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Anywhere Cloud : Cloudera revient à la charge avec une vision tactique des déploiements IA sur site
Cette plateforme modulaire permet aux entreprises d’exploiter des services de données et d’intelligence artificielle sur des clouds publics, dans des centres de données privés et sur des sites isolés physiquement. Une solution « sidecar » conçue pour les besoins des lignes métiers.
Lors de sa conférence Evolve 2026 à Singapour, le 20 août, Cloudera a présenté « Anywhere Cloud ». Cette plateforme modulaire dédiée à la gestion de données et à l’intelligence artificielle (IA) est conçue pour fonctionner à la fois sur des clouds publics, dans des centres de données privés, sur des infrastructures souveraines et au sein de réseaux isolés physiquement, le tout à partir d’un seul plan de contrôle. Sa disponibilité générale est prévue le 30 novembre 2026.
L’objectif sous-jacent au lancement d’Anywhere Cloud est de permettre un provisionnement de type cloud des données et des services d’IA sans déplacer les données. La plateforme décompose les services de données de Cloudera en modules que les clients déploient à partir d’une place de marché Anywhere Cloud : ingénierie des données, streaming, moteur « lakehouse » basé sur Trino, l’orchestration des workflows et Cloudera AI. Elle prend par ailleurs en charge le protocole S3, Apache Iceberg, son API REST Catalog et la fédération de requêtes.
La place de marché propose également des moteurs partenaires certifiés par Cloudera, tels que le moteur de requêtes orientées graphes PuppyGraph et une gamme de bases de données vectorielles, tandis qu’un kit de développement logiciel permet aux clients d’ajouter leurs propres moteurs.
Les composants techniques majeurs d’Anywhere Cloud proviennent d’acquisitions. Taikun, la société spécialisée dans la gestion de Kubernetes rachetée par Cloudera en août 2025 fournit la couche de calcul, tandis que les capacités de traçabilité et de catalogage d’Octopai, acquise en novembre 2024, alimentent une structure de données unifiée. Une acquisition antérieure, celle de Verta, spécialiste de l’IA opérationnelle, en juin 2024, a permis d’ajouter des capacités de gestion des modèles.
Traiter les données là où elles sont
ExxonMobil a rejoint le programme de conception il y a quelques mois. Anvesh Koripella, architecte d’entreprise au sein de la société et qui gère depuis une décennie d’importants parcs Cloudera, a expliqué que la première installation à titre d’essai impliquait une multitude d’étapes manuelles et prenait environ six heures.
« Lorsque nous l’avons refait la semaine dernière, le temps nécessaire s’est réduit à environ 65 minutes, depuis le clic sur un bouton jusqu’à la mise en place et la disponibilité des quatre services », a-t-il déclaré, faisant référence aux services d’IA, d’ingénierie des données, d’entreposage de données et de flux de données de Cloudera.
La majeure partie des données d’ExxonMobil provient de capteurs, de compteurs de gaz et d’analyseurs installés dans des raffineries et des puits de pétrole à travers le monde, relate Monika Thulasi, architecte système au sein de l’entreprise. La société envisage de mettre en place un « data lakehouse » centralisé contenant des données structurées et non structurées, ainsi que des capacités d’analyse en continu pour faciliter la prise de décision.
« Notre objectif est de passer d’une approche axée sur le traitement par lots à une approche axée sur le streaming », précise Monika Thulasi. En cela, « Anywhere Cloud rassemble les capacités d’ingestion, de streaming, d’analyse et d’IA au sein d’une interface unique ».
Une fois l’infrastructure de données en place, Mme Thulasi espère utiliser l’IA pour détecter les défaillances des équipements de l’usine, envoyer des alertes vers un tableau de bord et analyser les causes profondes ainsi que les solutions avec les ingénieurs, qui seront tenus informés en permanence.
« Imaginons, par exemple, qu’une image mette en évidence certains problèmes au sein de l’usine. Nous souhaitons les surveiller et envoyer les données vers un tableau de bord afin de pouvoir prendre des mesures immédiates », résume-t-elle. L’objectif est de permettre aux ingénieurs de « passer des opérations quotidiennes à des tâches à forte valeur ajoutée ».
Anywhere Cloud fonctionne de manière autonome, mais peut également s’intégrer à des déploiements existants de Cloudera Data Platform (CDP) pour interroger les ressources. Cloudera s’est engagée à assurer la prise en charge de la version 7.3.2 de la CDP jusqu’en 2032. « Nous avons conçu Anywhere Cloud pour qu’il s’agisse d’une solution autonome ne nécessitant pas la CDP », précise Léo Brunnick, Chief Product Officer chez Cloudera. « Cependant, il est conçu pour coexister avec la CDP et les services de données existants – et pour exploiter les données dont vous disposez ».
Dans la documentation commerciale de l’éditeur, Anywhere Cloud est présentée comme une solution « sidecar » pour les clients existants. Ils déploient « l’Integrated Mode », tandis que les nouveaux clients peuvent installer la plateforme à travers « l’Independent Mode ».
Des arguments tombés dans l’oreille d’un sourd
Le PDG de Cloudera, Charles Sansbury, affirme que l’entreprise a passé deux ans à discuter avec ses clients des questions de souveraineté, de sécurité et de coûts. « Et pour être tout à fait franc, nos arguments sur les coûts sont tombés dans l’oreille d’un sourd », a-t-il déclaré à l’émission « Squawk Box Asia » de CNBC à Singapour. « Au cours de l’année écoulée, le volume a considérablement augmenté. »
Ce qui a changé, a-t-il poursuivi, c’est que les entreprises qui faisaient passer leurs charges de travail de l’environnement de test à l’environnement de production ont été surprises par les coûts. Une application de détection des fraudes fonctionnant 24 heures sur 24 au sein d’une grande banque devrait tourner sur le matériel propre à l’organisation, a-t-il précisé, car l’exploiter sur une infrastructure cloud peut coûter « trois ou quatre fois plus cher ».
