Cet article fait partie de notre guide: Salaires et compétences IT : quelles sont les tendances

Salaires IT : où sont les marges de négociation ?

Dans une fourchette de salaires resserrée, la fonction informatique joue néanmoins la carte de l'individualisation. Mais pas pour les jeunes diplômés.

De 27 000 euros à 47 000 euros : c'est la fourchette de salaires (brut annuel) dans laquelle se situent 80 % des embauches en informatique, selon l'étude Apec publiée mi-septembre. Plus que par le salaire moyen à l'embauche (36 000 euros pour les informaticiens en 2013,  37 000 euros pour les cadres de toutes professions confondues), c'est en effet par le resserrement de cette fourchette que se distingue la fonction informatique.

Tout se tient. Si 50 % des embauches IT se font sous 34 000 euros (salaire d'embauche median), sur une fourchette beaucoup plus resserrée (de 27 à 34 k€) que pour les autres professions, c'est que l'IT recrute plus de jeunes diplômés. D'autant plus que, la conjoncture jouant, les ESN (ex-SSII) ont ouvert un peu plus les vannes vers les débutants (23% des embauches en 2013, 19% en 2012), tout en continuant à marquer leur préférence pour la catégorie jeunes cadres (jusque 5 ans d'expérience) (47% des embauches).

 

 

L'étude Apec prend soin de distinguer le cas des ESN (salaire d'embauche moyen : 35 k€). Et souligne notamment la baisse du salaire plancher dans cette filière (28 k€ en 2010, 23 k€ en 2012, 22 k€ en 2013), tout en notant que « les conditions d'embauche des jeunes diplômés informaticiens dans les ESN ne diffèrent pas de celles des autres jeunes diplômés ».

Plus on avance dans la carrière, plus la fourchette s'élargit (en toute logique). De même que les possibilités d'ajuster à la hausse le salaire d'embauche ou de négocier une augmentation pour les cadres en poste. (Nous y reviendrons). Mais toutes proportions gardées, cependant. Car en 2014, comme l'an dernier, les enveloppes dédiées (à l'embauche et/ou aux augmentations globales ou individuelles pour ceux déjà en poste) semblent orientées vers une contraction généralisée.

Augmentations de salaires individualisées

D'abord le contexte. En 2013, pas de progression de salaires pour une majorité d'informaticiens (52%), alors que 40% d'entre eux ont vu leur rémunération progresser. Les métiers relevant de l'informatique web, internet, multimedia ont été les moins bien lotis (progression dans 34% des cas, stabilité pour 58%). A l'inverse, les cadres de l'informatique industrielle ont plus fréquemment bénéficié d'une progression (dans 49% des cas), de même que les cadres de direction IT (47%).

Dans 97% des cas, pour la fonction informatique, les augmentations de salaires ont été individualisées (19% des entreprises ont aussi procédé à des augmentations collectives pour cette fonction). Ce qui distingue là encore l'IT , alors que pour l'ensemble des professions, le taux d'individualisation est de 89%.

Cette personnalisation des rémunérations, particulièrement marquée en informatique, est justifiée principalement par le maintien de la motivation des salariés (35%) et par le souci de rester compétitif (32%) sur un marché de l'emploi et de l'embauche relativement transparent. En effet, qu'il s'agisse des salaires pratiqués, des critères d'augmentation, des avantages sociaux et autres éléments de rémunération, la fonction informatique est (avec la fonction finances) de celles qui recueillent le meilleurs taux d'opinion favorable (47%) quant à la communication des entreprises au sujet des rémunérations. Bien qu'il y ait encore des marges de progression (pas de communication dans 39% des cas, ou mauvaise communication dans 14% des cas).

Statu quo en 2014

Pour 2014, c'est le statu quo confirmé. Moins d'une entreprise sur cinq (17%) prévoit une évolution à la hausse de l'enveloppe globale des augmentations de salaires (fixe ou variable, collectives et individuelles). Pour les informaticiens, le taux est de 21%.  D'après 44% de leurs employeur, l'enveloppe sera à l'identique, voire même revue à la baisse près d'une fois sur quatre (23%).

