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Puces IA : les GPU de Nvidia encore autorisés puis interdits en Chine
Alors que Nvidia s’apprêtait à pouvoir honorer une commande chinoise de 2 millions de GPU H200, Pékin vient d’interdire à nouveau leur importation. Entre stocks baladeurs de GPU puissants et politiques d’export incertaines, l’Europe prie pour être fournie.
Décidément, quand ça ne veut pas… Quelques heures à peine après que l’Administration Trump a finalement accordé à Nvidia le droit d’exporter des GPU haut de gamme vers la Chine, après des mois d’interdiction, c’est maintenant au tour de Pékin de ne plus autoriser leur importation sur son territoire. Encore.
Problème, ces multiples soubresauts dessinent à chaque fois un peu plus un cadre de restrictions sur l’export des GPU américains qui pourrait finir par impacter les pays européens.
L’incessant ballet des autorisations-interdictions
L’export de GPU Nvidia vers la Chine est l’enjeu de querelles commerciales depuis au moins octobre 2023. Le bras de fer entre les deux nations n’était pas nouveau, mais à la lumière de l’émergence de ChatGPT à ce moment-là, il devenait crucial pour Washington que Pékin n’accède plus à la puce Nvidia qui avait rendu une telle IA possible. Cet avis est toujours largement partagé par la classe politique étatsunienne. Au prétexte de la sécurité nationale.
Pour satisfaire néanmoins son plus gros client à l’export, Nvidia conçoit en 2024 le GPU H20, une version suffisamment bridée de son H100 pour normalement limiter la mise au point d’une IA. Peine perdue, en janvier de 2025, l’IA chinoise Deepseek arrive sur le marché et ridiculise les IA américaines par ses performances supérieures. Les USA bloquent les ventes de H20.
Il faudra attendre le mois de juillet suivant pour que Jensen Huang, le patron de Nvidia, parvienne à convaincre Donald Trump qu’interdire aux Chinois l’accès aux GPU américains les encourage juste à développer les leurs. Les exportations de H20 reprennent donc, moyennant une nouvelle taxe de 15 % prélevée par les USA sur leurs ventes. Mais pas pour longtemps. Car, justement, le Chinois Huawei ayant fait des progrès significatifs dans ses puces Ascend d’accélération pour l’IA, c’est désormais Pékin qui ordonne dès septembre à ses entreprises de ne plus acheter de GPU américains.
Pour une raison qui reste peu claire, Pékin réautorise l’importation de GPU Nvidia en janvier 2026. Cette semaine, Nvidia convainc l’Administration Trump de lui laisser vendre son puissant H200, six fois plus performant que le H20, mais devenu obsolète en Occident depuis l’arrivée de la génération suivante, les Blackwell B200. Le droit d’exportation à peine signé par Washington, avec cette fois-ci une taxe de 25 % sur les ventes, Pékin fait machine arrière. Sans doute pour se laisser un levier à actionner en amont de la visite de Donald Trump en avril prochain, dans le cadre d’accords commerciaux difficiles à négocier. Nous en sommes là.
Le dilemme économique de l’export des GPU américains
Selon les analystes, Pékin aurait acquis la certitude que les Américains ont tout à perdre de ne pas pouvoir exporter leurs GPU en Chine. Au moment où le pays a brièvement réautorisé ces importations, Nvidia enregistrait des commandes chinoises pour 2 millions de H200 facturés 27 000 dollars l’unité, selon Reuters. Soit un potentiel de 13,8 milliards de dollars pour le Trésor américain.
Quant à Nvidia, ces ventes lui auraient permis d’écouler les stocks de H200 que les hyperscalers souhaiteraient lui rendre, dans le cadre d’un accord sur des commandes massives pour la prochaine génération Rubin de ses GPU. Cela dit, le compte n’y est pas encore. Toujours selon Reuters, Nvidia n’envisage de récupérer à ce stade que 1,3 million de H200.
Reste à savoir comment va évoluer l’export des GPU Nvidia pour l’Europe.
D’un côté, les puces que Nvidia ne peut pas vendre à la Chine sont autant de stocks à prix cassé dont pourraient profiter les Européens. Les entreprises privées comme les hébergeurs de l’UE sont manifestement lésés sur la fourniture des dernières générations Blackwell à cause des hyperscalers américains qui préemptent l’essentiel de la production de Nvidia. Les signaux actuels suggèrent que cette situation sera similaire, voire pire, avec la prochaine génération Rubin. Sauf que cela entérinerait le fait que l’Europe ait désormais une à deux générations de retard sur les GPU par rapport aux hyperscalers américains.
De l’autre, l’Europe et le reste du monde sont toujours sous la menace du vote final de la proposition de loi américaine GAIN Act. Celle-ci stipule que, passé un certain niveau de performances (en substance la puissance minimale pour afficher des images en 3D, soit le lieu commun des GPU grand public), un GPU ne pourrait plus être exporté des USA qu’après avoir vérifié que les universités américaines, qui n’ont pas les moyens d’en acheter, refusent qu’on le leur vende à un prix adapté à leurs moyens.
Ce texte de loi n’a été adopté pour l’instant que par le Sénat américain, pas par la Chambre des représentants (équivalent de l’Assemblée nationale en France). On comprend que le GAIN Act pénaliserait encore plus l’export d’équipements informatiques américains. Toutefois, il est aussi possible que l’économie américaine se sente davantage menacée par le développement d’IA étrangères, d’autant plus si les Chinois parviennent à des succès qui encouragent les Européens à les imiter.
