Rapid7 met en garde contre les tendances lourdes en matière de vulnérabilités de type zero-day

L’éditeur Rapid7 a suivi les vulnérabilités utilisées par les acteurs de la menace lors d’événements de compromission de masse et a constaté que plus de la moitié d’entre elles ont été exploitées dans un contexte « zero-day ».

Selon une nouvelle Ă©tude de Rapid7, les attaquants ont exploitĂ© l’annĂ©e dernière plus de vulnĂ©rabilitĂ©s de type « zero-day Â» que de vulnĂ©rabilitĂ©s connues au cours de campagnes de menaces gĂ©nĂ©ralisĂ©es.

L’éditeur de solutions de sĂ©curitĂ© vient de publier son « 2024 Attack Intelligence Report Â», qui met en avant des tendances alarmantes en matière de vulnĂ©rabilitĂ©s et de ransomware ayant contribuĂ© aux compromissions massives auxquelles les entreprises ont Ă©tĂ© confrontĂ©es, entre janvier 2023 et la mi-fĂ©vrier de cette annĂ©e. Rapid7 a basĂ© ses recherches sur plus de 210 vulnĂ©rabilitĂ©s divulguĂ©es depuis la fin de l’annĂ©e 2019, dont plus de 60 failles exploitĂ©es au cours de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e.

Les chercheurs de Rapid7 ont dĂ©couvert que les campagnes d’attaques de « compromission massive Â», telles que celles menĂ©es contre le produit MoveIt Transfer de Progress Software et le VPN sĂ©curisĂ© Ivanti Connect, impliquaient davantage l’exploitation de vulnĂ©rabilitĂ©s de type « zero-day Â» que de vulnĂ©rabilitĂ©s connues, ou de type « N-day Â». Ces attaques de type « zero-day Â» ont Ă©tĂ© frĂ©quentes tout au long de l’annĂ©e dernière.

En 2023, pour la deuxième fois en trois ans, davantage d’évĂ©nements de compromission de masse ont dĂ©coulĂ© de vulnĂ©rabilitĂ©s de type « zero-day Â» que de vulnĂ©rabilitĂ©s de type « n-day Â». 53 % des nouvelles vulnĂ©rabilitĂ©s de menace gĂ©nĂ©ralisĂ©e jusqu’au dĂ©but de 2024 ont Ă©tĂ© exploitĂ©es avant que les producteurs de logiciels ne puissent mettre en Ĺ“uvre des correctifs ; un retour au niveau de 2021 de l’exploitation gĂ©nĂ©ralisĂ©e du zero day (52 %), après un lĂ©ger rĂ©pit (43 %) en 2022 Â», peut-on lire dans le rapport.

L’ensemble des données du rapport est basé sur les vulnérabilités qui ont contribué à des événements de compromission de masse. Outre la CVE-2023-34362, que le gang de ransomwares Clop a exploitée contre les clients de MoveIt Transfer, Rapid7 a également documenté une faille d’exécution de code à distance, répertoriée comme CVE-2023-0669, dans le produit de transfert de fichiers géré (MFT) GoAnywhere de Fortra. Clop a également revendiqué la responsabilité de certaines de ces attaques, dont une contre le fournisseur de sauvegarde de données Rubrik.

Cependant, les chercheurs de Rapid7 ont relevĂ© quelques points positifs liĂ©s aux attaques sur les produits MFT, en reconnaissant la rapiditĂ© des rĂ©ponses de Progress Software et de Fortra. « De manière plus gĂ©nĂ©rale, il semble que certains fournisseurs de technologies de transfert de fichiers utilisent les rĂ©centes attaques Cl0p pour amĂ©liorer la divulgation des vulnĂ©rabilitĂ©s et les pratiques de sĂ©curitĂ© des produits ; par exemple, en accĂ©lĂ©rant les accords de niveau de service de remĂ©diation, en Ă©tablissant des mĂ©canismes formels de divulgation pour les chercheurs en sĂ©curitĂ© externes et en mettant en Ĺ“uvre des cycles de publication de correctifs plus frĂ©quents et plus transparents Â», peut-on lire dans le rapport.

