Cet article fait partie de notre guide: Augmenter l’accès aux applications grâce au SD-WAN

La stratégie de Bouygues pour séduire les entreprises

Pas question de s’éparpiller comme le fait son concurrent Orange. L’opérateur n’investira que sur la fibre FTTO, les communications mobiles indoor et le SD-WAN. Une stratégie qui avait été payante pour la 4G.

Bouygues Telecom entend séduire 10 % des PME d’ici à la fin de l’année, alors que moins de 5 % d’entre elles sont actuellement ses clientes. Cette ambition est portée par le rachat, coup sur coup, de deux opérateurs spécialisés, Keyyo et Nerim. Sur le marché B2B dans sa globalité, il entend assurer une progression de son CA annuel de 20 à 30 % dans les lignes fixes et de 10 % dans les lignes mobiles.

Sa stratégie consiste à multiplier les investissements sur des couches technologiques bien précises : les fibres FTTO pour les accès des professionnels, les solutions de connectivité mobiles dites indoor pour les communications vocales et le SD-WAN pour désengorger les systèmes d’information.

SD-WAN ou la modernisation du réseau d'entreprise

Selon les experts, la technologie promet de multiples bénéfices parmi lesquels une plus grande simplicité et plus d’agilité, une résilience accrue aux pannes, des performances applicatives améliorées ainsi qu’une substantielle réduction des coûts du WAN. Dans ce guide essentiel, LeMagIT fait le point sur la technologie, ses bénéfices et sur les transformations actuellement en cours sur le marché du SD-WAN.

« Il est hors de question d’éparpiller notre activité en prétendant faire des choses aussi éloignées de notre cœur de métier que le Big Data ou de la cybersécurité », lance Emmanuel Micol, Directeur des marché B2B chez Bouygues Telecom Entreprises, en référence à la démultiplication récente des spécialités chez son concurrent Orange Business Services.

« En investissant énormément dans la 4G, nous avons réussi à devenir le premier opérateur mobile en zone rurale et le second en zone urbaine, juste derrière l’opérateur historique. Sur le marché des entreprises, nous sommes en revanche No 3. Nous comptons donc rattraper notre retard avec la même stratégie d’investissement chirurgical. »

Selon ses chiffres, le marché des télécoms pour les professionnels pèse en France 9 Md€ par an. Dans le détail, les indépendants et les professions libérales représentent ensemble 1,6 Md€, tandis que les TPE et PME achèteraient pour 3,4 Md€ de lignes, fixes ou mobiles, et de services.

La promesse : près de 90 % des entreprises reliées à la fibre d’ici à trois ans

Bouygues Telecom ne communique pas la valeur de son investissement dans la fibre, mais indique que celui-ci devrait lui permettre de couvrir entre 80 et 90 % des sites professionnels d’ici à 2022.

« Il y a encore deux ans, la fibre était absente de notre catalogue. Désormais, nous profitons du déploiement de la fibre FTTH pour les particuliers ainsi que de la fibre des antennes 5G pour installer à chaque fois des fibres FTTO surnuméraires. Nous réalisons ainsi une économie d’échelle qui devrait permettre à toutes les entreprises d’avoir un accès fibr, et que celle-ci ne soit plus un luxe. D’ici à la fin de l’année, nous couvrirons déjà 1200 communes, 13 départements et les 11 principales agglomérations françaises » détaille Emmanuel Micol.

Outre l’infrastructure, le rachat des opérateurs virtuels Nerim et Keyyo, respectivement acquis les 21 février et 15 avril derniers, devrait lui permettre de faire automatiquement grimper à 77.000 le nombre des TPE/PME abonnées à ses lignes fixes/data, contre un peu moins de 40.000 à l’heure actuelle.  

« En plus de leurs clients respectifs, Keyyo et Nerim nous apportent également des savoir-faire. Le premier dans les plateformes de communications unifiées sur IP et le second dans l’hébergement de services », indique le directeur des marchés B2B.

Plus précisément, l’infrastructure de Nerim devrait surtout servir à héberger les PABX et autres fonctions réseau commercialisés aux PME. Il n’est en revanche pas question de déployer une activité de cloud privé, alors que c’est l’un des buts que poursuivait Bouygues Télécom en 2014.

« Le cloud ne sert pas notre stratégie de nous concentrer sur l’essentiel. Nous avons rapidement abandonné ces projets à cause des économies d’échelle très complexes à réaliser. En effet, les hébergeurs de cloud ont vocation à adresser une clientèle mondiale, alors que notre modèle consiste à investir dans des infrastructures locales qui servent des entreprises locales. Nous réfléchissons néanmoins sur nos possibilités d’accompagnement des entreprises en cloud. C’est une question qui reste pour l’heure ouverte. »

Communications unifiées et équipements mobiles indoor pour remplacer la téléphonie fixe

Concernant Nerim, Emmanuel Micol précise que les communications unifiées sur IP vont prendre une importance capitale dans les TPE suite à l’abandon par Orange du réseau téléphonique RTC historique aux alentours de 2023.

