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Grands réseaux : le projet IOWN veut interconnecter les fibres privées
Le consortium qui travaille à standardiser une nouvelle classe d’infrastructure fibre pour Internet a récemment présenté un protocole pour intégrer les réseaux privés des datacenters à un domaine global, de sorte qu’ils puissent mieux se répartir les demandes de calcul.
IOWN, le projet d’une infrastructure réseau optique pour les connexions longue distance porté par l’opérateur japonais NTT, avance. Les 170 membres du consortium qui tend à standardiser les technologies de cette infrastructure très basse latence se sont réunis à Dallas fin 2025 pour faire un point d’étape après cinq années de développement.
Parmi les sujets les plus débattus, celui de rendre interopérables les réseaux de fibres optiques privés que des opérateurs de datacenters installent pour interconnecter leurs campus.
Masahisa Kawashima, directeur technologique du projet IOWN (Innovative Optical and Wireless Network) chez NTT et responsable du groupe de travail technologique au sein de l'IOWN Global Forum, a ainsi expliqué que l’année écoulée avait servi à développer un protocole dit d‘Internet multidomaine. Grâce à un modèle d’architecture en étoile, celui-ci parvient à partager ces fibres entre plusieurs opérateurs sans impacter la bande passante voulue par leurs propriétaires.
Cette interconnexion doit notamment aider plusieurs exploitants de datacenters différents à se répartir des calculs d’IA. L’enjeu est de les aider à répondre à la demande des projets d’IA, même quand leur site n’héberge pas lui-même assez de puissance de calcul.
« La mise en réseau Internet multidomaine signifie que nous pouvons permettre à plusieurs acteurs des datacenters d'interconnecter leurs réseaux privés optiques pour former un réseau homogène. C’est très important, car, sans technologie d'interopérabilité, leurs réseaux optiques privés ne formeront que des silos. Grâce à notre travail, ils pourront les intégrer à espace informatique global, ce qui créera une valeur sur le marché », détaille Masahisa Kawashima
Limiter la latence au travers de liens privés
Selon lui, l’architecture en étoile consiste à évaluer à partir d’un point central les bandes passantes des différents chemins dessinés par les liaisons privées, de sorte à programmer avant chaque envoi de paquet l’itinéraire le plus optimal. Cet itinéraire optimal a vocation à limiter les goulets d’étranglement et les pertes de paquets, car ceux-ci génèrent des pertes de bandes passantes et, donc, d’exploitation économique, sur les fibres empruntées.
« Il s’agit aussi de pouvoir garantir à des utilisateurs la latence la plus faible possible entre deux points. Je pense notamment au secteur financier où il est particulièrement critique que deux bases de données distantes synchronisent leurs contenus le plus rapidement possible », illustre le directeur technologique.
Parmi les autres applications clés envisagées, citons le contrôle à distance d’un site industriel via des jumeaux numériques, ou encore la diffusion de contenus lourds, comme des communications vidéo en direct et en très haute résolution. Dans tous ces cas, ce n’est pas tant la vitesse de transfert qui importe que la réduction au minimum possible de la latence.
Rendre disponibles globalement des technologies locales
L'approche de l'IOWN consiste à tirer parti des spécifications définies par d'autres consortiums tels que l'OpenROADM, une norme développée grâce à la collaboration entre opérateurs et fournisseurs afin de créer et de promouvoir un écosystème de réseaux optiques ouvert et désagrégé.
« Traditionnellement, les composants des réseaux optiques sont déployés en un seul endroit et exploités par un seul opérateur. Le propos du projet IOWN est de tirer parti des mêmes composants, mais en permettant leur répartition géographique et leur exploitation par plusieurs opérateurs », ajoute Masahisa Kawashima.
« Ce que nous pourrions rendre possible avec le réseau IOWN, c'est le déploiement des datacenters dédiés à l’IA dans les zones rurales, où les énergies renouvelables sont abondantes, et relier ces zones aux centres-villes ou aux banlieues où de nombreuses industries ont leurs campus de R&D », conclut-il en jouant sur l’argument du coût financier et carbone de l’énergie.