« Il existe d’autres charges de travail qui présentent des pics de demande de calcul ou qui sont de nature ponctuelle, qui doivent être activées et désactivées très rapidement, et celles-ci sont mieux gérées sur une infrastructure cloud », ajoute-t-il.
Anywhere Cloud est conçu pour permettre aux entreprises de mettre en place un plan de contrôle couvrant l’ensemble des charges de travail et d’associer chaque charge de travail à l’infrastructure la mieux adaptée, que la priorité soit la sécurité, la gouvernance ou le coût. Charles Sansbury estime le temps et le coût de sa mise en place à trois ans, trois acquisitions et près d’un milliard de dollars en recherche et développement.
Cloudera tente de se différencier de Databricks et de Snowflake
Cloudera n’est pas la seule à s’intéresser aux données que les entreprises ne veulent pas ou ne peuvent pas transférer en raison de contraintes liées à la souveraineté et aux coûts. Databricks a annoncé en juin 2026 le lancement de son propre écosystème de stockage, reposant sur un protocole open source appelé OpenSharing. Il permet aux fournisseurs de stockage d’exposer les données sur site au Unity Catalog de Databricks sans les copier.
Si le résultat est similaire, leurs approches diffèrent. Databricks accède au stockage sur site à partir d’un plan de contrôle qui continue de fonctionner dans son propre cloud, tandis que Cloudera peut être installé dans l’environnement du client.
Précisons qu’avec l’approche de Databricks, les entreprises peuvent opérer elles-mêmes le data catalog – afin d’éviter le verrouillage propriétaire –, mais les dépendances au cloud ne disparaissent pas. À l’instar de Snowflake, la prise en charge partielle ou indirecte des paysages de données on-premise s’explique par des choix techniques et de philosophies de conception. Les fonctionnalités permettant la gestion de données sur site sont en réalité des concessions afin de répondre aux demandes des clients les plus réglementés.
L’éditeur concurrent de Cloudera considère de toute manière que les entreprises ne disposent pas de suffisamment de puissance de calcul pour exécuter elles-mêmes leurs charges de travail IA et Big Data.
Lian Jye Su, analyste en chef chez Omdia, une division d’Informa TechTarget [également propriétaire du MagIT], anticipe que l’accent mis sur la souveraineté et le contrôle devrait bien être accueilli en Asie-Pacifique, où les entreprises souhaitent garder une emprise ferme sur leurs données et leur infrastructure d’IA, et cherchent à préserver leur souveraineté opérationnelle face à un contexte géopolitique complexe. Le marché joue également un rôle important, ajoute-t-il, car il permet aux acheteurs de choisir les meilleurs composants disponibles plutôt que de s’engager auprès d’un seul fournisseur. Les clients européens de Cloudera partagent les mêmes convictions.
L’analyste n’est en revanche pas convaincu par les avancées de Cloudera en matière d’IA. Selon lui, Databricks conserve la main quand il est question d’expérience développeur, de performance et d’IA agentique.
Hormis Agent Studio, les briques fournies à travers son service d’inférence sont principalement techniques. Elles s’appuient sur les solutions de Nvidia (NIM) et de partenaires tels que Hugging Face ou Mistral AI.
« Cloudera ne cherche pas à être la plus rapide ni la plus innovante du marché », insiste-t-il. L’entreprise se concentre sur la gouvernance des données et de l’IA de bout en bout, en cloud, sur site, en périphérie et souverain.
Dans sa documentation, Cloudera précise qu’Anywhere Cloud est utile pour les nouvelles charges de travail IA et les cas d’usage de quelques lignes métiers. Cloudera Platform demeure la plateforme adaptée aux traitements de données les plus lourds.
En parallèle, l’éditeur a annoncé la prise en charge de la librairie Nvidia cuDF, intégrée à CUDA-X, pour accélérer les traitements Apache Spark 4.1 à l’aide de GPU. Cette mise à jour est d’ores et déjà disponible à travers Cloudera Data Engineering.
Compte tenu de la vocation de chacun de ces éditeurs, Lian Jye Su s’attend à ce que les entreprises utilisent les deux plateformes, Anywhere Cloud et Databricks. Starburst et Teradata sont des concurrents plus directs de Cloudera, même s’ils restent moins bien dotés pour les traitements des données non structurées.
Le lancement d’Anywhere Cloud est intervenu une semaine après la publication par Cloudera des résultats d’une enquête menée auprès de 1 500 architectes d’entreprise, responsables d’infrastructures cloud et architectes de données. 95 % d’entre eux affirment avoir reporté ou annulé des initiatives d’IA au cours de l’année écoulée en raison de problèmes de gouvernance, de conformité ou de réglementation. La plupart (84 %) ont également signalé une augmentation des coûts d’infrastructure liée aux charges de travail liées à l’IA.
Au cours de l’année écoulée, 66 % d’entre eux ont transféré au moins une partie de leurs charges de travail d’IA du cloud public vers le cloud privé ou une infrastructure sur site.
Cet article est une adaptation d’un article paru en anglais sur ComputerWeekly, une publication sœur du MagIT.
