Résultats financiers : comment Nvidia bat tous les records

Fort d’un chiffre d’affaires trimestriel de plus de 96 milliards de dollars qui a doublé en un an, Nvidia veut croire qu’aucune concurrence ne parviendra à lui prendre des parts de marché et déroule ses plans pour gagner encore davantage à l’avenir.

Tout le monde pensait que Nvidia allait presque doubler ses revenus en un an, il les a finalement plus que doubler : son dernier chiffre d’affaires trimestriel est de 96,22 milliards de dollars, soit une augmentation de 106% par rapport aux 46 mds $ atteints il y a un an.

Sans surprise, l’essentiel de ces revenus provient des ventes de ses produits pour datacenters, lesquels représentent 89 milliards de dollars, soit une augmentation de 117% en un an.

À titre comparatif, AMD, le plus important concurrent de Nvidia concernant les puces pour datacenters, a lui aussi vu ses ventes dans ce domaine plus que doubler en un an (+107%), mais le revenu qu’elles ont généré est sans commune mesure : à peine 6,7 mds $, sur un dernier CA trimestriel qui totalise quant à lui 11,54 mds $ (+50% en un an). Du côté d’Intel, les ventes de puces pour datacenter lui ont rapporté lors des mêmes trois mois 6,3 mds $ (en augmentation de 59% sur un an) pour un CA trimestriel global de 16,1 mds $ (+25% en un an).

Les 7,22 mds $ restants sont les produits que Nvidia appelle désormais « Edge » et qui correspondent aux puces accélératrices pour PC, mais aussi à tout ce qui a trait aux robots et aux véhicules autonomes. Ce résultat est en hausse de 27% par rapport au même trimestre de l’année dernière.

Dans ces domaines, Intel et AMD supportent mieux la comparaison. Intel est numéro 1 du secteur avec des puces « clientes » dont les ventes lui ont rapporté lors du même trimestre 8,9 mds $ (+13% en un an). AMD est troisième dans cette catégorie ; au même moment, les ventes de ses puces clientes lui ont rapporté 3,8 mds $ (+6% en un an).

Des ventes qui grossiront encore

Nvidia prédit que ses ventes augmenteront encore lors du trimestre suivant, jusqu’à 108 mds $ de CA global. Lors de la présentation de ces résultats, Jensen Huang, le patron de Nvidia, a balayé toute hypothèse que les ventes de ses produits finissent par s’écrouler. Et, ce, même si de nouvelles puces accélératrices bien moins chères fleurissent chez la concurrence et parmi toute une armada de nouvelles startups particulièrement créatives.

« Je suis à 100% persuadé que nos clients actuels vont continuer à trouver que nos technologies sont les plus extraordinaires (...). D’autant que l’IA a atteint son point d’inflexion : elle est désormais rentable. Ses tokens sont rémunérateurs. Pour avoir du revenu, il faut investir dans le calcul », a-t-il déclaré.

En même temps, il est notable que Nvidia s’efforce de racheter toute technologie innovante qui pourrait faire de l’ombre à ses puces : Groq, d’abord et peut-être bientôt Rebellions.

Lors de sa conférence annuelle GTC en mars dernier, le constructeur prédisait que son CA annuel atteindrait 1000 milliards de dollars en 2027, soit une moyenne de 250 mds $ par trimestre, c’est-à-dire 2,5 fois son record actuel.

Les configurations DGX Vera Rubin déjà chez les hyperscalers, sauf chez AWS

Si Nvidia a autant confiance dans l’augmentation continue de son CA, c’est parce que l’essentiel des produits qu’il a annoncés depuis le début de cette année commencent à être disponibles à la vente.

En vedette, des racks de serveurs DGX dotés des derniers GPU Rubin et des processeurs ARM Vera ont déjà été livrés cet été chez des géants de l’IA en ligne. Nvidia cite les hyperscalers Google Cloud, Microsoft Azure, Oracle OCI, ainsi que les néoclouds CoreWeave et Nebius. On note l’absence du numéro 1 Amazon AWS dans cette liste. Nvidia serait également en pourparlers pour équiper 35 futurs supercalculateurs européens de ces mêmes racks DGX.

Désormais, ce sont les switches Spectrum 6 – qui permettent d’interconnecter ces racks DGX aux serveurs applicatifs et aux baies de stockage – qui arrivent dans les datacenters.