Statu quo également pour les salaires à l'embauche, pour une entreprise sur deux, tous cadres confondus, deux sur trois pour la fonction informatique. Dans 15% des cas seulement, le salaire d'embauche de cadres informaticiens est envisagé à la hausse en 2014 par rapport à 2013. Ce qui rejoint les observations des cabinets de recrutement (progression globale de moins d'un point au dessus de l'inflation) .

Une marge de négociation non négligeable...

Pour autant, au sein de ce statu quo, ajuster le tir reste pratique courante. Plus fréquente même qu'en 2012. Tous métiers confondus, une fois sur trois, le salaire à l'embauche se situe dans la fourchette définie en amont du recrutement. Mais il est plus fréquemment revu à la hausse (dans 39% des cas) qu'à la baisse dans 29% des cas. Le principal critère d'ajustement à la hausse relevant du degré d'expérience du candidat. A l'opposé, le contexte de négociation s'est  nettement durci pour les jeunes diplômés.

 

 

Quid des informaticiens ? L'ajustement est plus fréquent à la baisse (38%) qu'à la hausse (33%). Là encore, on peut attribuer cette spécificité au fait que l'informatique recrute plus jeune que les autres fonctions. Selon l'étude Apec, les métiers de l'informatique web (à la différence des autres catégories, informatique de gestion, informatique industrielle, systèmes et réseaux) sont  particulièrement concernés : près d'un recrutement sur deux dans cette catégorie se fait avec un salaire revu à la baisse. Et pourtant, la marge de négociation est encore non négligeable. Spécificité des tensions du marché de l'emploi oblige (mis à part le cas particulier des commerciaux), c'est en informatique que l'on rencontre le plus de cas d'une marge de négociation à l'embauche supérieure à 11 k€ (36%) ou comprise entre 7 et 10 k€ (25% des cas).

… mais recul du salaire minima des jeunes recrues

Les arbitrages effectués par les ESN (employeurs majoritaires sur le marché de l'emploi informatique) sont pour beaucoup dans ce constat de statu quo global qui laisse néanmoins place à des exceptions notables. Dans une enveloppe globale en quasi-stagnation (salaire moyen à 35 k€), la tendance la plus marquée, selon l'Apec, est le recul important des salaires minima des jeunes recrues (salaire plancher : 22000 euros).  En revanche, pour les cadres expérimentés, la fourchette de salaires s'est rétrécie, du fait de recrutements moins fréquents (30% des embauches), mais avec un minima un peu plus élevé (36 k€) qu'en 2012 (30 k€). Tous âges et niveau d'expérience confondus, ce sont les métiers des systèmes-réseaux-données pour lesquels la borne inférieure est la plus basse et la fourchette des salaires pratiqués la plus étendue (de 23 à 43 k€ pour 80% des salaires).

Au total, la marge de négociation s'est rétrécie. D'une part, on a serré la vis sur les éléments complémentaires de la rémunération (prime, participation, abondement d'épargne, voiture, etc). Près d'une embauche sur trois (31%) s'est conclue sans aucun de ces compléments. D'autre part, dans huit cas sur dix, les rémunérations sont restées conformes à celles envisagées par les recruteurs. « Les sociétés de service ne se permettent pas de dérapage par rapport à la tendance générale, au risque de ne plus être compétitives dans un contexte hautement concurrentiel », commente l'étude Apec.

Négociation à la hausse pour les cadres expérimentés

Néanmoins, 20% des embauches de cadres expérimentés se font à un tarif supérieur à ce qui était prévu. L'expérience et la difficulté à trouver le profil recherché sont – en toute logique – les principaux critères d'ajustement à la hausse, loin devant l'alignement sur la réalité du marché ou la capacité à négocier du candidat. Exemple relevé par l'Apec auprès des ESN : un cadre plus expérimenté que prévu pour le poste ouvert a deux fois plus de chance d'être mieux rémunéré que prévu, par rapport à celui dont le niveau d'expérience est conforme à l'exigence prévue, et quatre fois plus de chance que celui dont le bagage est sous-dimensionné. Dans la même lignée, le diplôme pèse beaucoup moins que l'expérience dans l'arbitrage global des ESN. Il est vrai que dans huit cas sur dix, le niveau de diplôme du recruté est conforme à ce qui était attendu.

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