salle bondée du Parc des Expositions, immergé au milieu des 6.000 participants venu écouter sa bonne parole. Le PDG de Salesforce vient de passer un mois en France pour assister aux commémorations du débarquement en Normandie et pour dialoguer avec des décideurs économiques, ses clients et ses amis français (dont le PDG de Publicis Maurice Levy, également présent). Et, bien sûr, pour animer personnellement la session principale de la 6ème édition parisienne du Salesforce World Tour.

Au menu de son intervention : des démonstrations qui confirment une diversification stratégique vers l’Internet des Objets. Un retour sur Salesforce1 (la plateforme et l’application). Et des investissements en France, pays dont Marc Benioff ne cesse de répéter qu’il « l’aime ».

Un accord concrétisé avec Philips pour lancer l’assaut sur « l’Internet des Clients »

Salesforce.com est avant tout un CRM en mode Cloud. Mais il s’agit aussi d’une plateforme qui fait tourner ce CRM. C’est cette infrastructure qui est au cœur d’un nouvel objectif pour Marc Benioff : devenir l’épine dorsale sur laquelle s’appuiera l’Internet des Objets.

« La diversification stratégique a été annoncée il y a 6 mois environ, au Dreamforce 2013 à San Francisco », confirme Guillaume Roques, Responsable des Relations Développeurs EMEA. Depuis cette date, des équipes ont travaillé sur des preuves de faisabilité avec des objets connectés maison. Mais c’est l’accord avec Philips annoncé cette semaine en préambule de la session de Marc Benioff qui marque industriellement « la première retombée qui concrétisent cette stratégie ».

Le constructeur hollandais a en effet choisi Salesforce1 comme PaaS pour rapatrier et ajouter une valeur métier aux données générées par ses appareils connectés. « A chaque fois que vous achetez un produit Philips, un compte utilisateur est créé. Cela va se généraliser », explique le PDG de Salesforce.com, « mais derrière chaque objet, derrière chaque connexion Internet, il y a un client ». Pour lui, cette activité s’inscrit donc dans la continuité logique du CRM. « On parle d’Internet of Things, voire d’Internet of Everything. Mais pour nous, le client est au cœur de l’univers. Nous, nous parlons d’Internet des Clients (Internet of Costumers) ».

Indépendamment de ce nouveau débouché, la plateforme SalesForce1 connaitrait « une adoption formidable » d’après Alexandre Dayon, le français à la tête des Services Cloud de la société. Rappelons au passage que Salesforce1 désigne en fait plusieurs produits distincts.

D’un côté, « Salesforce1 Plateform » qui regroupe un PaaS complet - avec Force.com, Heroku et ExcatTarget Fuel - des services SaaS (pour la vente, le marketing, le suivi de parcours clients et la relation client) et un réseau social (« Salesforce1 Communities ») qui s’appuient tous sur ce PaaS.

De l’autre, « Salesforce1 Mobile App », l’application personnalisable qui permet de se connecter à la plateforme et de travailler depuis des terminaux nomades.

Summer 2014 : une mise à jour de Salesforce1 annoncée pour juillet

Cloud oblige, Salesforce met régulièrement à jour sa plateforme. « La prochaine version arrivera en juillet », annonce pour l’occasion Alexandre Dayon. Les nouveautés de cette mouture, baptisée « Summer 2014 », s’articule autour de trois axes.

Elle sera plus analytique dans le sens où elle permettra de descendre plus en profondeur vers les données brutes qu’utilisent les outils de Salesforce.com.

Les applications s’enrichiront d’un mode « hors-ligne » pour travailler sans connexion Internet et synchroniser les changements dès qu’une connexion est à nouveau disponible.

Et enfin deux nouvelles applications pour Windows Phone et BlackBerry 10 viendront s’ajouter à celle déjà sorties pour iOS et Android.

200 millions d’euros en France et plus de 5.000 clients

Déjà classé CRM numéro 1 dans le monde par le Cabinet Gartner, l’ambition de Salesforce et de Marc Benioff est – sembe-t-il – plus grande que jamais sur le marché français.

Dans le monde, l’entreprise aux 14.000 employés revendique 140.000 clients pour un chiffre d’affaires total de 4 milliards de dollars, en progression de 37 % sur un an – mais elle est encore en déficit de 230 millions sur l’année. Quant à l’Europe, elle fait mieux avec «une croissance de + 42 % », se félicite le PDG.

Autres chiffres clefs, donnés par Alexandre Dayon, la communauté SalesForce1 - « Sucess Community », sorte de Facebook professionnel qui rassemble ses utilisateurs – compte 1.1 millions de membres et plus de 1.5 millions de développeurs utiliseraient les outils Salesforce.com.

En France, avec 300 salariés, la filiale a quasiment multiplié par dix ses effectifs en quatre ans. Habituellement Salesforce.com n’en dit pas plus mais exceptionnellement, son PDG a décidé de laisser filtrer deux chiffres dans la presse. Celui du CA de la filiale, qui s’élève donc officiellement à 200 millions d’Euros en 2013. Et celui de sa progression, qui représente un taux de croissance de plus de 50 %.

Côté nombre de clients, les choses restent toutefois confidentielles. Quelques indices, donnés par le Salesforce French User Group, permettent néanmoins une estimation large. Ce groupe d’utilisateurs compte aujourd’hui 500 membres « de la PME de 10 personnes à la multinationale ».

D’après son président Jean-Michel Mougeolle, également DSI de Mikit, l’association a « une très forte marge de progression. Nous n’avons pas la liste officielle des clients de Salesforce mais on peut l’estimer à plusieurs milliers » livre-t-il au MagIT. « Nous ne représentons a priori même pas 10 % de l’ensemble de ces clients français ». Soit au total, et au grand minimum, 5.000 clients.

Comparée aux ordres de grandeurs mondiaux - environ 28.500 dollars facturés par client - l’estimation pour la France semble à peu près cohérente. Avec ce « ticket moyen », 7.000 clients génèreraient en effet les 200 millions de CA de la filiale.

Ce qui est officiel, en revanche, c’est le nombre grandissant de références grands comptes pour Salesforce.com en France. Ont été cités, pêle-mêle, lors des présentations : Air France, ADP, Toyota France, Renault, le Groupe Accor, Schneider Electrics, AXA, LVMH, la SNCF, STEF (le numéro un européen du transport de froid), BNP Paribas, Celio France, ou encore Pernod Ricard.

Un datacenter, du VPN et un objectif d’un milliard de dollars en France

Avec un modèle économique sur abonnement, cette base installée a de quoi rendre confiant Marc Benioff sur le long terme. Le PDG prédit d’ailleurs que sa filiale française sera bientôt « une entreprise à 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires ».

En attendant, Salesforce.com continue de s’implanter. « On investit ici. On s’installe ici. On crée des emplois ici », résume Marc Benioff avec emphase. Un nouveau siège a été inauguré à côté de la Tour Eiffel – un des quartiers les plus chers de la capitale. Plusieurs centaines de postes supplémentaires devraient être créés dans les années à venir dans le pays, c’est en tout cas la promesse faite par le dirigeant. Et un centre de données est actuellement en construction en France pour héberger localement les données des clients hexagonaux.

Un datacenter qui ne changera rien au Patriot Act mais qui permettra par exemple à Orange de proposer des VPN vers la future infrastructure et d’intégrer les applications de Salesforce.com dans sa Business VPN Gallerie. Une offre qui devrait se concrétiser « d’ici la fin de l’année » espère Thierry Bonhomme, Directeur Exécutif d’Orange Business Services.

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