Pour le reste, il s’agit surtout d’espoirs. Une « large adoption » du processeur ARM Vera serait « prévue » par les plus grands fabricants de serveurs, alors que ceux-ci ne vendent jusqu’ici que des machines à base de processeurs x86 d’Intel ou d’AMD. Les modules d’accélération LPX pour le décodage spécifique des prompts, à base de puces Groq 3, sont en cours de fabrication. On ignore encore s’ils parviendront à se faire une place sur un segment de marché où il existe des puces qui accélèrent plutôt l’inférence dans sa globalité.

On est en revanche sans nouvelle de la plateforme matérielle Vera BlueField-4 STX que Nvidia entendait imposer comme alternative aux différentes baies de stockage. Lors de l’événement Advancing AI qu’AMD avait organisé au début de l’été, un représentant de Vast Data confiait au MagIT : « Vera BlueField-4 STX n’est pas disponible. Le seul qui se soit engagé à construire des machines autour est Supermicro, en marque blanche. De toute façon, le seul intérêt de cette plateforme sera son fonctionnement logiciel, que nous savons déjà implémenter sur nos plateformes matérielles », sous-entendant un manque d’intérêt de la part des vendeurs de baies de stockage.

De fait, Nvidia se contente de mentionner dans son bilan financier que les efforts autour de Vera BlueField-4 STX ont surtout débouché sur la mise au point de bibliothèques logicielles DOCA pour sécuriser l’accès aux fichiers, limiter la découverte des données par les agents et isoler le stockage sur le réseau.

Vers une explosion des ventes de PC RTX Spark

Côté « Edge », les prochains mois devraient surtout être animés par l’arrivée de machines RTX Spark. Version PC portable des stations de travail DGX Station, ces ordinateurs contiennent, comme les MacBook d’Apple, une seule puce dans laquelle on trouve à la fois un processeur ARM Nvidia Grace doté de 20 cœurs, une grosse partie GPU Nvidia Blackwell et jusqu’à 128 Go de mémoire unifiée.

Fonctionnant sous Windows et vendus par Dell, HP, Lenovo ou encore Asus, ces PC devraient être aussi efficaces que les Mac d’Apple pour l’inférence sur site. C’est-à-dire sans devoir payer pour une IA en ligne ni envoyer ses données dans le cloud pour le traitement. Le gros avantage de ces configurations est que la mémoire accolée à la puce n’est plus simplement partagée (segmentée), mais véritablement commune à tous les circuits, les cœurs de processeurs pouvant convertir des prompts en données vectorielles directement stockées à des adresses lisibles par les cœurs GPU.

Il en résulte une vitesse supérieure, car il n’y a plus de recopies incessantes entre la mémoire centrale et celle du GPU, et un besoin mémoire inférieur par rapport à des PC équipés de GPU en carte PCIe, car il n’est plus nécessaire de cumuler deux fois plus de RAM que les milliards de paramètres d’un LLM (par exemple 96 Go de DDR + 96 Go de GDRR pour un LLM de 70 milliards de paramètres).

75% de bénéfices ?

Reste à comprendre les bénéfices que Nvidia réalise sur son chiffre d’affaires. Selon son bilan comptable trimestriel, sa marge brute est désormais de 75% (+2,6% en un an), soit un bénéfice de 59,69 mds $ (+126% en un an, les ventes ayant doublé).

À l’évidence, ce bénéfice ne reflète pas les tractations qui ont fuité dans l’actualité ces derniers mois. En substance, AWS et, dans une moindre mesure, les autres hyperscalers freineraient leurs achats de puces Nvidia, car ils en auraient déjà trop qu’ils ne rentabilisent pas. Nvidia réorienterait alors les puces qu’il ne leur vend plus vers les néoclouds, avec l’argument commercial que ceux-ci pourraient revendre un juteux réservoir de puissance de calcul aux hyperscalers lorsque ceux-ci devront éponger des pics d’activité.

Mais les néoclouds n’ayant pas assez de fonds pour acheter autant de puces à Nvidia que le faisait AWS, Nvidia investirait dans leur capital la somme qui leur est nécessaire pour acheter ses puces. Avec un tel montage de puces Nvidia achetées avec l’argent de Nvidia, les bénéfices de l’intéressé ne devraient pas être aussi importants, même si on se doute que de tels mouvements de fonds au profit du CA font envoler la valeur de ses actions en bourse. À l’heure actuelle, ces actions représenteraient 5400 milliards de dollars.

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