Storage 30 : Et si on réévaluait l’intérêt du stockage sur site ?

Stocker ses données dans le cloud est la tendance. Pourtant, les baies de disques sur site et les SSD ont encore des avantages exclusifs et connaissent des innovations intéressantes. Ce numéro de Storage fait le point sur les avantages de conserver une partie de son stockage sur site.

Contrepoint : et s’il était sage de freiner ses élans de tout stocker en cloud ? Depuis plusieurs numéros, Storage décrypte les enjeux et les avantages d’aller stocker ses données en cloud. En substance, le cloud est moins cher pour héberger les archives, c’est un endroit depuis lequel on peut faire analyser simplement les contenus par des services d’IA modernes, c’est surtout une première étape très facile à mettre en œuvre pour démarrer des projets de cloud hybride. Oui, mais.

Ce 30ème numéro de Storage démarre sur les cinq raisons qui vont pousser les entreprises à, finalement, rapatrier chez elles ce qu’elles avaient mis en cloud. En effet, le cloud est pratique, mais pas pour tout. Quand les données sont de la matière vivante que les salariés doivent interroger tous les jours depuis leurs PC, la facilité du stockage en cloud, si élastique, se heurte à un inconvénient auquel on ne réfléchit pas assez : il faut payer une taxe aux hébergeurs de cloud pour lire les contenus depuis l’extérieur.

Mais ce n’est pas tout. À postériori, les entreprises se rendent aussi compte que les services en ligne ont de la latence, c’est-à-dire que leurs outils métiers deviennent subitement moins réactifs quand ils accèdent à des données qui ne sont plus sur le réseau interne, si rapide. Il existe aussi une raison que personne n’avait sérieusement envisagée : manifestement, certaines entreprises mettent en cloud des contenus et prennent conscience seulement dans un second temps que ces contenus étaient soumis à des contraintes réglementaires qui nécessitent de les conserver à demeure.

Retours d’expérience : l’IBMP et Cognacq-Jay Image

Il existe aussi des raisons très pratiques de continuer à fonctionner avec des baies de disques sur site. Ce numéro de Storage donne deux exemples. L’institut de Biologie Moléculaire des Plantes à Strasbourg (IBMP), rattaché au CNRS, n’a, comme beaucoup d’autres organismes publics, absolument pas la capacité de s’engager sur le paiement ad-vitam de souscriptions. L’IBMP reçoit de l’état un budget ponctuel pour s’équiper. Il ne sait pas quand on lui en attribuera un autre. Dans ces conditions, s’engager sur un service payable chaque mois à l’usage revient à courir le risque de perdre toutes les données le jour où les caisses sont vides. Mieux vaut donc acheter une bonne fois pour toutes une baie de disques.

Autre exemple, la régie audiovisuelle Cognacq-Jay Image opère des traitements en continu ses données. Les flux sont à ce point tendus et les performances sont à ce point critiques, que la régie a de toute façon fait le choix d’avoir de l’équipement sur site, sans latence. Mais elle a une autre raison, plus profonde, de garder la main sur son infrastructure de stockage : il est vital qu’elle puisse en monitorer les moindres aspects, ce que n’offre pas un service de stockage en ligne. Dans son cas, les problèmes de performances dont elle peut souffrir ne sont pas les goulets d’étranglement auxquels on pense habituellement : au niveau des disques, des contrôleurs, du réseau, etc. Non, ses problèmes de performances sont applicatifs, l’encodage de certains flux pouvant empêcher d’autres traitements, plus prioritaires, de s’exécuter. Et cela ne se voit que lorsque l’on regarde à la loupe les accès vers le stockage.

La composante Edge

Ces considérations nous amènent à réfléchir sur les caractéristiques d’un bon stockage sur site. A commencer par celui de l’informatique de proximité, dite Edge Computing, un marché qui devrait atteindre 12 milliards de dollars cette année et cinq fois plus d’ici à 2028. Cette croissance est principalement due aux objets connectés, à la connectivité 5G et aux systèmes distribués que l'on trouve dans des secteurs aussi divers que l'industrie, la santé, la R&D, pour des cas d’usage comme la surveillance à distance ou les véhicules autonomes. Dans ce domaine, le transfert des données du lieu de production vers le siège n'est pas toujours possible ni souhaitable. Les énormes volumes de données issus des capteurs connectés, de la vidéosurveillance et de tout équipement connecté pourraient très vite saturer la bande passante du réseau. Il est donc essentiel de réfléchir dès à présent aux équipements de stockage à installer.

Dans la majorité des cas, l’informatique de proximité, souvent embarquée, aura besoin des unités de stockage les plus modernes, la plupart du temps des SSD NVMe, très petits, très rapides. Dans ce domaine, des startups planchent sur des innovations fabuleuses. Ce numéro de Storage fait ainsi le point sur ScaleFlux qui ambitionne de proposer des SSD qui intègrent eux-mêmes de la puissance de calcul. Pour faire court : ils permettraient d’embarquer directement dans les unités de stockage des caméras de vidéosurveillance les algorithmes qui filtrent les images, qui discernent uniquement les pixels des visages à reconnaître ou des plaques minéralogiques à identifier. Ainsi, les données envoyées en amont aux logiciels de traitement seraient moins lourdes et la bande passante du réseau – dans la plupart des cas une simple 4G, voire 5G – ne serait jamais saturée.

A l’inverse, Seagate planche sur des disques durs avec une connectivité NVMe. Pour quoi faire ? Tout simplement pour simplifier les baies de disques, pour qu’elles standardisent le NVMe mais offrent toujours la possibilité d’être économiques.

Bref, l’innovation en matière de stockage n’est définitivement pas un domaine exclusivement réservé au cloud.

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