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GPT-5.6, Mythos et Fable 5 : OpenAI et Anthropic acceptent de restreindre l’accès à leurs LLM
Si les modèles Mythos 5 et Fable 5 vont de nouveau être commercialisés, ce sera auprès d’entreprises américaines triées sur le volet, dont l’accès sera validé par les autorités. Il en va de même pour GPT-5.6 d’OpenAI. Ce dispositif temporaire semble découler d’une négociation entre les fournisseurs de LLM et le gouvernement américain au nom de la sécurité nationale. Reste que les observateurs s’inquiètent des effets d’une IA à deux vitesses.
Vendredi 26 juin, OpenAI a présenté la préversion privée de GPT-5.6. L’accès à la collection de trois modèles petit, moyen et grand (Luna, Terra et Sol) sera réservé à « un groupe restreint de partenaires et d’organisations de confiance ».
Les accès anticipés sont monnaie courante dans l’industrie logicielle. Or celui-ci serait soumis à l’approbation de la Maison-Blanche, selon la réponse fournie par OpenAI à The Information et CNN. Les autorisations sont délivrées « client par client ».
« Nous travaillons avec le gouvernement pour parvenir à une disponibilité générale aussi rapidement que possible », écrit Sam Altman, cofondateur et CEO d’OpenAI sur X (ex-Twitter). « Je pense qu’il est tout à fait raisonnable de déployer les modèles de cette manière, surtout lorsqu’ils atteignent de nouveaux niveaux de capacité significatifs », poursuit-il. « Cela correspond à notre stratégie de longue date de déploiement itératif. Mais ce n’est pas tout à fait le processus que nous jugeons optimal ».
Le dirigeant explique qu’OpenAI « tente d’établir un processus transparent et fiable pour l’accès anticipé ». Entretemps, l’entreprise doit vérifier que les garde-fous en place fonctionnent avant un lancement étendu.
Un meilleur compromis que la mise en demeure du Département du Commerce
Cette forme d’embargo volontaire fait suite à la décision d’Anthropic de suspendre l’accès à ses modèles de pointe Mythos et Fable 5, le 12 juin 2026. Là, le concurrent d’OpenAI répondait à une lettre envoyée par le Département du Commerce agissant au nom des lois étatsuniennes encadrant le « double usage » (civil ou militaire). La lettre de mise en demeure, qui n’a pas été publiquement dévoilée, exigeait qu’Anthropic interdise l’accès aux LLM aux ressortissants étrangers, sur le sol américain comme en dehors. Une mesure difficilement applicable qui justifiait la suspension pure et simple des API de la part d’Anthropic.
Selon le Center for Strategic & International Studies (CSIS), un cercle de réflexion bipartisan, le Département du Commerce s’est appuyé sur une base légale préexistante (l’Export Control Reform Act de 2018 associé à l’Export Administration Regulations) dédiés aux équipements et logiciels militaires. Le CSIS évoque l’absence de règlement d’application spécifique à l’IA, de processus formel, une première utilisation sans cadre préalable d’un texte qui n’a pas encore été soumis aux deux chambres du Congrès, l’imprévisibilité juridique et une portée mondiale contestable.
Dans le détail, le Département du Commerce peut normalement exercer un contrôle à l’export d’un bien à double usage de manière ciblée, comme il l’a fait pour limiter l’export de puces IA vers la Chine et différents pays. De plus, l’interprétation traditionnelle de la loi veut que la restriction à l’export (à distinguer d’une mesure restrictive individuelle) d’un logiciel fourni par le cloud depuis les États-Unis ne puisse s’appliquer qu’aux habitants de pays sanctionnés par le Département du commerce. Pas aux ressortissants.
Le 26 juin, Anthropic a confirmé publiquement que Mythos 5 et Fable 5 sont soumis au même régime que GPT-5.6.
« Le gouvernement nous a informés que Mythos 5, notre modèle de cybersécurité le plus puissant, peut être redéployé auprès d’un ensemble d’organisations américaines qui exploitent et défendent les infrastructures critiques », écrit la startup sur X.
« Nous rétablissons rapidement l’accès pour ces organisations, et nous continuons à travailler avec le gouvernement pour élargir l’accès à Mythos 5 et rendre Fable 5 à nouveau disponible pour un usage général », ajoute-t-elle.
Selon Reuters, une centaine d’entreprises américaines, majoritairement issues du Fortune 500, auront un accès réservé à Mythos 5.
La société se plie désormais à la plupart des demandes du ministère et coopère avec l’État fédéral, malgré leurs différends. Selon l’AFP, les employés étrangers des sociétés américaines autorisées pourront utiliser les LLM. L’embargo serait désormais limité aux employés travaillant en Chine, en Russie, en Iran, en Corée du Nord et « d’autres pays ». En clair, en attendant une clarification légale, le Département du Commerce et le reste du gouvernement ajustent le dispositif dans l’esprit des doctrines préexistantes.
