SAPPHIRE 2026 : « la plus grosse évolution » de SAP de toute son histoire
L’éditeur allemand contre-attaque face aux « pure-players » de l’IA. SAP milite pour une IA ancrée dans les données métiers et les processus. Et donc dans l’ERP. Un ERP qui, de son côté, changerait totalement de dimension avec les agents.
Saaspocalypse ou pas, SAP fait le plein. Avec l’édition 2026 de son SAPPHIRE, qui se tient cette année dans la ville de Madrid (client de SAP), l’éditeur allemand prouve qu’il est encore et toujours le « boss » des logiciels professionnels en Europe en arrivant à remplir, sans problème, une salle de 9 milles personnes.
« Ici, nous sommes sold-out. A Orlando, nous l’étions aussi (NDR : une semaine plus tôt pour le SAPPHIRE édition américaine). Ce n’est pas si simple pour un éditeur européen », se félicite Christian Klein, CEO de SAP.
SAP contre-attaque face aux spécialistes de l’IA
Il n’en reste pas moins que le sujet central a, sans surprise, été l’Intelligence artificielle et les agents, à l’origine de ce Saaspocalypse. En un an, la valorisation boursière de SAP a été quasiment divisée par deux, justement à cause de l’IA qui, pensent certains analystes, aurait le potentiel de remplacer ces « vielles » applications.
Tour à tour, le CEO, le CTO et le COO de SAP ont égrainé les annonces et les nouvelles marques / branding pour marteler un seul et même message : une IA sans contexte, c’est-à-dire sans connaissance métier, et soupoudrée sur les processus n’apporterait pas de valeur.
L’Empire SAP contre-attaque (pourrait-on dire) en rappelant que les données et les processus – le « Company Context » (sic) - vivent, depuis des années, dans ses logiciels.
« Les LLM publics sont bons dans des domaines précis, comme le code », commence Christian Klein. Claude Code que SAP utilise d’ailleurs en interne, confie son CTO Philipp Herzig, « mais ils ne sont pas entrainés sur vos données, avec nos exigences de confidentialité », nuance le CEO.
A l’inverse, l’ERP, serait le « cerveaux » de l’entreprise, continue-t-il. Une manière de changer de la métaphore de la « colonne vertébrale » et de s’éloigner de la notion de « system of records » pour passer à celle de « system of actions ».
Conséquence, pour SAP, un bon LLM est une couche au-dessus d’un ERP. Il comprend la question (grâce au contexte), et dispatche la demande, mais le vrai travail est fait ailleurs.
Mistral et n8n en « guest stars » européennes
La contre-attaque n’est pas non plus trop brutale. Pas question de dénigrer Anthropic par exemple (qui est pourtant la principale cause du SaaSpocalypse).
Pour une raison simple. SAP collabore avec les grands créateurs de grands modèles. Il sait que ses clients veulent les utiliser, et joue donc la carte de l’ouverture. Ouverture sur les LLM, sur les données et les agents (avec « une couche sémantique unifiée » pour comprendre les agents d’autres éditeurs), avec les data plateforms (Snowlfakes, etc.) et avec les environnements.
Illustration de cette ouverture, Arthur Mensch, co-fondateur de Mistral AI, a fait le déplacement dans la capitale espagnole pour échanger quelques minutes avec un Christian Klein qui l’a remercié de manière particulièrement chaleureuse.
Toujours dans cette logique de partenariat, la licorne berlinoise, n8n – qui édite un environnement de développement et d’orchestration d’agents - a succédé à l’ingénieur français sur scène, dans le cadre de l’annonce d’un nouveau « agent builder », Joule Studio 2.0, qui peut, justement, s’appuyer sur n8n.
Un studio que Accenture a par ailleurs déjà utilisé pour développer 78 agents pour ses clients.
« La plus grosse évolution de SAP »
L’IA est aussi présente dans l’évolution de l’UI de l’ERP, qui à terme pourrait être entièrement conversationnelle.
« C’est une expérience « 0-UI » que nous aimons appeler « no app experience » », confirme le COO, Sebastien Steinhaeuser. « C’est le plus grand changement de l’ERP de SAP », tranche-t-il. Rien que ça. Le tout est marketé avec un nouveau nom : l’« Autonomous Enterprise ».
« L’utilisateur n’est plus celui qui dit à l’ERP quoi faire », explicite Philipp Herzig. C’est l’ERP qui demande à l’utilisateur s’il est d’accord. Voire qu’il ne lui demande rien du tout.
Cette nouvelle UI est aussi un moyen de lutter contre « la réputation de logiciel difficile à utiliser » qui colle à la peau de SAP, dixit le COO.
Pour Christian Klein, cette « plus grande évolution » de SAP a été entamée il y a moins d’un an, confie-t-il en conférence de presse.
Rise with AI
IA encore, avec le nouveau programme « Rise with AI » (des experts de SAP chez les clients pour la gérer comme un projet complet – jusqu’à la conduite du changement). IA toujours avec des agents verticalisés (des processus multi-agents automatisés de bout en bout et clefs en main). IA enfin avec des agents qui agissent aussi avec les ERP on-prem et les instances ECC.
« SAP est en train de devenir une entreprise d’IA pour les professionnels », vante Christian Klein, (en vo : une « Business AI Company ») mais sans pour autant abandonner son ADN historique. « L’ERP ne va pas disparaitre », assure-t-il, « c’est là qu’habitent les données et les processus », répète-t-il.
ERP et IA seraient, en conclusion, inséparables pour fonctionner, l’un et l’autre, de manière optimale dans le monde de l’entreprise. Rendez-vous est pris pour voir si ce discours aura séduits les clients européens (et l’USF en France) dont beaucoup sont encore en train de lutter avec la qualité de leurs données. Et avec la migration vers S/4.