Mais l’autre axe de développement autour de la voix est celui des communications mobiles Indoor : « nous pensons que la téléphonie fixe est morte en entreprises. Les nouvelles générations, qui représenteront 50 % des salariés en 2024, sont habituées aux portables et ne se servent pas des combinés que l’on peut mettre sur leur bureau. Il est donc pertinent de les équiper de moyens de communication qui non seulement assurent la connexion de leurs mobiles dans une enceinte, mais qui leur permet aussi de mieux collaborer. »

L’un des premiers besoins que Bouygues Telecom Entreprises devrait adresser concerne la grande distribution. « Les projets sur lesquels nous travaillons consistent à inscrire les vendeurs d’un magasin au groupe de leurs rayons respectifs sur un logiciel collaboratif. Ainsi, à chaque fois qu’une demande d’un client ou d’une caissière est émise, tous les vendeurs concernés reçoivent une alerte et le premier disponible répond, sans même avoir besoin de se déplacer. Pour les enseignes, ce projet doit représenter des gains de productivité conséquents. »

Si les solutions de Nerim suffisent à des petits groupes de travail, Bouygues Telecom propose plutôt les outils collaboratifs de Broadsoft (Cisco) aux grands comptes.  

Ces chantiers de communications Indoor supposent par ailleurs des équipements qui diffusent un réseau mobile dans les bâtiments. En la matière, Bouygues Telecom revendique disposer à présent du catalogue le plus complet, avec des bornes FemtoCell et PicoCell pour la 3G (respectivement sur 100 et 5000 m2), Cel-Fi pour répéter le signal 3G/4G extérieur en Wifi à l’intérieur, voire DAS pour une antenne 4G complète.

« Ces projets demandent de l’accompagnement, que ce soit pour configurer la téléphonie sur IP auprès des TPE, comme pour auditer la faisabilité d’une téléphonie Wifi chez les enseignes. Nous avons donc recruté des experts, ce qui a fait passer notre effectif de 900 à 2000 personnes en deux ans », précise Emmanuel Micol.

L’année 1 du SD-WAN

Troisième et dernier axe de développement, le SD-WAN est présenté par Bouygues Telecom comme un moyen de désengorger les SI. Pour l’opérateur il s’agit d’adresser la problématique de connexion des sites distants avec une approche télécom, bien plus adaptée aux problématiques des entreprises que l’approche informatique des ESN, actuellement très actives sur le sujet.

« Le SD-WAN simplifie le déploiement des SI hybrides, à cheval entre des applications SaaS en cloud, des applications métier situées au datacenter du siège et un besoin de connectivité à Internet depuis les sites distants. Il résout les problèmes de dégradation des services en identifiant automatiquement les types de flux et, par exemple, utiliser la bande passante d’autres canaux pour la voix quand celui qui lui a été dédié ne suffit pas. Pour ce faire, il suffit de le configurer avec des règles de qualité de service que nous maîtrisons. »

« Autre exemple de l’utilité de notre savoir-faire, celui de l’industriel Colas qui exploite de nombreuses carrières et depuis lesquelles ses salariés ont besoin d’utiliser des applications métier. Sur de tels chantiers, la problématique est d’obtenir du haut débit alors qu’ils n’accèdent qu’à la 4G. Avec le SD-WAN, nous pouvons leur proposer d’agréger notre connexion 4G à celles de nos concurrents. »

Le SD-WAN permettrait à Bouygues Telecom d’accompagner déjà plusieurs banques dans leur transformation. « Jusqu’à présent, nous n’étions sollicités que sur des POC. Mais en 2019, les projets démarrent véritablement. Je pense que le SD-WAN sera majoritaire par rapport aux lignes spécialisées d’ici à 2022 », indique Emmanuel Micol.

Précisons que l’opérateur travaille avec plusieurs fournisseurs d’équipements SD-WAN. Versa Networks est associé aux projets de plus haut niveau, du fait de la richesse de fonctions dans ses boîtiers, notamment en termes de sécurité avec l’intégration possible des logiciels Fortinet. Les équipements très simples de Meraki (filiale de Cisco) sont plutôt déployés dans la distribution, c’est-à-dire pour des contrats à grande échelle mais avec peu de compétences sur site. Dans ce cas, Bouygues Telecom sous-traite toute l’installation à l’intégrateur NXO.

Enfin, c’est une nouvelle fois Keyyo qui devrait être impliqué sur les projets en TPE/PME puisqu’il avait lui-même racheté Clever Networks, l’éditeur d’une solution SD-Wan/VPN logicielle, en 2017.

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