MWC 2026 : Eutelsat se voit comme le Starlink des entreprises

Depuis qu’il a racheté OneWeb, Eutelsat offre les mêmes possibilités de connectivité à Internet – en zone blanche, de manière résiliente – que son concurrent américain. Mais son débit est meilleur et il n’adresse que les entreprises.

Eutelsat, l’opérateur français d’une grosse trentaine de satellites géostationnaires depuis les années 90 et, depuis fin 2022, de la flotte de 600 satellites en orbite basse qu’avait lancée feu OneWeb, est venu sur l’édition 2026 du MWC pour dire qu’il incarnait dorénavant le Starlink des entreprises.

En vedette, l’armateur CMA-CGM, vient de signer avec lui pour équiper d’ici à la fin de l’année 300 de ses porte-conteneurs avec des antennes qui les connectent à Internet en haut débit. Autre point d’orgue du stand : une nouvelle génération d’antennes censées capter les signaux des satellites en mouvement malgré des situations extrêmes.

« Nous sommes sur une stratégie de niche : servir les applications sensibles, critiques, toutes celles qui ont besoin de connectivité en temps réel dans les entreprises. »
Paul BaloghDirecteur commercial d’Eutelsat, en charge de la flotte LEO

« Nous ne revendons pas des abonnements Internet par satellite au grand public. Nous sommes sur une stratégie de niche : servir les applications sensibles, critiques, toutes celles qui ont besoin de connectivité en temps réel dans les entreprises », lance Paul Balogh, le directeur commercial d’Eutelsat en charge de la flotte LEO (en photo en haut de cet article).

« Nous le faisons pour une raison pratique : nous n’avons pas autant de satellites que Starlink. Cela dit, nous couvrons autant le monde entier que lui, car nos satellites sont à une altitude deux fois plus élevée, donc avec une couverture plus large », ajoute-t-il.

En attendant qu’Amazon lance aussi sa flotte, Starlink et Eutelsat OneWeb (le nom de la branche qui a récupéré OneWeb) sont les deux seuls opérateurs disposant de suffisamment de satellites en orbite basse pour couvrir toute la surface du globe. L’intérêt des communications avec l’orbite basse est qu’elles souffrent de peu de latence, ce qui n’est pas le cas avec les satellites géostationnaires historiques.

Un meilleur débit que Starlink

Les près de 9 000 satellites de Starlink orbitent à environ 550 kilomètres d’altitude, tandis que les 600 d’Eutelsat OneWeb orbitent à 1 200 km d’altitude. Ces deux altitudes sont considérées comme faisant partie de l’orbite basse LEO (Low-Earth Orbit), laquelle grimpe jusqu’à 2 000 km.

Selon le responsable, couvrir une zone plus large avec moins de satellites depuis une altitude plus élevée présenterait un véritable avantage économique et n’aurait qu’un impact insignifiant sur la qualité des communications. Mathématiquement, les données qui transitent par Eutelsat OneWeb mettent 8 millisecondes pour atteindre leur destination, contre 4 pour Starlink. C’est sans commune mesure avec les 240 millisecondes nécessaires quand on passe par l’un des satellites géostationnaires historiques d’Eutelsat qui, eux, orbitent à 35 500 km.

Eutelsat OneWeb assure des débits de 200 Mbit/s en téléchargement et 40 Mbit/s en upload. C’est mieux que Starlink, dont les tests montrent en moyenne des débits d’un peu plus de 100 Mbit/s en download et d’environ 10 à 30 Mbit/s en upload. La raison de cette meilleure performance est qu’il y a moins de professionnels qui se partagent la bande passante des satellites Eutelsat OneWeb que d’utilisateurs grand public qui se disputent celle de Starlink.

Une clientèle de professionnels pour les zones blanches et la résilience

Pour l’heure, Eutelsat OneWeb revendique « plusieurs milliers de clients » dans quatre secteurs : la marine (dont des gros paquebots de 8 000 passagers), l’aviation (notamment les 600 appareils d’une compagnie canadienne), les gouvernements (dont les armées) et les opérateurs de services (des mines, des centrales…). Ces clients représentaient lors du dernier exercice fiscal 15 % des revenus du groupe Eutelsat. Accessoirement, la branche OneWeb serait celle qui bénéficie de la dynamique la plus forte, avec une croissance de 80 % entre 2024 et 2025.

