Le processeur HPC européen n’en finit pas de signer les partenariats

Preuve de la viabilité du CPU Rhea, les principaux fabricants de cartes accélératrices s’apprêtent à collaborer avec SiPearl, concepteur de ce processeur complexe à base d’ARM.

Alors que le métacloud européen est sur le pas de tir, c’est un autre projet sponsorisé par l’UE qui avance : celui d’un processeur dédié au HPC (High performance computing) made in Europe. Et même made in France, puisque son design est réalisé par la société SiPearl, à l’origine du projet EPI (European Processor Initiative).

La fabrication du CPU en question, Rhea, a certes pris un peu de retard – elle devait commencer cette année – et débutera l’an prochain, dans les usines TSMC à Taïwan. « C’est le seul qui maîtrise le niveau de gravure qui nous intéresse aujourd’hui, à savoir le 6 nm, avec Samsung », explique Philippe Notton, fondateur de SiPearl.

Le cœur du Rhea repose sur l’architecture ARM Neoverse ; l’EPI est la seule entité à avoir une telle licence en Europe, l’autre détenteur étant AWS pour son processeur Graviton. Il comporte aussi des briques Risc-V pour la sécurité. L’intégration dans Rhea de technologies issues de Kalray, envisagées au départ, n’est plus d’actualité. Mais Kalray est toujours partie prenante dans le projet EPI, son accélérateur de traitement des données (DPU, Data Processing Unit) étant prévu pour pouvoir fonctionner avec le Rhea.

Manque de fournisseurs européens d’accélérateurs

De fait, si Rhea doit servir à la mise au point de calculateurs Exascale pour assurer la souveraineté de l’Europe en matière de HPC, cela n’empêche pas la signature de partenariats avec des entreprises américaines comme Intel, Nvidia, la dernière en date étant AMD.

« Nous développons un CPU et nous devons travailler avec des accélérateurs. Or il n’existe pas à l’heure actuelle de fournisseurs européens dans ce domaine. »
Philippe NottonFondateur de SiPearl

« Nous développons un CPU et nous devons travailler avec des accélérateurs. Or il n’existe pas à l’heure actuelle de fournisseurs européens dans ce domaine. Nous devons donc travailler avec des acteurs américains. Le ticket d’entrée pour développer ce type de composants électroniques est très élevé, ce qui n’est pas à la portée de n’importe quelle startup. Sans compter qu’il faudrait construire une architecture from scratch, alors que pour le Rhea, nous bénéficions des années de R&D d’ARM », justifie Philippe Notton.

 C’est ainsi que SiPearl travaille avec Intel sur l’accélérateur Ponte Vecchio depuis un an, s’appuyant sur l’interface oneAPI. Avec Nvidia, le partenariat porte surtout sur le HPCIA (High performance computing for artificial intelligence). Concernant AMD, la collaboration s’effectuera essentiellement autour du GPU Instinct. Autrement dit, l’EPI se laisse le choix des accélérateurs, pour optimiser les calculs selon les besoins.

Une batterie de tests sophistiqués

Le Rhea, comme tout processeur, nécessite énormément de tests : « Le Rhea est extrêmement complexe, avec plusieurs dizaines de cœurs. Il intègre de la mémoire HBM [High Bandwith Memo-ry] en grande quantité, plusieurs dizaines de Go sur plusieurs canaux », poursuit Philippe Notton.

Des tests fonctionnels sont encore menés, ainsi que des évaluations sur la résistance à la chaleur, lorsque la fréquence augmente. Une partie des tests est effectuée à l’aide de simulateurs purement logiciels, l’autre sur une image du CPU reproduite depuis une ferme de FPGA (Field programmable gate array), fonctionnant au millième de la fréquence finale, pour vérifier par exemple si les cœurs travaillent de concert.

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