D’autres vulnérabilités largement exploitées ont été découvertes dans plusieurs produits Cisco ainsi que dans NetScaler ADC et NetScaler Gateway de Citrix, en particulier CVE-2023-3519, qui a reçu un CVSS de 9,8.

Le rapport dĂ©taille Ă©galement la faille de contournement de l’authentification Ivanti Connect Secure et Policy Secure, rĂ©pertoriĂ©e sous la rĂ©fĂ©rence CVE-2023-46805. Un acteur chinois a ensuite exploitĂ© cette faille pour compromettre la CISA, ce que l’agence a confirmĂ© en mars. En avril, Mitre, qui gère le système CVE, a rĂ©vĂ©lĂ© qu’un acteur national anonyme avait Ă©galement exploitĂ© les failles d’Ivanti.

Caitlin Condon, directrice de la veille sur les vulnĂ©rabilitĂ©s chez Rapid7 et coauteur du rapport, a dĂ©clarĂ© que les attaques d’Ivanti soulignaient une fois de plus comment des adversaires habiles pouvaient faire un grand nombre de victimes en une seule campagne avec des « zero-day Â» et des charges utiles personnalisĂ©es.

« J’ai beaucoup d’empathie pour [Ivanti]. Il y a tellement de technologies dĂ©ployĂ©es que ce n’est pas un problème isolĂ©. Les clients veulent la sĂ©curitĂ©, bien sĂ»r, mais ils ne veulent pas non plus que les opĂ©rations commerciales ou leurs process soient perturbĂ©s. Je pense que cela met les Ă©diteurs de logiciels dans une situation difficile Â», explique Caitlin Condon.

Bien que les problèmes anciens non rĂ©glĂ©s restent d’actualitĂ©, les chercheurs de Rapid7 ont citĂ© les nouvelles tendances en matière d’exploitation qu’ils ont observĂ©es lors d’évĂ©nements de compromission de masse. Par exemple, les chercheurs se sont moins appuyĂ©s sur l’utilisation de « pots de miel Â» parce que toutes les failles qu’ils ont classĂ©es en 2023 ont Ă©tĂ© activement exploitĂ©es dans des environnements de production rĂ©els.

En outre, ils ont souligné que le paysage des menaces de l’année dernière a prouvé qu’une seule faille pouvait conduire à une attaque de grande envergure.

« Au lieu de suivre le schĂ©ma habituel “plusieurs attaquants, plusieurs cibles”, près d’un quart (23 %) des CVE de menaces gĂ©nĂ©ralisĂ©es sont issus d’attaques bien planifiĂ©es et hautement orchestrĂ©es de type “zero-day” dans lesquelles un seul adversaire a compromis des dizaines ou des centaines d’organisations en une seule fois, souvent en utilisant un outil personnalisĂ© comme des exploits propriĂ©taires et des portes dĂ©robĂ©es Â», peut-on lire dans le rapport. « Il ne s’agit pas des cybermenaces de nos grands-parents, mais d’un Ă©cosystème cybercriminel mature et bien organisĂ© dotĂ© de mĂ©canismes de plus en plus sophistiquĂ©s pour obtenir un accès, Ă©tablir une persistance et Ă©chapper Ă  la dĂ©tection. Â»

Toutefois, le rapport souligne que bon nombre des vulnĂ©rabilitĂ©s utilisĂ©es dans les attaques gĂ©nĂ©ralisĂ©es Ă©taient facilement exploitables et qu’elles s’appuyaient sur « l’injection de commandes ou des problèmes d’authentification inappropriĂ©s Â» plutĂ´t que sur la corruption de la mĂ©moire.

Caitlin Condon souligne que Rapid7 a observĂ© que des acteurs plus avancĂ©s s’attaquaient Ă  des causes profondes beaucoup plus simples en ce qui concerne les vulnĂ©rabilitĂ©s des logiciels.

