Il n'y a pas (encore) d’IA agentique dans les grandes entreprises françaises
Chez les clients français d’Oracle, l’agentique avance à des vitesses très différentes. Les grands groupes prototypent. Les ETI découvrent. Mais dans tous les cas, l’association des utilisateurs français de l’éditeur ne voit pas de déploiement à grande échelle. L’USF fait un constat similaire.
Publié le: 16 oct. 2026
Ce sont les stars des roadmaps. Trimestre après trimestre, les agents IA occupent le devant de la scène et captent la lumière lors des annonces des éditeurs. Oracle en tête. Mais sur le terrain, en tout cas en France, l’agentique relève encore largement du prototype.
« Je ne connais pas de projet à grande échelle déployé. Il y a des tentatives », confie Emmanuel Ruez, co-président de l’AUFO, l’association des utilisateurs français d’Oracle, lors d’un échange avec LeMagIT à l’occasion de leur évènement annuel.
Pour mémoire, l’association compte 1 000 membres et regroupe 150 entreprises de tailles et de secteurs différents.
Les groupes montrent, les ETI découvrent
« Dans l’agentique, ce sont plutôt des gens qui testent des choses », confirme Yohann Garcia, l’autre co-président de l’AUFO.
« Je ne connais pas de projet à grande échelle déployé. Il y a des tentatives »
Emmanuel RuezCo-président de l'AUFO
Le passage à l’échelle resterait « compliqué ». Même si « quelques groupes ont des moyens et des prototypes avancés », témoigne-t-il.
Pour les ETI françaises, en revanche, les agents IA sont encore totalement à explorer.
Le co-président, également Directeur de programmes Data/IA à l’École Polytechnique Executive Education, nuance toutefois son constat. Quelques partenaires Oracle ont en effet développé leurs propres agents. Ils en font la démonstration aux clients et, en toute logique, les utilisent probablement en production dans leur direction commerciale ou leurs équipes de développement, estime Yohann Garcia.
Mais en tout état de cause, si certains groupes sont « parfois très avancés ». Ils sont les très rares exceptions qui confirment la règle. « Et une très forte hétérogénéité va perdurer sur ces sujets », anticipe-t-il.
Un entre-deux qui rassure
Ce que voit au contraire l’AUFO dans les retours de ses membres, ce sont des solutions « à mi-chemin ». Un mélange d’IA générative et d’agents semi-autonomes, souvent sur des domaines de niche.
« Ce n’est pas totalement de l’agentique, c’est de l’IA générative connectée avec du tooling et des serveurs MCP »
Yohann GarciaCo-président de l'AUFO, Directeur de programmes Data/IA à l'École Polytechnique Executive Education
« Ce n’est pas totalement de l’agentique, c’est de l’IA générative connectée avec du tooling et des serveurs MCP », résume Yohann Garcia. « Nous ne sommes pas loin de l’agentique, mais pas à un aussi haut degré d’autonomie. »
L’autonomie de l’IA est justement un grand sujet actuel pour les clients d’Oracle. « On ne va pas laisser la bride à l’IA parce qu’on ne sait pas forcément où elle va nous emmener », confirme Emmanuel Ruez. « Alors que nous, on sait très bien où on veut aller ». Face à ces réticences, l’approche dominante est de garder systématiquement l’humain « quelque part », que ce soit dans la boucle ou au-dessus.
Mais même avec ce garde-fou, rien n’est déployé massivement. Et les réflexions sur les degrés d’autonomie, sur la sécurité, sur la gouvernance, sur la compliance, sur les droits d’accès, sur le prix des tokens, ou sur l’explicabilité continuent – les sujets ne manquent pas. « Dire que nos membres sont dans une phase exploratoire de l’agentique serait sûrement excessif », nuance Emmanuel Ruez, « mais personne ne conclut encore vraiment sur le devenir des agents. »
Des échecs qui ne se racontent pas
Cette absence de déploiements connus pourrait cependant résulter d’un biais. Si à l’AUFO, il n’y a pas encore de retour d’expérience sur l’agentique, c’est peut-être aussi parce que « les gens aiment bien partager des succès, moins leurs échecs », sourit Yohann Garcia.
« Nous voyons très bien l’intérêt de connecter des agents entre eux »
Emmanuel RuezCo-président de l'AUFO
Autrement dit, des clients d’Oracle y sont peut-être allés et en sont vite revenus. Mais ils ne le disent pas, par peur ou par honte. Or c’est aussi avec l’échange et le partage des expériences des entreprises qui ont essuyé les plâtres que la communauté peut progresser. « J’aimerais qu’on se raconte plus nos échecs », invite Yohann Garcia.
D’autant plus que l’agentique n’est pas boudée. « Nous voyons très bien l’intérêt de connecter des agents entre eux », conclut Emmanuel Ruez. Il faut juste laisser le temps au temps, et laisser la technologie suivre sa phase classique de maturation, estiment les deux présidents de l’AUFO.
Chez SAP : « de la promesse à la réalité »
Hasard du calendrier, l’écosystème français de SAP organisait son événement annuel la même semaine que l’AUFO. Et le constat est le même chez les entreprises qui utilisent les outils de l’éditeur allemand que chez celles qui sont sur Oracle.
Un sondage de l’USF auprès de 276 membres et 154 entreprises – soit un tiers des adhérents de l’USF – estime que 80 % n’ont rien fait concernant l’IA. Le gros sujet reste, encore et toujours, la délicate question de la migration de ECC vers S/4HANA.
« Nous sommes dans cette phase où l’on passe de la promesse à la réalité », assure cependant Olivier Nollent, Directeur de SAP France, en évoquant l’IA et l’IA agentique. « Notre ambition c’est que l’an prochain, à la même période, nous ayons sur scène des clients qui témoignent du passage à l’échelle ».