MWC 2026 : Open Cosmos lance un backbone alternatif, par satellite

Le fournisseur espagnol de satellites d’observation met en chantier une nouvelle constellation ConnectedCosmos, qui doit permettre aux opérateurs et aux gouvernements de maintenir l’interconnexion des datacenters si les fibres terrestres venaient à être détruites.

Parce qu’il ne fait plus de doute que les satellites vont permettre à l’Europe d’avoir des communications résilientes dans un contexte où la situation géopolitique est devenue instable, nombre de startups impliquées dans leurs technologies sont venues sur la dernière édition du Mobile World Congress pour dire qu’elles étaient prêtes à signer des contrats.

C’est le cas d’Open Cosmos, une entreprise espagnole qui fabrique depuis dix ans des satellites d’observation en orbite basse.

« Nous annonçons aujourd’hui qu’en plus de la flotte OpenConstellation de 15 satellites que nous avons placés à 500 kilomètres d’altitude pour mesurer tout ce qui se passe à la surface de la Terre, nous allons mettre en orbite à 1 000 km d’altitude une nouvelle flotte ConnectedCosmos qui sera, cette fois-ci, dédiée aux télécommunications. Nous sommes capables de produire 200 de ces satellites par an dans nos quatre usines européennes », lance Rafael Jorda Siquier, le PDG d’Open Cosmos (en photo en haut de cet article).

« Nous sommes capables de produire 200 de ces satellites par an dans nos quatre usines européennes. »
Rafael Jorda SiquierPDG, Open Cosmos

« Ce sont des satellites qui communiquent entre eux par laser, si bien que nous pouvons établir des communications entre deux points éloignés sur Terre sans même passer par des fibres terrestres », ajoute-t-il, en promettant apporter une résilience souveraine aux communications européennes.

Un réseau backbone de secours

L’intérêt de ces liaisons spatiales, appelées OISL (Optical Inter-Satellite Links) est que la communication est moins dépendante d’une connexion terrestre à la verticale même du satellite, autorisant ainsi des communications au beau milieu de l’océan ou même en cas de destruction des infrastructures fibres dans la zone de couverture d’un satellite, ce qui peut arriver lors d’un conflit. C’est d’ailleurs le cas actuellement au Moyen-Orient où les missiles des belligérants visent les datacenters ennemis, coupant entre autres les relais de communication terrestres.

Les satellites de l’Américain Starlink, qui ont un format similaire à ceux d’Open Cosmos (une sorte de frigo de 260 kg), disposent aussi de ces moyens de communication inter-satellitaires. En revanche, ce n’est pas le cas des satellites de 150 kg d’Eutelsat OneWeb, l’acteur français qui prétend pouvoir faire aussi bien que Starlink.

« Nous ne sommes pas là pour vendre des abonnements satellites à des particuliers. La flotte ConnectedCosmos arrive véritablement comme un réseau backbone de secours pour les opérateurs et les gouvernements européens. Pour leur permettre d’interconnecter leurs cœurs de réseau de routage sans même passer par Internet, sans passer par les fibres backbones, sans passer par les câbles sous-marins. À ces opérateurs ou gouvernements, ensuite, de connecter leurs utilisateurs à leurs cœurs de réseau via des liens classiques », insiste Rafael Jorda Siquier.

« La flotte ConnectedCosmos arrive véritablement comme un réseau backbone de secours pour les opérateurs et les gouvernements européens. »
Rafael Jorda SiquierPDG, Open Cosmos

Pour préciser : Starlink et Eutelsat OneWeb, les deux seuls opérateurs actuels d’une flotte conséquente de satellites en orbite basse (avec peu de latence), revendent plutôt de la connectivité Internet en zone blanche. À tout le monde pour le premier, aux entreprises (dont les fournisseurs Internet) pour le second.

Bien que Starlink pourrait techniquement prétendre lui aussi assurer un service de backbone alternatif dans l’espace pour les autres opérateurs, cette proposition se heurte, d’une part, à sa volonté de concurrencer ces opérateurs et, d’autre part, au fait qu’un fournisseur américain aurait des difficultés à remporter des contrats qui se veulent par nature hautement souverains.

Le problème : parvenir à mettre suffisamment de satellites en orbite

Au moment de cette annonce, la flotte ConnectedCosmos ne disposait que d’un seul satellite opérationnel en orbite basse. D’autres vont être lancés, dès que possible, mais Open Cosmos souffre des mêmes problèmes logistiques qu’Eutelsat OneWeb. Il n’y aurait tout simplement pas assez de lanceurs disponibles sur le marché pour mettre rapidement en orbite tous les satellites produits.

« Nous travaillons avec tous ceux qui ont de la place. Mais tous leurs carnets de commandes sont pleins pour les deux prochaines années. C’est selon moi le véritable goulet d’étranglement de cette industrie. »
Rafael Jorda SiquierPDG, Open Cosmos

« Nous travaillons avec Arianespace en Europe, avec Avio en Italie, avec Rocket Lab en Nouvelle-Zélande et même avec SpaceX, qui détient notre concurrent Starlink. Nous travaillons avec tous ceux qui ont de la place. Mais tous leurs carnets de commandes sont pleins pour les deux prochaines années. C’est selon moi le véritable goulet d’étranglement de cette industrie. Quantité de petits lanceurs vont arriver sur le marché, mais ils sont tous trop petits pour lancer d’un coup la constellation que nous envisageons. »

Un autre problème, dont souffrent également Starlink et Eutelsat OneWeb, est que la durée de vie des satellites en orbite basse est limitée à, seulement, une poignée d’année, généralement moins de cinq ans, ce qui nécessite d’en lancer régulièrement. Cette faible longévité s’explique par la nécessité, à basse altitude uniquement, de se propulser régulièrement avec du carburant, le plus souvent du xénon, pour se maintenir en l’air. Lorsque ce carburant est épuisé, le satellite perd en altitude et se désintègre dans l’atmosphère.

Rafael Jorda Siquier promet que plusieurs lancements auront lieu cette année, mais ne veut pas s’engager à date sur le nombre de satellites en orbite qu’il atteindra d’ici à la fin de l’année. Ni quand, de fait, ConnectedCosmos aura suffisamment de satellites opérationnels pour assurer une continuité des liaisons tout autour de la Terre.

Starlink et Eutelsat OneWeb ont respectivement 9 000 et 600 satellites en orbite. Les satellites d’Eutelsat OneWeb compensent leur faible nombre par une plus haute altitude (1 200 km au lieu de 550), qui leur permet de couvrir individuellement une zone de 1 500 km de diamètre, contre à peine 24 km pour ceux de Starlink.

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