Alors que les acteurs de la menace exploitent ce que Rapid7 qualifie de « catĂ©gories de vulnĂ©rabilitĂ©s de base Â», les entreprises ont encore du mal Ă  lutter contre les attaques. Caitlin Condon exhorte les entreprises Ă  effectuer des tests de pĂ©nĂ©tration et Ă  examiner leurs logiciels pour y dĂ©celer les failles de base.

Et de prĂ©ciser qu’« au cours des neuf derniers mois, le gouvernement a donnĂ© des conseils sur des sujets tels que les feuilles de route pour la sĂ©curitĂ© des composants mĂ©moire ou l’élimination des [vulnĂ©rabilitĂ©s] liĂ©es aux injections SQL. Je pense que ce type d’orientation est bon, et nous ne disons pas qu’il ne faut pas le faire. Mais je pense que nous constatons une certaine disparitĂ© entre les Ă©lĂ©ments ciblĂ©s par les agences gouvernementales et le type de causes profondes que les attaquants utilisent si frĂ©quemment Â».

Schéma de la comparaison faite par Rapid7 des vulnérabilités aux menaces les plus répandues entre 2020 et 2024.
De 2020 à 2023, les attaquants ont de plus en plus exploité les vulnérabilités de type « zero-day » dans le cadre de campagnes d’attaques de grande envergure.

Les acteurs étatiques et les APT (menaces persistantes avancées)

Lors des attaques, les acteurs de la menace utilisent de plus en plus les vulnĂ©rabilitĂ©s « zero-day Â» et les vulnĂ©rabilitĂ©s connues des dispositifs de pĂ©riphĂ©rie de rĂ©seau, tels que les VPN, pour obtenir un accès initial Ă  une organisation victime. Dans de nombreux cas, ces dispositifs sont dĂ©pourvus de MFA, une norme que l’industrie encourage pourtant depuis des annĂ©es.

Le rapport souligne que 36 % des vulnĂ©rabilitĂ©s largement exploitĂ©es se sont produites dans les technologies de pĂ©rimètre de rĂ©seau. Au cours des trois dernières annĂ©es, plus de 60 % des vulnĂ©rabilitĂ©s analysĂ©es par Rapid7 dans les appareils de rĂ©seau et de sĂ©curitĂ© ont Ă©tĂ© exploitĂ©es en tant qu’attaques de type « zero day Â» Â», indique le rapport.

Le rapport « Cyber Claims Report 2024 Â» publiĂ© le mois dernier par Cyber Insurer Coalition a mis en Ă©vidence cette menace permanente. Il montre que les demandes d’indemnisation liĂ©es aux dispositifs de dĂ©limitation des rĂ©seaux de Cisco et de Fortinet ont explosĂ© en 2023.

Rapid7 a Ă©galement observĂ© que les groupes de menaces persistantes avancĂ©es (APT) des États-nations ont Ă©tĂ© très actifs dans l’exploitation des vulnĂ©rabilitĂ©s, entre janvier 2023 et fĂ©vrier de cette annĂ©e. L’éditeur de solutions de cybersĂ©curitĂ© a identifiĂ© 188 campagnes individuelles que les chercheurs ont attribuĂ©es Ă  des APT avec un degrĂ© de confiance moyen Ă  Ă©levĂ©.

« Sur la base de notre analyse, nous avons conclu que parmi les 15 premiers groupes, 30 % des attaques attribuĂ©es aux groupes APT provenaient de campagnes soutenues par la Chine. Les campagnes menĂ©es par des groupes affiliĂ©s Ă  la Russie arrivent juste derrière, reprĂ©sentant 26 % des campagnes menĂ©es par des adversaires parrainĂ©s par l’État, tandis que la CorĂ©e du Nord (14 %) et l’Iran (9 %) se classent aux troisième et quatrième rangs Â», peut-on lire dans le rapport.

Outre les groupes de menaces Ă©tatiques, les gangs de ransomwares ont Ă©galement Ă©tĂ© très actifs. Rapid7 a recensĂ© 5 600 cas de ransomware, signalĂ©s entre janvier 2023 et fĂ©vrier de cette annĂ©e, mais note que le nombre est probablement beaucoup plus Ă©levĂ© en raison d’un manque de signalement.