« Commercialement parlant, nous ne serons jamais la marque qui travaille directement avec nos utilisateurs. Ce sont des partenaires, principalement des opérateurs télécoms, qui revendent notre connectivité à leurs clients. En revanche, nous rencontrons régulièrement ces clients pour comprendre leurs cas d’usage et comment nous pouvons adapter notre connectivité à leurs besoins », explique Paul Balogh, qui cite des clients comme Total ou EDF.

 « Les besoins de nos clients gouvernementaux et opérateurs d’importance vitale concernent la résilience. »
Paul BaloghDirecteur commercial d’Eutelsat, en charge de la flotte LEO

Il insiste sur le fait que ces clients ne cherchent pas seulement une connectivité en zone blanche : « Les besoins de nos clients gouvernementaux et opérateurs d’importance vitale concernent la résilience. C’est-à-dire une connexion de secours quand la connexion principale ne fonctionne plus. Nous avons été ainsi particulièrement sollicités après l’abandon de l’Ukraine par Starlink ou du black-out qui a eu lieu il y a un an en Espagne et au Portugal. Pour tous ces clients en péril, Eutelsat OneWeb a travaillé à développer des systèmes de réception par satellite combinés à des batteries et des panneaux solaires, par exemple », indique-t-il pour illustrer à quel point l’opérateur peut développer des solutions sur mesure.  

Des cas d’usage plus versatiles, mais une souveraineté qui a des limites

De manière assez étonnante, les cas d’usage ne comprennent pas les objets connectés. « Le problème des objets connectés est que ce sont essentiellement des senseurs dotés de toutes petites antennes. Or, dans notre cas, nos clients utilisent de larges antennes plates, qui permettent de suivre la course des satellites », précise notre interlocuteur.

Ces antennes sont fabriquées par divers fournisseurs selon les spécificités demandées par Eutelsat. Le plus souvent, il s’agit du Coréen Intellian, mais on trouve aussi les Américains Kymeta et Hugues, ou encore l’Espagnol Inster.

« Le fait de passer par différents fournisseurs nous permet d’être bien plus versatiles que Starlink pour nous adapter plus précisément aux cas d’usage de nos clients. Par exemple, nous avons des antennes qui gèrent le tangage d’un navire en haute mer. D’autres qui sont adaptées aux vibrations des camions sur lesquels elles sont embarquées. »

« Nous travaillons avec tous les lanceurs qui ont encore de la place dans leurs carnets de commandes, y compris avec SpaceX. Mais il n’y a pas assez de lanceurs disponibles. »
Paul BaloghDirecteur commercial d’Eutelsat, en charge de la flotte LEO

« En revanche, il faut reconnaître que nous aimerions avoir plus de fournisseurs européens » s’empresse d’ajouter Paul Balogh, qui défend un positionnement ouvertement souverain d’Eutelsat par rapport à son concurrent américain.

La souveraineté en prend aussi un coup avec les lanceurs, c’est-à-dire les fusées qui mettent en orbite les satellites. « Nous travaillons avec tous les lanceurs qui ont encore de la place dans leurs carnets de commandes, y compris avec SpaceX [la société d’Elon Musk qui détient aussi StarLink, N.D.R.]. Mais il n’y a pas assez de lanceurs disponibles et surtout pas assez de lanceurs européens. C’est un problème pour nous, car nous revendiquons d’être une société pro-européenne, qui considère que la souveraineté est un besoin clé », assure-t-il.

Pas d’évolution rapide de la flotte

En ce qui concerne sa flotte, Eutelsat OneWeb n’a pas précisément indiqué qu’il allait l’augmenter. Au moment du MWC, l’opérateur annonçait la commande de 340 nouveaux satellites à Airbus, qui les fabrique pour lui, après en avoir déjà commandé une centaine en décembre. Pour autant, ces 440 nouveaux appareils correspondront toujours à la première génération de modèles et viendront remplacer ceux qui atteignent leur fin de vie dans l’espace.

Une seconde génération devrait être mise en chantier d’ici à l’année prochaine.

Également, d’ici à 2030, Eutelsat aura en concession la gestion d’une partie de la flotte des 290 satellites IRIS2, à savoir le projet du consortium paneuropéen SpaceRISE qui vise à assurer l’indépendance de l’UE pour ses communications sensibles, notamment militaires. Paul Balogh précise qu’IRIS2, qui sera constituée de satellites en orbite moyenne, ne rentrera pas dans l’activité commerciale d’Eutelsat OneWeb.

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