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Copernicus DIAS : quatre consortiums se partagent l’exploitation des images satellites de l’ESA

L'Agence Spatiale Européenne veut promouvoir les usages en Europe de l'imagerie satellitaire. Quatre consortiums sont désormais sur les rangs pour commercialiser les images des satellites Sentinel sur le Cloud d'ici l'été 2018.

Un premier étage de Copernicus a été allumé.  L'objectif de ce vaste projet a été de créer en Europe un écosystème et un marché autour de l'exploitation des données générées par les satellites mis en orbite par l'Europe ces dernières années. En lançant le projet, la Commission européenne, via l'ESA (European Space Agency – Agence Spatiale Européenne), a décidé d'y associer des industriels afin de construire un écosystème autour des données collectées par ses satellites Sentinel. Avec à l’esprit, développer des usages. D'énormes investissements ont été réalisés pour mettre en place cette infrastructure satellitaire qui génère un gisement de données qui reste à exploiter.

Orange Cloud for Business face à T-Systems, OVH et CloudFerro

Une première étape de cette démarche a été de désigner les industriels qui vont mettre à disposition ces données via un Cloud public. C’est le projet Copernicus DIAS pour (Data and Information Access Services), qui a officiellement pris forme en décembre dernier. Quatre consortiums ont été désignés afin de proposer des services Cloud à partir de ces données : le Britannique Serco s'est allié à OVH face à un duo polonais Creotech Instruments / CloudFerro, Atos intégration a pour sa part misé sur le Cloud de T-Systems tandis qu'Airbus Defence and Space s'est allié à Orange Business Services.

A l'occasion de la cérémonie officielle de signature des 4 contrats, Philippe Brunet, directeur de la stratégie spatiale de la Commission européenne soulignait : « C'est une date clé pour le programme Copernicus. Nous lançons le processus qui va porter le marché des services liés à l'observation de la terre à un autre niveau, au travers du développement de services d'accès et de traitement dans le Cloud. » Outre les 4 services Copernicus DIAS, un Cloud dédié à la météo va être lancé en parallèle par EUMETSAT. Mais là où ce dernier privilégie un Cloud privé basé sur une infrastructure privée, Copernicus DIAS mise sur des infrastructures Cloud public existantes.

Philippe Laplane, Directeur Général d’Orange Cloud for Business explique la raison de cette alliance avec Airbus DS sur ce projet : « Nous avons choisi de nous allier à Airbus DS afin de créer ce backoffice qui permettra de stocker toutes ces données satellitaires, mais aussi de mettre à disposition au même endroit une puissance de calcul qui permettra d'exploiter ces données. Cette association d'un acteur du digital comme Orange qui sait fournir de la puissance de traitement et du stockage dans le Cloud, et d'un expert du spatial - Airbus construit plusieurs des satellites Sentinel - et des outils de traitement d’images, fut un différenciant pour notre proposition. Cela est notamment clé pour verticaliser les offres car DIAS n'est que la première étape. »

10 Po de données supplémentaires à stocker chaque année

Depuis décembre 2017, les 4 consortiums sont en compétition, chacun devant bâtir un Cloud afin de proposer les données de Copernicus sur le marché, avec la fin du deuxième trimestre 2018 comme deadline. L'ESA assure le financement sur les 4 premières années d'hébergement des données, avec l'espoir que ces DIAS soient viables à l'issue de cette période et que chaque acteur pourra alors générer une activité commerciale suffisante pour rendre ces Cloud autofinancés.

Si chaque projet repose sur la même source de données (les satellites Sentinel de l'ESA), chaque consortium va devoir se différencier par ses offres commerciales et ses SLA. Cela dit, le cadre de départ de cette compétition est rigide car chacun d'eux doit être compatible avec les normes de l'Open Geospatial Consortium (OGC). Ce consortium réunit toutes les grandes agences spatiales, dont l'ESA, et édicte les normes internationales du secteur.

Autre point-clé de l'appel à propositions de l'ESA : la mise en œuvre de plateformes et couches logicielles Open Source reconnues. Alain Bouquet, IT Outsourcing Business Partner chez OBS souligne : « Au travers de notre offre Flexible Engine, Orange s'inscrit totalement dans les normes Open Source du marché, notamment OpenStack. Nous n'imposons pas de norme propriétaire et c'était clairement un des atouts de notre proposition lors de cet appel d'offres. » En l'occurrence, le portail Copernicus d'Orange et Airbus sera hébergé dans les deux datacenters français de l'opérateur.

Autre contrainte forte du projet, la capacité de l'opérateur de Cloud à stocker et manipuler de gros volumes de données. Actuellement, le portail Copernicus Open Access Hub géré par l'ESA propose plus de 5,7 millions de "produits" (fichiers images), soit 45,1 Po de données en ligne. Mais l'arrivée de nouveaux satellites plus performants ne fait qu'accroitre les volumes de données à stocker. « En termes de volumétrie, Copernicus est le troisième plus gros fournisseur de données au monde », précise Alain Bouquet. « Ce sont ainsi 10 Po de données qui viennent s'ajouter par an, uniquement dans le cadre de Copernicus. Si on vient y ajouter la possibilité de réaliser une cross-fertilisation avec d'autres données métiers, seul un Cloud public de dimension internationale peut faire face à une telle masse de données. En parallèle, il faudra fournir une puissance de calcul conséquente pour faire face aux besoins des scientifiques qui vont travailler sur ces données. Aujourd'hui, ce sont 450 entreprises européennes qui travaillent sur les données Copernicus. »

Objectif des consortiums : Devenir le "one-stop shop" des données Copernicus

L'objectif de Copernicus DIAS va bien au-delà du simple service de téléchargement des données satellites du programme Copernicus, comme le souligne Philippe Laplane : « Au-delà de la seule fourniture de l'infrastructure technique du DIAS, Orange et Airbus vont s'impliquer afin de créer en Europe un écosystème industriel, une industrie liée à la valorisation de ces données issues de l'imagerie satellitaire et couplées à d'autres sources de données afin que des éditeurs, des startups créent des applications en frontal du back office DIAS. »

Les deux partenaires veulent offrir une plateforme Cloud complète aux utilisateurs et développeurs d'applications géospatiales, avec un portail qui permettra de parcourir un catalogue d'images satellites, le support des API WMS pour la distribution de données et WPS pour les traitements, mais aussi une bibliothèque d'algorithmes métiers. L'utilisateur va sélectionner les images et les algorithmes, et créer en quelques clics son application Cloud. Il peut éventuellement croiser ces informations avec des données tierces qu'il pourra télécharger sur le site et exécuter les traitements sur la plateforme elle-même, sans avoir à transférer les données d'un Cloud à un autre.

Alain Bouquet souligne : « Nous allons proposer une suite OpenStack pour les partenaires qui souhaiteront développer des applications bâties sur les données DIAS. Nous proposerons aussi une approche plus "DevOps", en proposant Kubernetes et BOSH. Kubernetes permettra d'automatiser les déploiements et la montée en charge, tandis que BOSH permettra à nos clients de réaliser un contrôle du versioning et une gestion du cycle de vie des services qui seront portés par la plateforme. »

Le contrat a été signé le 14 décembre sachant qu'OBS et Airbus ont démarré la phase de conception dès le mois de septembre 2017. Le contrat comprend 6 mois de phase Build pendant laquelle les 4 consortiums doivent mettre en place le Cloud qui va accueillir les données et mettre en place le portail d'accès aux données et les API. Les services doivent être ouverts pendant l'été 2018 au plus tard.

 

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