Alors que les acteurs du ransomware semblent avoir diminuĂ© le dĂ©ploiement de logiciels malveillants et augmentĂ© le vol de donnĂ©es et les activitĂ©s d’extorsion, Rapid7 a Ă©galement observĂ© que les ransomwares « traditionnels Â» restaient très rĂ©pandus. « La grande majoritĂ© des incidents liĂ©s aux ransomwares auxquels Rapid7 MDR (Managed Detection and Response) a rĂ©pondu, au cours de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e, subissaient le chiffrement, avec seul un petit nombre d’incidents s’étant soldĂ©s par une extorsion Â», peut-on lire dans le rapport.

Tout au long de l’annĂ©e dernière, l’éditeur a averti que les acteurs du ransomware continuaient d’exploiter les applications publiques et d’utiliser des identifiants de compte valides pour obtenir un accès initial aux organisations victimes. Comme les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes, 41 % des incidents observĂ©s par le service MDR de Rapid7 en 2023 sont dus Ă  l’absence ou au non-respect de la protection MFA.

Patch silencieux

Selon le rapport, le fait que les fournisseurs corrigent silencieusement les vulnérabilités est un autre problème qui s’est avéré difficile pour les entreprises. Par exemple, en mars, Rapid7 a reproché à JetBrains d’avoir silencieusement corrigé une vulnérabilité de TeamCity qui a rapidement fait l’objet d’attaques à la suite d’un différend entre les deux entreprises concernant la divulgation de l’information.

« D’après notre expĂ©rience, il est de plus en plus frĂ©quent que les fournisseurs corrigent silencieusement les problèmes, en ne publiant les avis et les descriptions des CVE que quelques jours ou semaines plus tard. MĂŞme dans ce cas, de plus en plus d’éditeurs semblent dĂ©libĂ©rĂ©ment obscurcir les dĂ©tails des vulnĂ©rabilitĂ©s, refusant de publier les causes profondes et les informations sur les vecteurs d’attaque, en se fondant sur la croyance comprĂ©hensible, mais erronĂ©e que l’obscuritĂ© dissuade les adversaires et attĂ©nue le risque de rĂ©putation pour les producteurs de logiciels Â», indique le rapport.

Rapid7 ajoute avoir Ă©galement observĂ© une augmentation de la privatisation des informations sur les vulnĂ©rabilitĂ©s et les exploits. Alors que les vendeurs et les fabricants publient gĂ©nĂ©ralement des avis de sĂ©curitĂ© publics sur les vulnĂ©rabilitĂ©s dĂ©couvertes dans leurs produits, certaines entreprises sont passĂ©es Ă  la diffusion privĂ©e de ces informations par le biais de notifications via courrier Ă©lectronique ou de portails rĂ©servĂ©s aux clients, « Ă  des fins lucratives ou autres Â».

Caitlin Condon reconnaît que le problème des correctifs silencieux s’est aggravé au cours de l’année écoulée et qu’il a un impact négatif sur les organisations des utilisateurs finaux, parce qu’il passe outre le consentement éclairé sur les mises à jour. Elle souligne que de nombreuses organisations tentent bien de donner la priorité aux correctifs des vulnérabilités, mais que ce processus est plus difficile lorsque des données et des éléments contextuels cruciaux ne sont pas fournis. Certains estiment toutefois que la publication des correctifs et des détails techniques concernant les vulnérabilités critiques donne l’avantage aux attaquants.

Selon Caitlin Condon « il y a un problème de peur, ce qui est tout Ă  fait comprĂ©hensible. Mais pour ĂŞtre clairs, nous ne recommandons ni n’approuvons les correctifs silencieux, car nous pensons que cela nuit aux personnes qui ont besoin de savoir que le correctif existe, au-delĂ  des attaquants […]. Je pense que nous sommes dans une situation difficile en tant que communautĂ©. La situation devrait encore s’aggraver avant de s’amĂ©liorer progressivement. Â»

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