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Télécoms : SFR sera démantelé d’ici à 18 mois
À vendre depuis 2025 pour éponger les dettes de sa maison mère Altice France, SFR a finalement négocié son rachat par Orange, Bouygues et SFR pour un peu plus de 20 milliards d’euros.
L’opérateur télécom français SFR, qui compte 19,4 millions d’abonnés mobiles et 6,1 millions pour son réseau fixe, sera finalement démantelé d’ici à la fin 2027, grand maximum, après la vente de ses actifs à ses trois concurrents Orange, Bouygues et Free pour un total de 20,35 milliards d’euros ce weekend.
Les clients des offres mobiles et fibres grand public seront répartis entre les acquéreurs, tout comme les points de vente, les infrastructures et les antennes mobiles déployés sur le territoire. Bouygues Telecom, qui rachète 42% de SFR, récupère la partie B2B SFR Business. Free met la main sur la marque low-cost RED by SFR parmi les 31% qu’il s’accapare. Orange , le No 1 du secteur, ne rachète que 27% de SFR pour éviter d’être taxé de position dominante.
Les trois repreneurs se sont empressés de promettre qu’ils récupéreront les plus de 8000 salariés de SFR, du moins jusqu’à ce que les autorités de la concurrence en France et en Europe aient validé ce rachat. Ils ont aussi assuré que ce rachat créerait de la valeur, sans que l’on sache s’il s’agit de valeur pour les clients ou pour leurs actionnaires. Le secteur redoute en effet que la disparition d’un concurrent sur le marché des télécoms soit lue par les trois restants comme l’opportunité d’augmenter plus librement leurs tarifs.
SFR, de la saine concurrence aux montages financiers douteux
Créée en 1988 par la Compagnie générale des Eaux, suite à l’ouverture du marché des télécoms par le ministre alors responsable des Postes et Télécommunications, Gérard Longuet, la Société Française de Radiotéléphonie est la première à lancer un réseau mobile 2G sur le territoire à la toute fin de 1992, et également la première à commercialiser la téléphonie 3G à la fin de l’année 2004. Son entrée sur le secteur de l’Internet fixe, avec l’ADSL, a lieu en 2007.
SFR est ensuite progressivement avalé par Vivendi (filiale du groupe Bolloré) qui externalise le service support au Maghreb, avant de revendre l’opérateur débarrassé d’un bon millier de salariés pour 15,5 milliards d’euros à Altice (propriété du financier Patrick Drahi) en 2014.
Officiellement, il s’agit de fusionner SFR avec Numericable, l’offre Internet/télévision par câble d’Altice. Mais la fusion prend davantage la direction de montages financiers nébuleux que celles de l’innovation ou du service client, selon le média Blast qui a consacré plusieurs articles aux DrahiLeaks, soit le nom donné aux documents internes qui ont fuité lors d’un piratage d’Altice en 2022.
Sous la direction d’Altice, la qualité de services se détériore sur les infrastructures et les dettes s’accumulent. Outre les refacturations internes que SFR se retrouve à devoir payer à d’autres entreprises de Patrick Drahi, l’opérateur doit aussi rembourser son rachat. Celui-ci a en effet été contracté sous la forme d’un LBO, une disposition financière qui consiste à rembourser un rachat avec l’argent extirpé au fur et à mesure du compte en banque de la société rachetée.
L’idée de revendre SFR a été énoncée en 2025, lorsque Patrick Drahi a décidé de réduire les dettes qui ont contaminé au fil des ans Altice France (soit un total de 24 milliards d’euros), l’entité qui chapeaute SFR. En octobre de cette année-là, Orange, Bouygues et Free font une première proposition globale à 17 milliards d’euros. Elle est refusée, car jugée insuffisante par les créanciers d’Altice France, qui sont entretemps devenus ses actionnaires en récupérant 45% de son capital.
Selon le récit qu’en fait Le Monde, le projet de rachat a frisé l’abandon définitif à de multiples reprises durant les huit mois suivants. Reste désormais à faire valider ce rachat par les autorités de la concurrence en Europe. Si celles-ci voyaient initialement d’un mauvais œil toute opération visant à réduire le nombre d’opérateurs dans un État membre, par crainte d’une augmentation des prix, elles auraient récemment changé leur fusil d’épaule pour mieux favoriser l’émergence de « champions » européens.
