Cloud : Capgemini va aider Airbus à transformer sa Digital Workplace

L’ESN annonce un « projet d’envergure », dans un communiqué laconique, sur un sujet sensible depuis la décision d’Airbus de passer en 2018 à des outils cloud américains. Le tout dans un contexte polémique et de guerre économique.

Cet article est extrait d'un de nos magazines. Téléchargez gratuitement ce numéro de : Applications & Données: ERP : faut-il passer au cloud ?

Comme souvent depuis qu’Airbus a pris la décision en 2018 de passer aux outils collaboratifs cloud de Google (Google Suite devenu Google Workspace), la dernière annonce en date concernant ces outils – annonce qui ne vient pas d’Airbus, mais d’un de ses partenaires – a été faite en soupesant chaque mot. Le résultat est laconique. Il tient sur deux paragraphes et aucun nom d’éditeur n’est cité.

Le 11 mai 2021, Capgemini a donc fait savoir qu’il avait signé un contrat de cinq ans avec l’avionneur pour « l’accompagner dans la refonte de son poste de travail collaboratif au niveau mondial ».

L’accompagnement et la refonte du « Digital Workplace » d’Airbus concerneront à la fois les « méthodes de travail » et « les outils ».

Un projet « cloud first » et de « grande envergure »

Quels outils concrètement ? Capgemini en dresse une courte liste.

« Sur le plan technologique, Capgemini va intervenir sur les services de publication et de partage en ligne, sur les outils de collaboration et de productivité, sur les services de messagerie, sur le partage des fichiers, sur la messagerie instantanée, sur la visioconférence, et sur les services de téléphonie numérique ». Le gros du champ d’action inclut donc bien Gmail, Google Drive, Google Docs et autres Google Meet, même s’ils ne sont pas cités explicitement.

Contacté par LeMagIT, Capgemini précise que cette « transformation » consistera dans le fait d’« apporter son savoir-faire en combinant […] l’évolution des anciens modèles on-prem vers un modèle cloud first [et] la transformation des usages (accompagnement et gestion du changement) ».

Certaines briques du « Digital Workplace » étaient encore sur site et seront, elles aussi, migrées sur le cloud. Mais l’ESN ne tient pas à préciser lesquelles.

« Il s’agit de migrer vers les nouvelles plateformes technologiques retenues par Airbus sur chacune des composantes du périmètre. »
Capgemini

Vers quel cloud seront-elles migrées ? « Vers les nouvelles plateformes technologiques retenues par Airbus sur chacune des composantes du périmètre », répond Capgemini qui n’en dira pas plus sur ces plateformes. « Cette migration a la particularité d’embrasser l’ensemble des collaborateurs Airbus Group : Commercial Aircraft, Helicopters et Defence&Space », se contente d’ajouter un porte-parole de l’ESN.

« Plusieurs technologies sont concernées et donc plusieurs acteurs. La séparation se fait par périmètre technique », ajoute l’ESN. « À titre d’exemple, la partie téléphonie se distingue de la partie messagerie, etc. ».

Nive Bhagat, Directrice des services Cloud & Infrastructure se félicite pour sa part que « la capacité à traiter ce projet de bout en bout – depuis le cadrage stratégique jusqu’à la transformation opérationnelle, en intégrant les nouvelles technologies et le cloud – [ait] fait la différence ».

Le responsable n’en dira pas plus, à part qu’il s’agit d’un « projet de grande envergure ».

Une décision historique d’un DSI parti chez AWS

Toutes ces précautions de langage s’expliquent en grande partie par l’inquiétude qui a suivi la décision historique d’Airbus, fleuron européen, de placer ses outils de communications internes sur un cloud soumis au droit américain.

Le DSI à l’origine du projet, le Hollandais Luc Hennekens, s’en était expliqué chez nos confrères du Register. Il justifiait alors le choix de passer au cloud – et à Google en particulier – par le fait que le SaaS permettrait de travailler de manière plus moderne et d’organiser de manière plus productive les documents sans reposer sur le mail.

