En le déclarant persona non grata, les Etats-Unis frappent violemment Huawei

Et pas uniquement. Le constructeur va être affecté, mais plus son bannissement durera, plus les conséquences pourraient être importantes pour plusieurs industries.

La décision du gouvernement américain à l’encontre du groupe chinois pourrait bien ne pas tarder à avoir de lourdes répercussions sur Huawei. Dans un message publié sur Twitter, les équipes chargées d’Android chez Google expliquent ainsi se conformer immédiatement à la décision du gouvernement, avec une nuance : cela ne vaut pas pour les terminaux Android signés Huawei déjà commercialisés. Pas d’inquiétude, donc, en théorie, pour les clients actuels du constructeur à travers le monde. Pour les autres, c’est une toute autre histoire.

Car en pratique, Huawei a perdu le droit de préinstaller les Google Mobiles Services sur ses terminaux mobiles – ce qui recouvre notamment les applications du géant du Web et les services liés à son supermarché applicatif. Certains sont tentés d’y voir une bonne nouvelle pour Huawei, à l’instar de Stéphane Bortzmeyer : « ils vont être obligés de se dégoogliser, ce qui est bon pour eux et pour leurs utilisateurs ».

Ironie du calendrier, le projet /e/, qui vise justement à la création d’un Android dépouillé de Google, vient tout récemment de livrer ses premières bêta pour une série de smartphones. Sur Twitter, Gaël Duval, initiateur du projet, pose d’ailleurs une question qui a tous les airs d’une invitation : « Est-ce que Huawei va passer à /e/ OS ? »

Et ce n’est pas forcément saugrenu. Car dans la pratique, développer son propre système d’exploitation, même en partant de la base open source d’Android, l’AOSP, n’est pas forcément trivial. Le français Famoco le fait, certes, mais pour une approche fortement centrée métiers et B2B. Un développeur de terminaux AOSP pour le monde B2B souligne d’ailleurs l’un des défis : « de nombreuses intégrations tierces ne fonctionnent pas sans les services Play ». Le chercheur en sécurité français Elliot Anderson, le souligne également : l’AOSP « est super mega giga dépendant des Google Apps […] Utilisez-vous une version [pure] de l’AOSP ? Je le fais, et ça craint ». Et comme il le relève dans le détail, les développeurs utilisent les API des services Play et non pas de l’AOSP : « si vous n’avez pas les services Play, qu’est-ce qui se passe ? L’application ne fonctionne pas ».

Dans cette perspective, la fermeture du robinet des applications Google et de ses services Play apparaît comme un coup d’une rare violence pour les activités de Huawei hors de Chine et sur de nombreux segments de marché. Et cela quand bien même si le constructeur travaille à ses propres systèmes d’exploitation. Car en fait, la réalité commerciale est simple : « les gens achètent des smartphones Android pour utiliser les applications Google ». Mais ce coup dur n’est pas le seul.

Huawei a également besoin de composants électroniques pour ses produits. Selon Bloomberg, le constructeur a d’ailleurs multiplié les stocks au cours des derniers mois en prévision d’une éventuelle mesure d’interdiction comme celle dont il fait désormais l’objet. Et bien semble lui avoir pris : nos confrères indiquent qu’Intel, Qualcomm, Xilinx ou encore Broadcom, « ont informé leurs employés qu’ils ne fourniront plus Huawei jusqu’à nouvel ordre ». Cela vaut également pour l’Allemand Infineon.

Le coup porté par l’administration américaine à Huawei, sur fond de bras de fer commercial entre les deux rives du Pacifique, pourrait bien avoir aussi des victimes collatérales aux Etats-Unis. Ainsi, comme le relèvent nos confrères du Nikkei, Huawei achète pour environ 67 Md$ de composants par an, dont à peu près 11 Md$ aux Etats-Unis. Plus loin, le déploiement de réseaux 5G dans le monde entier pourrait être ralenti.

Surtout, se pose aujourd’hui la question de la manière dont la Maison Blanche pourrait raisonnablement faire marche arrière après avoir porté de telles accusations – sans apporter de preuves pour les étayer – et avoir pris de telles mesures, dans le cas où des discussions commerciales apaisées reprendraient avec Pékin.

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