Une mesure préventive en attendant l’application d’un décret présidentiel
Cette demande du gouvernement américain en faveur d’un déploiement des modèles frontières au compte-gouttes vient après la publication de l’Executive Order 14409, le 2 juin 2026. En sus de renforcer la cybersécurité des systèmes gouvernementaux et des infrastructures critiques, le document établit un cadre de coopération volontaire où les fournisseurs de LLM soumettent leurs modèles les plus puissants au gouvernement 30 jours avant leur diffusion publique.
Cet « Executive Order » reprend les grandes lignes de la stratégie nationale des États-Unis en matière d’IA. Oui, il faut contrôler l’accès aux modèles face aux adversaires économiques et politiques du pays pour des raisons de sécurité nationale, mais pas question d’imposer « une réglementation excessivement contraignante » au secteur privé, écrit en substance le président Donald Trump.
Selon un porte-parole de Google contacté par LeMagIT, l’entreprise évalue encore les enjeux juridiques, techniques et économiques d’une telle participation. La même question a été transmise à Microsoft. Cet article sera mis à jour avec sa réponse.
Ce n’est ni la première fois ni la dernière qu’un gouvernement américain demande aux secteurs privés de collaborer pour la mise en place de normes cyber. Or, comme le mentionne noir sur blanc le document, la restriction d’accès, même volontaire et temporaire, n’est pas l’objet du décret présidentiel.
« Rien dans cette section ne doit être interprété comme autorisant la création d’une exigence gouvernementale obligatoire de licence, de préautorisation ou de permis pour le développement, la publication, la diffusion ou la distribution de nouveaux modèles d’IA, y compris les modèles frontières », lit-on dans le décret présidentiel. Ce cadre d’évaluation n’est toujours pas en place, note CNN. La mesure émerge donc d’une pure négociation entre la Maison-Blanche et les acteurs du secteur.
Des doutes subsistent sur le cadre légal, mais Anthropic et OpenAI s’adaptent
Auprès de Reuters, John Coleman, conseiller juridique de l’ONG Foundation for Individual Rights and Expression (FIRE), a critiqué le manque de transparence du mécanisme révélé par OpenAI et Anthropic, le trop grand pouvoir confié au gouvernement et « les questions soulevées sur l’État de droit ».
John Coleman craint que la politique d’accès à deux vitesses que cherche à imposer l’Administration en dehors des États-Unis le soit également à l’intérieur du pays.
« Nous ne pensons pas que ce type de processus d’accès gouvernemental devrait devenir la norme par défaut à long terme », déclarent pour leur part les porte-parole d’OpenAI. « Cela prive les utilisateurs, les développeurs, les entreprises, les défenseurs de la cybersécurité et les partenaires mondiaux qui en ont besoin des meilleurs outils », ajoutent-ils.
Ils reconnaissent toutefois qu’OpenAI répond de plein gré à la demande de la Maison-Blanche.
« Nous prenons cette mesure à court terme parce que nous pensons qu’il s’agit de la voie la plus solide vers une disponibilité plus large dans les semaines à venir, pendant que nous travaillons avec l’administration pour développer le cadre du décret présidentiel sur la cybersécurité et un processus reproductible pour les futures versions de modèles », justifient-ils.
En avril dernier, avant qu’elle reçoive la lettre du Département du Commerce, Anthropic avait restreint l’accès à la préversion de Mythos à une liste d’entreprises qu’elle a elle-même trié sur le volet par peur des impacts de son LLM.
Une approche contre-productive ?
Le contrôle des LLM souhaité par la Maison-Blanche s’inscrit le soutien à la « domination » américaine sur le secteur de l’IA. Or, dans un même temps, les acteurs chinois dont MiniMax, DeepSeek et zAI (GLM 5.2) ont lancé des modèles open weight capables de concurrencer les ténors du marché.
« Les modèles chinois open-weight sont désormais au même niveau, voire meilleurs, que les modèles propriétaires de pointe », affirme AJ Green, président de l’association The AI Collective. « Ainsi, restreindre la frontière produit l’effet inverse de ce que le gouvernement espérait », estime-t-il sur LinkedIn. « Cela accélère l’adoption de l’open source et pousse les développeurs directement vers les modèles chinois ».
Selon le classement d’OpenRouter, ses clients utilisent davantage les modèles de DeepSeek, Xiaomi, Tencent et MiniMax que ceux d’Anthropic, de Google et d’OpenAI.
Ce n’est pas encore le cas des entreprises rencontrées européennes et américaines par LeMagIT. En sus de Claude, GPT et Gemini, les groupes français intègrent déjà les modèles de Mistral AI dans leur « mix GenAI » si l’on peut appeler ainsi.
Anthropic, elle, dénonce l’usage illégitime de ses modèles par ses concurrents chinois pour entraîner leurs LLM.