Pour lui, en tout état de cause, la seule alternative possible aurait été Office 365.

Le DSI n’abordait en revanche pas publiquement l’analyse de l’éventuel risque légal que pouvait poser cette décision.

Convaincu par les bienfaits du cloud, le dirigeant européen a depuis rejoint un hyperscaler (AWS). AWS qu’Airbus utilise également.

Du collaboratif cloud ? Oui, mais chiffré (et entravé) pour les données confidentielles

La même année, en juin, lors du Google Cloud Summit 2018 de Paris, Airbus avait néanmoins rompu son silence traditionnel par la voix d’Alan Zaccardelle, son Program Manager for Security.

Celui-ci expliquait que Google assurait la localisation et le suivi strict des mouvements des données. « Ce n’est pas encore officiel, mais on sait que cela va arriver », déclarait-il. L’argument pouvait susciter de l’incrédulité dans la mesure où la localisation ne change strictement rien au risque légal.

En revanche, Alan Zaccardelle révélait qu’Airbus aurait « l’accès aux logs des ingénieurs de Google qui accéderaient à nos données ». Et il ajoutait, comme rapporté par notre confrère de Solutions Numériques, que les données confidentielles (propriété industrielle, données commerciales liées à des intérêts économiques et la partie militaire) resteraient en interne.

Si des données confidentielles devaient tout de même transiter par le cloud, elles seraient alors chiffrées en amont par Airbus… mais en rendant au passage caduques les fonctionnalités collaboratives vantées par Luc Hennekens.

Enfin, précisait Alan Zaccardelle, d’autres données n’iraient tout simplement pas sur le cloud. Ces précisions montraient en tout cas qu’Airbus – ou que certains chez Airbus – se préoccupait de ces problématiques de confidentialité liée à la stratégie « Cloud First ».

Capgemini accompagnera Airbus sur le DLP

« Les questions de protections de données sont clés dans un environnement aussi sensible que celui d’Airbus. Capgemini intervient également sur ces aspects. »
Capgemini

Alan Zaccardelle abordait au passage un point clé : qu’est-ce qu’une donnée confidentielle ? Laquelle serait éligible au cloud ?

Et avec ou sans chiffrement préalable ?

Cette problématique de classification et de DLP (Data Loss Prevention) évoquée en 2018 est toujours d’actualité aujourd’hui chez Airbus, après la fin de la première étape du projet (la durée initiale prévue pour la migration était de 18 mois).

« Les questions relatives aux protections de données sont inévitablement clé dans un environnement aussi sensible que celui d’Airbus : donc oui, Capgemini intervient également sur ces aspects », répond l’ESN au MagIT.

Un contexte polémique et de guerre économique

Cette migration du « collaboratif » est intervenue dans un contexte à la fois polémique et de guerre économique/géopolitique qui persiste aujourd’hui sous différentes formes.

En novembre 2018, la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) accusait les États-Unis d’espionner Airbus, par exemple via des cabinets d’avocats qui, sous couvert d’audits de conformité, accèdent à des données confidentielles.

En janvier 2020, Airbus avait par ailleurs dû payer une amende de 3,6 milliards de dollars pour des faits présumés de corruption d’un côté, et de l’autre pour des exportations d’armements, contenant des composants américains, sans les autorisations nécessaires (illustration de l’extraterritorialité du droit américain).

L’affaire avait entraîné, avant sa résolution, un remaniement de la direction d’Airbus. Le dirigeant de la branche aviation civile, Fabrice Brégier, avait par exemple dû quitter son poste en février 2018. En septembre, l’X-Mines prenait la direction française de Palantir, l’éditeur de solutions analytique créé avec une participation de la CIA. Palantir qui, en 2017, avait signé un de ses premiers très grands noms en Europe avec… Airbus.

Capgemini reprend donc un dossier dont la courte histoire est déjà bien remplie, et qui dépasse largement l’IT.

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